Alix Paoli, millenial en sac à dos !

C’est l’histoire d’une aventurière qui ne trouvait pas le sac à dos idéal… Pour une designer produit, il y a défi. Et Alix Paoli les aime, les défis. Cette toute jeune femme qui incarne pleinement la millenial attitude que la moindre routine fait fuir a fini par concevoir un « sac idéal » qu’elle voudrait désormais voir aux épaules de tous les baroudeurs travail-loisirs. Elle l’a nommé Along : tout au long de…

Tout au long du parcours d’Alix Paoli, 30 ans, c’est une soif d’apprendre et de réaliser qui a piloté cette « Arts décos » de Strasbourg, le creuset qui lui a appris le design pendant cinq ans. Les six mois passés à la Design Academy – industriel – d’Eindhoven ont conforté son tempérament bougeotte : du département agroalimentaire au mobilier, ce sont les objets nomades qui ont ancré son goût de liberté et d’indépendance, premiers symptômes de la millenial attitude. « J’avais envie de créer des objets qui rendent libre », confirme la libellule qui s’essaie alors à la conception d’un porte-bébé : le sac à dos modulable n’est plus très loin.

J’avais fait le tour…

Mais pas encore dans les cartons de cette jeune diplômée adepte de l’objet utile en do it yourself qui a tâté de la culture des pleurotes sur résidus de culture. Au sortir de quelques mois au sein d’une agence de l’Humanitarian Design Bureau, elle se laisse happer en 2013 dans le milieu des start-up parisiennes en incubation où elle s’improvise free-lance. Un premier client, Phonotonic, lui confie le prédesign d’une petite boule connectée avec capteur émettrice de sons musicaux – sur le pas de danseurs, notamment. Puis, cinq ans durant, notre spécialiste des objets connectés s’éclate chez Feetme à travailler sur des semelles connectées pour diabétiques, chez Scientifeet à concevoir des semelles imprimées d’après scan du pied qu’utilisera Décathlon, puis deux ans et demi chez Dreem, concepteur d’un bandeau connecté au cerveau pour gros insomniaques ! Entrée dans une équipe de huit, elle quitte cette entreprise grandie à cinquante personnes pour… créer sa boîte. Évidemment. « C’était passionnant, mais j’avais fait le tour du métier de designer. » On vous a prévenus : parcours type de génération X-Y.

Rubans de kimono

Parcours souvent inspiré d’un besoin à combler : notre baroudeuse n’avait jamais trouvé le sac à dos « à tout faire » dans lequel « tout trimballer ». Adapté aux loisirs travail, capable d’emporter l’ordi, le smartphone, une tenue de sport, des bentos, le genre de fourre-tout organisé où la pratiquante de yoga, nage et escalade qu’est Alix Paoli puisse caser sans la froisser une petite robe pour le bureau. « J’avais testé des sacs de randonnée, rationnels mais peu seyants. Et au rayon des sacs féminins, je ne trouvais que de tout petits sacs à dos, impraticables. » La designer a le réflexe de l’étude de marché. Elle lance un questionnaire par mail dans son entourage, avec mission de le répercuter. Au final, ce sont plus de 300 réponses qui lui donnent une idée précise des attentes de sa cible. Nous sommes en avril 2017. « Je prototype », explique Alix. Pas moins de 17 maquettes naissent de son stylo et de ses essais de coutures. Le sondage des « 300 » se complète d’un « énorme benchmark ». L’entrepreneuse a exploré toute l’offre disponible, toutes les marques, pour ne pas risquer la copie. Sa maquette finale est au point en août 2017. Elle l’embarque pour trois mois au Japon, après avoir « casé toute [s]a vie » dans un sac à dos de 40 litres ». Elle vit de woofing – hébergement et nourriture moyennant petits travaux – chez des agriculteurs et des artisans, travaille un temps dans le kimono recyclé, fréquente un fablab et, sans parler le japonais, « se laisse porter ». Encore un réflexe de millenial. Retour en France trois mois plus tard avec, dit-elle, « une inspiration esthétique ». Pour répondre à l’envie féminine de « changer de couleur », elle construit l’identité de sa marque à l’aide de rubans de kimonos colorés. Puis début 2018, à son retour, Along incube.

Usine en Chine

Alix Paoli intègre le Schoolab du Sentier, parfait pour incuber son business plan. Son sac à dos sera unisexe. Elle saute à pieds joints dans la couveuse BGE République, un an. Été 2018 : elle déniche un industriel… chinois qui réalise trois protos. Quand elle débarque sur place, elle rencontre le directeur de l’usine… français. Entre-temps, l’ex-salariée s’est contentée de son indemnité de chômage et de ses économies. Pour assurer la levée de fonds, elle choisit le crowdfunding, via la plate-forme Ulule où elle installe sa vidéo. En un mois et demi, Alix Paoli a prévendu 580 sacs. Elle repart en Chine pour mettre au point l’assemblage dans cette usine de quelque 70 ouvriers/ères. D’où sont sortis désormais 800 exemplaires. En janvier, une boutique japonaise lui en a commandé 150…
Où est Alix Paoli ? Au moment de boucler, nous la cherchons. Est-elle en Chine, au Japon, dans son coworking de Ménilmontant ? Encore une millenial attitude…

Olivier Magnan

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