Entrepreneur·euses, la crise les stimule !

Créations d’entreprises, reconversions, nouveaux métiers, l’ère covid a fait bouger les lignes. Mais l’incertitude demeure.

Des entreprises ont fait faillite durant la crise et feront faillite dans les mois qui viennent. Celles qui, du jour au lendemain, ont vu leur activité fondre comme neige au soleil, alors obligées de recourir aux prêts garantis par l’État (PGE) et/ou au dispositif de chômage partiel. Pour d’autres, le virus a muté… en une source d’opportunités. Ce sont les « bébés covid », ces entreprises nées en pleine pandémie ou qui ont su adapter leur activité au contexte sanitaire. Sans oublier tous les nouveaux métiers qui ont émergé directement inspirés du Sars-CoV-2.

Souvenez-vous de l’esclandre des masques. Début du confinement, la France se retrouve incapable de distribuer à l’ensemble des citoyen.nes une quantité suffisante de ces protections faciales. Nombre d’entreprises viennent alors en aide au gouvernement français via la production de masques et de gel hydroalcoolique. D’abord les grands groupes comme LVMH ou L’Oréal, qui ont participé à « l’effort de guerre ». Une volonté non dépourvue d’arrière-pensée

Pour l’économiste Gilles Saint-Paul, ces « fausses reconversions » temporaires s’illustrent comme de purs « coups de communication, ce n’est pas une restructuration structurelle, au contraire, c’est de la communication pour promouvoir une image de marque, ce ne sont pas de bons exemples », estime l’expert. Pour lui, « Le gel hydroalcoolique correspond à un produit complètement banal, il n’y a vraiment aucune raison d’acheter du gel hydroalcoolique à ces grandes entreprises du luxe plutôt que d’autres ». D’autres entreprises, bien plus petites, ont elles aussi participé à la production de masques, comme la PME drômoise 1083 (habituellement fabricante de jeans made in France) ou Tuffery, une entreprise textile basée en Lozère. Mais tous ces exemples relèvent d’une reconversion temporaire, utile pour venir en aide à l’État. Pas vraiment une perspective de long terme.

La révolution Plaxtil, fierté française

Et puis, une poignée d’entreprises sortent du lot. Celles qui pourraient révolutionner toute une industrie. La crise covid-19 aura au moins eu le mérite de mettre sous le feu des projecteurs Plaxtil, le fruit d’un projet pensé par Jean-Marc Neveu et Olivier Civil, les deux fondateurs. Direction la Vienne, Châtellerault plus précisément, où Plaxtil a décidé de recycler les masques jetables (et lavables). La première solution circulaire de recyclage de masques. Les écrans textiles pollués se retrouvent d’abord récoltés au sein de nombreux points relais de la région (supermarchés, pharmacies, drive…), avant d’être récupérés par Audacie, un partenaire, qui s’occupe de retirer les barrettes métalliques, puis envoyés dans les locaux de Plaxtil. Leur devenir ? « Des visières de protection, des ouvre-porte, etc. », se félicite Jean-Marc Neveu, qui garantit la décontamination des masques via un système d’UV et la protection des salarié.es, équipé.es de la tête aux pieds.

L’exemple de Plaxtil s’analyse comme une adaptation à la crise. Il s’est agi de rebondir sur une urgence de société pour créer une entreprise durable. Car oui, Plaxtil recycle les masques par temps de covid-19, mais pense long terme. La structure combat initialement la pollution engendrée par l’industrie du textile, l’une des plus polluantes au monde. Elle s’inscrit donc dans le post-covid. « On conçoit des produits, des solutions, sans se soucier de l’après. Il faut savoir que le volume du nombre de vêtements croît plus rapidement que la population mondiale. Une prise de conscience s’avère nécessaire. Oui, on produit des masques, indispensables pour limiter la propagation du virus, mais les effets de la pollution liés à cette production n’attendent pas, il faut repenser la manière dont on produit pour anticiper les conséquences en amont. Je ne crois pas qu’il y ait une fatalité à polluer », argumente le cofondateur de Plaxtil, Jean-Marc Neveu, qui espère donner des idées à d’autres secteurs, fier de prouver qu’innover et créer peut aussi se faire « en province, donc en dehors de Paris ». Ironie.

Créer son entreprise pendant la crise

Quand la passion prend le pas sur la peur d’échouer en temps de crise, le confinement s’avère le moment idéal pour mûrir un projet. Et ce n’est pas Antoine Durand, cofondateur de Qondor avec Benoit Lesur, qui dira le contraire. Leur amour du golf a débouché sur la création de Qondor en pleine pandémie. « Nous voulons proposer une alternative au fonctionnement le plus répandu du golf actuel qui est de payer 9 ou 18 trous mais n’en parcourir que 5, 6 ou 13. On veut s’attaquer à cette logique du forfait pour un paiement au réel », explique Antoine Durand.

