Vous souhaitez créer une entreprise ? Vous pensez que partir de zéro est l’unique moyen ? Erreur ! En France, un nombre considérable de services/commerces/magasins sont… franchisés. Traduire : l’entrepreneur que vous êtes investissez dans une marque déjà existante, celle du franchiseur. Moyennant quoi, vous bénéficiez de tout le savoir de l’enseigne qui vous aidera même – la plupart du temps – à trouver des locaux. Il est urgent de comprendre cette façon d’entreprendre « clés en mains ».

Avec les États-Unis, la France est le pays de la franchise depuis le début des années 1970. Selon la Fédération française de la franchise (FFF), en 2018, on recensait 2 004 réseaux de franchise, 75 193 points de vente pour près de 700 000 salariés (emplois directs et indirects) et un CA de 62 milliards d’euros. De l’immobilier à la restauration en passant par l’automobile, la beauté, le bien-être, ou encore les services ou l’équipement de la maison ou de la personne, la franchise a maillé la quasi-totalité des secteurs économiques. Tous les jours, se négocient des contrats entre deux entrepreneurs, le franchiseur (qui voit son enseigne se multiplier et engranger des droits à chaque ouverture) et le/la franchisé/e qui joue gros mais de façon plus sécurisée que si elle/il se lançait dans l’aventure sans filet. Distribution, production, service : tout est franchisable.

Tout est à votre portée

« La franchise est un modèle entrepreneurial très vertueux, basé sur le partage de savoir-faire et le partage de la valeur », explique Véronique Discours-Buhot, nouvelle déléguée générale de la FFF. Ses arguments sont solides : « Avant de se développer en franchise, le franchiseur était un entrepreneur indépendant. Il a conçu, testé, affiné et éprouvé un concept sur, au moins, deux entités avant de se lancer en franchise. Mettre en place un concept demande du temps et de l’argent. Lorsqu’on devient franchisé, toute cette partie a été “économisée”. On se lance directement dans le business. » Qui ? Tout le monde ou presque : il n’existe pas de profil type pour entreprendre en franchise. Véronique Discours-Buhot le confirme : « La franchise est une manière d’entreprendre à tout âge. Elle autorise tout un chacun, à tel ou tel moment de sa vie et avec des investissements faibles à colossaux, de devenir entrepreneur/e. » Pas même besoin d’être un professionnel du secteur choisi au préalable ! Un boulanger pourrait se mettre à vendre des accessoires auto ! Parce qu’il sait ce qu’est un commerce de détail…

Des règles simples mais indispensables

Le principe de la franchise, c’est le partage de la réussite. Dit ainsi, tout semble idyllique. C’est un peu plus compliqué que ça, mais l’idée est vraie. Une enseigne (le franchiseur) a créé (souvent de zéro !) une activité avec succès. Cette enseigne s’engage à transmettre son savoir-faire à des entrepreneur/es indépendant/es (les franchisé/es) par la voie de nombreuses formations. Le franchiseur leur délègue la création de ses nouveaux points de vente pour booster le développement de son activité et leur porte assistance en permanence. Il leur accorde également une exclusivité territoriale d’exploitation de sa marque afin de leur assurer une zone de chalandise suffisante et sans concurrence de la part des autres membres de son réseau.

De leur côté, les franchisé/es adhèrent au concept par le biais d’un contrat et s’engagent à suivre des règles précises du franchiseur liées au positionnement de la marque (installation, agencement du point de vente, approvisionnement, mode de distribution des produits, campagne de communication, chartes de qualité…). Ils/elles paient dans un premier temps un droit d’entrée et par la suite des royalties. L’engagement des franchisé/es prendra plusieurs formes selon la nature du contrat proposé par le franchiseur : la franchise, la commission affiliation, la concession, la coopérative, la licence de marque, le partenariat. Autant de formules du commerce associé.

Se lancer en franchise, les premières démarches

Avant de vous lancer en franchise, définissez les secteurs pour lesquels vous vous sentez un minimum d’affinité. Puis repérez ceux qui rentrent dans vos possibilités financières. En additionnant tous les apports et redevances, comptez environ entre 20 000 et 450 000 euros d’investissement initial (il existe même des enseignes à droit d’entrée réduit, le trimestriel Franchise & Concept(s) les cite dans son n° 24 de septembre 2019). Le premier tri est fait ? Recueillez le maximum d’informations sur chacune des enseignes choisies ! L’idéal est d’arpenter les allées du salon de référence, Franchise Expo Paris, cette année du 22 au 25 mars, Porte de Versailles à Paris. C’est une occasion en or pour rencontrer plus de 500 enseignes, mais aussi de nombreux experts, et plonger dans le bain.

Ce tri rationnel accompli, contactez. Rapprochez-vous des franchiseurs, mais fort/e d’un dossier de candidature sérieux. Lors du premier entretien, le franchiseur vous transmettra son dossier complet de présentation de l’entreprise et une copie du Document d’information précontractuel (DIP), clé du préaccord. Le DIP doit comporter : le nom des dirigeants, les coordonnées de tous les membres actifs du réseau (avec les dernières entrées et sorties comptabilisées) ou une liste de points de vente situés à proximité de la ville de votre choix, une description de l’état national et local du marché. Certains franchiseurs ajoutent à ce document les comptes d’un ou plusieurs de leurs franchisés. Pour analyser le DIP, si l’on n’est pas soi-même un praticien des comptes d’une entreprise, mieux vaut faire appel à un expert-comptable, un avocat-conseil ou à un cabinet spécialiste de la franchise.

Tous les atouts, plus votre force de travail

Votre choix s’est affiné, vous n’avez pas encore signé. C’est l’heure de la recherche d’un local qui correspond aux critères du concept choisi. Celle du montage du dossier (études de faisabilité, analyse du marché local, budgets prévisionnels, plan de montage de votre financement). Celle de la recherche d’un prêt à la banque. Bonne nouvelle : vous vous présentez devant un conseiller « pro » riche de vos seuls yeux tranquilles, comme le chantait Verlaine, pour un investissement dans votre idée solo, ce sera difficile. Vous arrivez avec un DIP d’enseigne connue, vous êtes reçu/e avec le sourire. Renseignez-vous sur toutes les aides possibles, elles ne manquent pas.

La signature du contrat intervient une fois le projet bouclé, financement compris. Ce contrat engage le franchiseur et le franchisé pour une durée de trois à sept ans. Dans certains cas spécifiques, lorsque les sommes investies sont très élevées, cette durée se prolonge souvent jusqu’à 15 ans (et davantage). Avant de signer le contrat, étudiez-le avec un professionnel.

Le contrat signé, les droits d’entrée payés, à vous de jouer. Avec tous les atouts pour réussir, à condition que, comme tout chef/fe d’entreprise, vous vous lanciez à fond sans compter vos heures.

Anna Guiborat

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