Frédérique Dorso : Gentlewoman du déménagement

L’univers du déménagement, elle connaît bien. Chez elle, c’est une affaire de famille. M. Miotto, son père, immigré italien, avait d’abord été chauffeur, puis il s’est mis à livrer du vin à son compte. L’homme comprend que son outil de travail, ce camion, s’adapte à des services variés. En 1978, il décide d’abandonner la livraison de vin et crée avec son épouse l’entreprise Miotto Transfert. Spécialité : stockage et garde-meuble. Savoir-faire : la sécurité des œuvres d’art. Le créneau se mérite. L’entreprise prospère. « Mon père avait eu la bonne idée de transformer d’anciennes cuves à vins, situées aux portes de Paris, en véritables coffres-forts », explique Frédérique Dorso.

L’entreprise familiale, pas pour elle !

Ses parents sont passionnés par leur métier. Mais la jeune fille de la famille ne montre guère d’attirance pour le déménagement. Elle préfère s’orienter vers des études d’histoire de l’art, puis vers la mode. La future déménageuse devient styliste. Alors reprendre l’entreprise familiale… « Il n’avait jamais été question que j’y travaille. J’avais vraiment envie de me démarquer. » En 1994, la crise du prêt-à-porter condamne la styliste à jouer les Tanguy au féminin : ses père et mère l’accueillent chez Miotto Transfert en tant que… secrétaire. « Mes parents m’ont proposé un poste au moment où l’entreprise était en pleine expansion. Les perspectives étaient enthousiasmantes. » En 1995, l’entreprise rejoint le réseau des Gentlemen du Déménagement, groupement collaboratif que composent des indépendants passionnés. « Une forme de commerce associé dont l’avantage se traduit par une meilleure visibilité et une plus forte entraide. » Frédérique Dorso n’a rien perdu de son tempérament d’indépendante. Au fil des années, le déménagement n’a plus de secret pour elle et son métier la séduit au point… qu’elle rachète l’entreprise familiale en 2012 !

Une cheffe d’entreprise adeptes des défis calculés

C’est elle qui est désormais aux commandes. Son père, un homme sûr de lui, volontiers vedette, disparaît trop tôt : « Ma mère était plutôt une bonne gestionnaire, mais discrète, dans l’ombre de mon père. Lui disparu, nous nous sommes retrouvées toutes les deux pour piloter l’entreprise. » Quand Frédérique prend le relais, elle connaît ses atouts : « J’ai découvert que mon côté créatif pouvait m’apporter beaucoup. Je crois qu’il m’aide encore pour convaincre les gens et gagner leur confiance. »
L’entrepreneure s’impose sur le créneau du déménagement de particuliers sans négliger les services aux entreprises. Elle se taille un univers professionnel « fait de rencontres et de découvertes ». Défis ? C’est un peu son carburant. Elle en consomme pour, dit-elle, faire toujours mieux : « Plus les situations sont complexes, plus on se creuse la tête pour trouver des solutions. » Entreprendre, c’est prendre des risques, prône l’ancienne secrétaire, à condition de faire preuve de rigueur et de sérieux. « Il faut aussi savoir écouter, il est très important d’être attentif aux remarques de son entourage et innover pour se différencier. » Mais une femme dans cet univers de gros bras ? La jeune quinqua est très féminine, ce qui pourrait constituer une remarque sexiste si l’image du déménageur « armoire à glace », de l’aveu même des professionnels, n’avait vécu : il existe quantité de postes intéressants sur les créneaux de la gestion ou du management. Il n’empêche que l’« effet Dorso » joue à plein : sa direction du groupement contribue à faire évoluer les mentalités en prouvant que les métiers du déménagement sont accessibles aux femmes, largement sous-représentées. Son plus grand rêve ? Que sa fille aînée, âgée de 17 ans, reprenne un jour les rênes. « J’ai à cœur de lui transmettre cet héritage. » Et si elle voulait être styliste ?

Ariane Warlin et Chloé Cénard

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