La stratégie de transition écologique : les entreprises et les collectivités la mettent en pratique

Peu à peu, de grands groupes sont en train de faire basculer leurs modèles économiques.

Pour que la France ose rêver de mettre en mouvement sa stratégie de neutralité carbone d’ici à 2050, il lui faut… des entreprises bas carbone ! Et des citoyen·nes qui s’engagent dans des comportements bas carbone. Comme nous restons un pays où la libre entreprise n’obéit pas à des ukases ni les individus à des ordres du Parti, encore faut-il que les agents économiques trouvent leur compte dans une économie du green business. Que l’on n’émette plus de gaz à effet de serre que la nature ou que des dispositifs industriels soient capables de traiter. Eh bien il semble que l’environnement devient enfin une préoccupation majeure pour les entreprises et les particuliers… Coup d’œil à ces nouvelles forces en devenir.

C’est, entre autres, un sondage Ipsos-Sopra Steria publié en septembre 2019 qui montre que l’environnement est la première préoccupation de 52 % des Français·es, avant même leur pouvoir d’achat. Une véritable prise de conscience. Or si une population devient demandeuse, les entreprises suivent. Elles suivent tellement qu’elles anticipent le développement massif ces dernières années du processus de responsabilité sociale (RSE) qui force les acteurs économiques qui l’adopte à se réinventer. Prenez 1083. A priori, on pense jeans et pollution. Sauf que la marque a mis en place des jeans conçus avec du coton écologique, nettoyés au laser et non à l’eau. Au fait, pourquoi s’appeler 1083 ? Parce que chaque vêtement est produit à moins de 1 083 kilomètres de son lieu de vente ! Autre exemple emblématique. Crédit Agricole a mis en place depuis plusieurs mois un système de recyclage des cartes bancaires. Le banquier veut récupérer notamment les métaux précieux contenus dans les petites cartes…

Du développement durable à la transition écologique

Autre firme longtemps cataloguée polluante qui se projette dans le futur, donc dans le durable : L’Oréal. La marque de cosmétique a mis en place un plan consacré au développement durable, L’Oréal pour le futur. Elle veut inscrire ses activités dans le cadre des « limites planétaires ». Comprendre : ne pas provoquer un impact plus important que les limites environnementales existantes. Pour parvenir à cet objectif, l’entreprise entend atteindre dès 2025 la neutralité carbone (soit avec 25 ans d’avance sur le plan français). Côté emballages plastiques, la firme s’engage à n’utiliser que des matériaux recyclés avant dix ans. Un pari ambitieux qu’assume Jean-Paul Agon, président-directeur général du groupe : « La planète est aujourd’hui confrontée à des défis sans précédent. Il est crucial d’accélérer nos efforts pour permettre à l’humanité de vivre dans un environnement sûr. » Une antienne que vont devoir reprendre à leur compte tous les PDG de la planète…

Du côté des bonnes pratiques environnementales, s’inscrit la gestion des bâtiments. Cruciale. Comment construire des bâtiments qui garantissent une empreinte carbone mesurée ? Le cabinet de conseil énergétique tbmaestro a apporté une réponse toute trouvée : le modèle « packit ». « Concrètement, il s’agit de réfléchir aux usages des bâtiments sur le long terme. C’est bien beau de vouloir construire des bâtiments ultraconnectés, mais dans vingt, trente ans, est-ce que tout ce qui a été implémenté sera encore utilisable ? »

D’ailleurs, l’un des indicateurs qu’une révolution verte est en marche s’entend sans doute dans le basculement du verbatim. « Aujourd’hui, on ne parle plus vraiment de développement durable mais de transition énergétique », relève à bon escient Benjamin Voirin, consultant sénior chez GreenFlex, cabinet conseil en accompagnement d’économie régénérative. C’est abandonner un concept de développement durable qui véhicule l’idée de devoir en passer par toujours plus de consommation pour atteindre la durabilité.