L’idée : mettre en place un capteur qui « détermine en temps réel le taux d’occupation d’un terrain de golf, bien plus efficace que les plannings de réservation des directeur.rices de golf ». Or la pandémie est loin de n’être qu’un mauvais timing pour l’entrepreneur : « Beaucoup de gens vont probablement changer leur manière de jouer, la cotisation à l’année présente un risque, on l’a vu avec le confinement, certain.es n’ont pas été remboursé.es… » Les deux golfeurs raisonnent : « On se lance dans un sport où les pratiquant.es dépensent en moyenne 1 300 euros par an, hors cotisation, pour le matériel et les accessoires. Cette population n’est pas vraiment représentative de la société, elle aura donc tendance à moins se confronter à la crise », anticipe Antoine Durand, conscient également que le golf doit se démocratiser. Miser sur le golf, sport individuel ou pratiqué le plus souvent « avec ses proches », dans un contexte d’angoisse généralisée et de crainte de la foule, très judicieux.

Aucun regret pour Antoine Durand, qui conseillerait d’ailleurs « à d’autres aspirant.es entrepreneur.euses de le devenir », crise ou pas crise.
Attention toutefois à ne pas voir uniquement le verre à moitié plein. Le nombre de créations d’entreprises a bondi de 38 % en juin par rapport au mois précédent, puis, en août, ce rebond s’est quelque peu tassé (+ 0,4 %) comparé à juillet. Pour Gilles Saint-Paul, cet enthousiasme à l’idée de créer son entreprise constitue ni plus ni moins qu’une « illusion d’optique » : « Les statistiques sont construites par rapport à la période précédente. Or, si l’on prend une longue période, admettons les six premiers mois de l’année, ce n’est plus du tout la même histoire qu’on raconte. Donc, certes, on a observé un rebond, mais ce rebond ne compense pas la chute précédente. En l’occurrence, le rebond des créations d’entreprises est intervenu après de précédentes périodes très déprimées », analyse le professeur à Paris School of Economics.
De plus, indispensable aussi de se concentrer sur les types de créations d’entreprises. Pas forcément les plus viables à long terme : « On a vu beaucoup de travailleurs indépendants et de microentrepreneurs se lancer. De quoi nourrir encore un peu plus mon scepticisme sur ce rebond. Il existe toujours une grande incertitude, on ne sait pas comment la conjoncture va évoluer. On constate un rebond de l’emploi intérim ou des postes précaires, moins des contrats longs. Le confinement s’est traduit par un effondrement économique, pas étonnant ensuite que ça reparte, ce pouvait difficilement être pire », relativise Gilles Saint-Paul.

De nouveaux métiers naissent

La fameuse « destruction créatrice ». Des postes disparaissent, des métiers se créent, étroitement liés à la pandémie. On connaît de mieux en mieux, notamment, les référent.es covid, qui doivent s’assurer que l’entreprise respecte les mesures sanitaires préconisées par le gouvernement et ainsi garantir la sécurité à l’ensemble des salarié·es.

D’autres métiers découlent de la pandémie : contact tracers, temperature takers, workplace redesigners ou covid-19 testers (faut-il traduire ?). « La pandémie a constitué un choc sans précédent sur le marché du travail et a créé très rapidement un besoin de nouveaux métiers et de nouvelles compétences », rappelle Julia Pollak, économiste du travail.

Au premier chef, le « contact tracer » identifie les individus qui ont pu se trouver en contact avec des porteur.euses du Sars-CoV-2. Puis leur enseigne la marche à suivre et les accompagne jusqu’au test covid. Un métier accessible aussi bien à temps plein qu’à temps partiel, dont la rémunération horaire varie entre 17 et 25 dollars (environ 14,5-22 euros). De leur côté, les « temperature takers » s’adonnent à « questionner les gens dans les aéroports, les écoles ou les entreprises, en lien avec l’épidémie, et à prendre leur température », explique Julia Pollak. Un poste médiocrement destiné aux nouveaux entrants sur le marché du travail, mais davantage aux actif.ives en emploi et en reconversion.

La crise covid-19 démontre que des opportunités existent. Des entreprises naissent, d’autres adaptent leur activité et des métiers voient le jour. Mais cette crise ne suit pas les raisonnements habituels de pensée économique. « Avant, on pouvait imaginer une trajectoire de reprise de l’économie, on pouvait se dire dans deux ans, ça ira forcément mieux, c’est donc le bon moment pour restructurer mon entreprise, je profiterai des retombées ensuite. Là, si on me demande quand l’économie va repartir, je ne pourrai vous répondre… ! » tempère Gilles Saint-Paul. Alors, fallait-il se lancer ou se reconvertir en pleine pandémie ? Bien sûr que oui, dès lors que l’on s’adapte aux nouveaux besoins. Comme toujours.

Geoffrey wetzel

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