Anaïs Barut et son diagnostic immédiat du cancer

De l’art de faire tomber les barrières

Talentueuse et déterminée, Anaïs Barut est présidente et co-fondatrice de Damae Medical, une start-up donc la vocation est de détecter d’éventuels mélanomes ou carcinomes.

Si elle s’est intéressée au cancer, c’est parce qu’il est omniprésent. « Nous connaissons tous dans notre entourage proche ou moins proche une personne concernée par cette maladie. C’est très motivant de travailler sur cette cause et de faire en sorte que les tumeurs soient détectées le plus tôt possible, afin d’être soignées le mieux possible », précise la jeune femme de 25 ans. Sans parler des perspectives d’économies pour la Sécurité sociale. A condition bien sûr de trouver des accords de remboursement.

Le fait d’être issue d’une famille d’ingénieurs a-t-il influencé son parcours académique ? Sans doute, reconnaît-elle. Passionnée depuis toujours par les nouvelles technologies et le médical, elle obtient un diplôme de l’Institut d’Optique Graduate School à Palaiseau, puis fréquente ensuite les bancs d’HEC Paris pour acquérir des connaissances en management. Parce qu’elle n’envisage pas sa carrière dans un grand groupe, elle choisit de réaliser ses stages au sein de start-up. Ces différentes expériences achèvent de la convaincre que c’est bien dans ce type de structures qu’elle souhaite évoluer. « C’est un univers dans lequel on a la possibilité d’innover. De plus, on y apprend beaucoup plus vite qu’ailleurs », précise-t-elle.

L’aventure entrepreneuriale

Très vite, elle tente à son tour l’aventure entrepreneuriale dans le secteur des «Medtechs». « Nous avons fait l’inverse de ce qui est généralement conseillé. Autrement dit, nous ne sommes pas partis d’un problème pour trouver une solution. Nous sommes partis directement de la solution », témoigne-t-elle. Et la solution en question, c’est un dispositif destiné au diagnostic immédiat des cancers de la peau sans biopsie.

Avec deux associés, elle fonde ainsi Damae Medical en 2014. « Nous avions déjà mené quelques projets avec un camarade d’école, David Siret. Puis, nous avons rencontré Arnaud Dubois, chercheur au sein du Laboratoire Charles Fabry, une unité mixte de recherche entre le CNRS, l’Institut d’Optique et l’Université Paris-Sud. Il cherchait des partenaires pour valoriser son invention associant imagerie haute résolution et algorithmes. Nous avons eu envie de lancer ce projet pour diagnostiquer l’ensemble des cancers de la peau de manière non invasive et précoce », précise-t-elle. Grâce à une technologie très prometteuse, après un an de travail commun, ils sont en mesure de fournir aux dermatologues une technologie optique permettant de voir à l’échelle cellulaire à l’intérieur de tissus biologiques. L’outil peut repérer aussi bien les mélanomes que les carcinomes. Evidemment, cette technologie intéresse au plus haut point le corps médical autant qu’elle suscite la convoitise d’autres entrepreneurs (mais le brevet est protégé).

L’intérêt et le potentiel de cette technologie sont tels qu’Anaïs Barut a été lauréate, en 2015, du prix de la MIT Technology Review, alors qu’elle n’avait à l’époque que vingt et un ans. « C’est une vraie reconnaissance pour l’activité globale et l’ensemble des collaborateurs, mais c’est surtout une énorme visibilité pour attirer les investisseurs », explique-t-elle. Cette reconnaissance, elle a pu en mesurer pleinement l’impact puisqu’en avril 2017, elle est parvenue à lever 2 millions d’euros pour mener à bien son ambitieux projet. C’est ce qui a permis à l’entreprise de passer d’une phase de recherche-développement à une phase industrielle.

Du management…

« C’était un vrai enjeu. Et ce changement d’étapes n’a rien d’évident », souligne-t-elle. Aujourd’hui, treize personnes travaillent pour Damae Medical, pour partie à Palaiseau, pour partie dans le centre de Paris, où sont fabriquées les sondes. L’entreprise travaille avec différents partenaires pour concevoir ce dispositif, notamment un assembleur bureau d’études. « C’est passionnant de créer une équipe pour générer une intelligence collective. Chacun apporte sa propre touche. Tout ceux qui passent par notre société en sortent grandis. » Son ambition est en effet d’optimiser toujours plus les interactions professionnelles au service d’une meilleure performance, et de rendre ses collaborateurs épanouis.

… au marketing

Son créneau aujourd’hui, c’est donc principalement le management, mais aussi le marketing. Il s’agit en effet d’expliquer au corps médical la valeur ajoutée des dispositifs, dans le cadre d’une approche partenariale. « Nous avons eu et continuons d’avoir beaucoup d’échanges avec des dermatologues et des pathologistes pour comprendre leurs besoins. Ils ont vu que nous étions capables d’être réactifs et précis, mais aussi que nous avions une bonne compréhension de leurs enjeux », précise Anaïs Barut.

Forts de leurs retours, les dispositifs sont régulièrement améliorés. Pour le moment, il n’existe qu’un seul spécimen «en circulation». Il est installé au CHU de Saint-Étienne, et a été testé sur 200 patients. Toutefois, Damae Medical commence à prendre les premières commandes dans plusieurs pays européens, au premier rang desquels l’Allemagne, particulièrement intéressée par cette technologie. « Nous allons développer une dizaine de prototypes d’ici l’été. Cela servira à lancer une nouvelle étude clinique », note Anaïs Barut.

Pour l’avenir, Anaïs Barut souhaite conserver une petite équipe avec pour ADN l’innovation. Ce dont elle a désormais besoin, ce sont des conseils pour garantir la maintenance des dispositifs. « Nous sommes très fiers d’avoir réussi à transférer des technologies de pointe à des médecins », conclut Anaïs Barut. Et si elle avait un conseil à donner à tous les entrepreneurs quels qu’ils soient, il tient en quelques mots : ne jamais relâcher sa détermination !

Ariane Warlin

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