Réfléchir à des modèles économiques responsables

Dans ce cabinet de conseil spécialisé des enjeux environnementaux, Benjamin Voirin et ses pairs ont senti le vent tourner favorablement. « Aujourd’hui, les entreprises ont conscience qu’elles se doivent d’agir pour la préservation de l’environnement. Nous collaborons pour des grands groupes du CAC 40 dans des projets qui vont de l’accompagnement pour améliorer l’efficacité énergétique d’usines ou de bâtiments à la question des stratégies d’entreprise pour créer de nouveaux business models plus responsables. »

La crise du coronavirus a provoqué un effet paradoxalement positif sur ces activités. « Certaines entreprises ont freiné un peu leurs projets environnementaux car elles avaient avant tout besoin de retrouver les liquidités, analyse-t-il. Mais pour celles qui ont été épargnées elles veulent plus que jamais produire un impact environnemental positif. »

Un constat partagé par Jean-Denis Vaultier, dirigeant du cabinet de conseil Econovo. Lui accompagne des entreprises sur des thématiques de développement durable et de RSE. Il propose une idée ambitieuse à ses clients : réfléchir à un nouveau modèle économique plus vertueux et responsable. « Dans les entreprises que nous accompagnons, nous menons des ateliers et des échanges pour essayer de comprendre comment elles vont obtenir de nouvelles pistes de business tout en adoptant un comportement soucieux de l’environnement. » Dernier projet en date, celui des sports de glisse et des stations de ski, secteur que la crise touche de plein fouet. Le chef d’entreprise travaille à la création de rassemblements de groupes hôteliers pour qu’ils rompent avec une logique concurrentielle. Ils seront demain des partenaires pour lutter ensemble contre les aspérités négatives de leurs activités…

Au sein des territoires aussi

Mais les entreprises ne sont pas les seules à prendre à bras-le-corps ce sujet. Du côté des collectivités territoriales, on entend aussi lutter pour préserver les ressources climatiques. Depuis les deux lois Grenelles de 2009 et 2010, ces territoires ont acquis un champ de compétence dans le domaine de la politique énergétique. Illustration de ce pouvoir d’action, la question des dépôts sauvages dans le Val d’Oise. Bennes de déchets remplies et autres gravats déposés en bord de route viennent polluer ce terroir en grande partie rural. Pour éradiquer ces incivilités éminemment polluantes, Jean-Philippe Dugoin-Clément, vice-président de la région en charge de l’Environnement et du Développement durable, s’est saisi du sujet. Organisation de grandes opérations de nettoyage, mise en place d’un forum de sensibilisation aux déchets sauvages ne sont que quelques-unes des actions portées sur le plan local. De nombreuses communes lancent également le pari d’un basculement vers des transports en commun verts, à l’image d’Amiens, Paris ou encore Rennes, qui ont misé depuis plusieurs années sur des bus entièrement électriques. « Une véritable prise de conscience de tous les enjeux environnementaux et sociaux existe à l’échelle locale et nationale », analyse Benjamin Voirin.

L’échelle de mise en œuvre n’est pas atteinte

Tous les observateurs ne portent pas un regard si positif sur la situation. Chercheur associé à l’Université Paris 1, Julien Bueb est économiste et spécialiste des questions de développement durable. Son bémol : « Au rythme où vont les choses, nous n’aurons jamais atteint nos objectifs de neutralité carbone d’ici à 2050. Il faudrait des efforts extrêmement importants pour atteindre ces objectifs en restant dans le même système économique. » Changer comment ? Il plaide pour la mise en place de la « sobriété économique ». « La sobriété, ça revient à dire que l’on réfléchit davantage à nos investissements, à nos achats et donc à nos productions pour éviter le surplus et le gaspillage. Une fois définis nos besoins, on va réfléchir à produire dans un cadre énergétique favorable. »

Un basculement idéologique encore lointain ? « Il existe une prise de conscience d’une partie des Français et des Françaises de l’urgence climatique dans laquelle nous visons. Mais il faudrait que, collectivement, nous puissions œuvrer pour apporter nos solutions concrètes. » Le collectif. Le supercollectif. Un concept que des chercheurs comme Émile Servan-Schreiber décortiquent et mettent en œuvre. À un certain degré de prise de conscience collective, il n’est pas impossible qu’une société tout entière fasse basculer les systèmes…

Guillaume Ouattara

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