Monter sa boîte, affaire de statuts

Un nombre croissant de salarié/es français/es rêvent de devenir leur propre patron/ne. Pour réussir sa reconversion, un accompagnement tout au long de l’évolution du projet est indispensable.

Le statut de chef d’entreprise fait décidément rêver les Français/es. En 2018, l’Insee a recensé un nombre record de 691 300 nouvelles entreprises. Soit 100 000 de plus et une hausse de 17 % par rapport à 2017. Une hausse largement portée par l’engouement pour le statut de micro-entrepreneur (avec un bond de 28 %). Et l’attrait de l’indépendance dépasse largement ce seul statut. L’Insee constate une hausse soutenue de 20 % des créations d’entreprises individuelles classiques (30 300 de plus en un an). Alors que les créations de sociétés classiques (SAS, SARL…) ne progressent que de 2 %, avec seulement 3 200 nouvelles entreprises répertoriées. Alors quel statut choisir ?

Le statut, un paramètre de succès

Tout dépend en réalité des ambitions du créateur, des capitaux disponibles, du secteur d’activité concerné. L’enjeu est d’importance comme l’explique Bruno Le Besnerais, président du comité création et entreprises innovantes du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables. « Le choix d’un statut plutôt qu’un autre est engageant, notamment d’un point de vue fiscal et social. J’ai reçu beaucoup de chefs d’entreprise qui avaient démarré sans conseil leur activité et été rapidement pris dans une souricière fiscale et sociale, des impôts aux Urssaf. Ils n’avaient pas anticipé les conséquences du choix de leur statut. » Une étude publiée récemment sur le devenir des sociétés créées en 2014 est à cet égard révélatrice. La pérennité dépend beaucoup du statut juridique : 83 % des sociétés existaient toujours trois ans après leur création, contre 63 % pour les entreprises individuelles. Autre façon de mesurer cet écart de destin selon le statut : les entreprises individuelles se clôturent plus rapidement que les sociétés : 16 % d’entre elles ne soufflent pas leur première bougie contre 4 % pour les autres. L’Insee a bien sûr souligné que le montant de l’investissement initial, l’expérience du créateur et notamment sa capacité à faire face aux difficultés ou à les anticiper, ou la localisation, comptaient aussi beaucoup…

L’option franchise…

Les créateurs qui redoutent de partir dans l’inconnu pensent… franchise. Ce type de commerce dit associé connaît depuis de longues années un joli succès. Apparu en France dans les années 1970, le concept offre le moyen de créer son entreprise en utilisant l’idée et le savoir-faire d’un autre, moyennant une redevance annuelle. L’entrepreneur va ainsi s’appuyer sur une marque qui a fait ses preuves et bénéficier d’une formation et de conseil, un vrai suivi, pour la gestion quotidienne. Autre avantage de taille pour un futur entrepreneur : créer son entreprise via la franchise rassure les banquiers, plus enclins à accorder des prêts.

La pérennité dépend beaucoup du statut juridique : 83 % des sociétés existaient toujours trois ans après leur création, contre 63 %  pour les entreprises individuelles.

…ou portage

Autre option pour petit entrepreneur, le portage salarial. Le statut cumule l’avantage de l’indépendance et la sécurité du salariat. Il instaure une relation tripartite entre un travailleur indépendant (le porté), ses clients et l’entreprise de portage dont le professionnel devient salarié le temps de ses missions. « Ce statut a l’avantage d’offrir au porté une protection sociale – prévoyance, sécurité sociale, retraite, assurance chômage… – plus importante que celles du régime du micro-entrepreneur », souligne Hubert Camus, président du PEPS. En parallèle, le porté conserve son autonomie dans ses actions commerciales et la réalisation de ses missions auprès de ses clients. « Il pourra également compter sur l’accompagnement de la société de portage dans ses actions de développement, sa formation, etc. » La sécurité se paie : le porté supporte à la fois les charges de l’entrepreneur que lui décompte le porteur, les charges du salarié et… la commission du porteur. Il vaut mieux des missions très bien rémunérées pour en tirer profit.

La solitude tue

Qu’il soit micro-entrepreneur, patron de SAS ou titulaire de tout autre statut, le créateur doit être accompagné. « Je déconseille absolument de se lancer tout seul. Il faut être entouré et faire part de ses projets à des conseils qualifiés. Il faut pouvoir confronter son projet au regard des autres pour qu’il puisse mûrir. Je repère par expérience un projet mal ficelé, pas abouti ou sans perspective », assure Bruno Le Besnerais. Lui recommande de se méfier des « conseils d’amis », souvent propagateurs de mauvais renseignements. Bien sûr, tout dépend de l’ambition du projet. La création d’une micro-entreprise ne demande pas forcément l’appui soutenu d’un expert-comptable, les formalités juridiques fiscales sociales sont plus simples. « En revanche, si le projet est plus important et exige des choix sur la forme et les statuts de l’entreprise, le professionnel, qu’il soit expert-comptable, avocat ou CCI, vont se montrer de bons conseils. Tuons dans l’œuf un a priori : que se rassurent les créateurs inquiets d’être surfacturés dès qu’ils passent la porte d’un cabinet d’expertise-comptable. Tel n’est pas le cas. C’est à nous, professionnels, de lever cette crainte et cette inhibition au conseil, l’établissement systématique et obligatoire d’une lettre de mission est une garantie de transparence notamment pour les honoraires. »
Dans cette perspective, le Conseil supérieur des experts-comptables a mis en place le dispositif Business Story en 2016 pour répondre à la demande de conseil. « En se connectant sur le site Business Story, l’entrepreneur trouve en quelques clics les experts-comptables les plus proches de lui, inscrits dans ce dispositif, afin de prendre rendez-vous. En trois rencontres d’une à deux heures gratuites prévues par ce dispositif, l’expert-comptable aura apprécié le degré de maturité du projet et sera à même de délivrer les bons conseils », plaide Bruno Le Besnerais.

En trois rencontres d’une ou deux heures gratuites prévues par ce dispositif, l’expert-comptable aura apprécié le degré de maturité du projet et sera
à même de délivrer les bons conseils.

L’argent nerf de la guerre

Une fois le projet validé, l’entrepreneur devra inéluctablement chercher des fonds auprès des banques. Lesquelles exigent le plus souvent, outre une caution du créateur, la participation d’un établissement de cautionnement ou de garanties. Résultat, les organismes qui les délivrent sont très sollicités, et par conséquent nettement plus exigeants sur la sélection des dossiers. « Pour les banques, notre intervention est un préalable : avec elles nous menons une coopération étroite. Si les banques attendent notre propre décision, elles y sont également associées, et pour cause : elles sont généralement membres des comités d’agrément qui octroient les financements et suivent donc les dossiers de très près », éclaire Bernadette Sozet, directrice générale d’Initiative France. Son organisme propose aux porteurs de projets des prêts d’honneur à zéro pourcent qui consolident les fonds propres, ce qui rassure les banques prêteuses. « Le prêt d’honneur procure un effet de levier significatif : pour 1 euro de prêt d’honneur, les banques accordent en moyenne 8 euros de financement complémentaire. C’est un point fondamental. Car les créateurs insuffisamment financés au départ sont les plus fragiles », souligne Bernadette Sozet. Au-delà de l’argent, qui est une question capitale, le réseau associatif accompagne le créateur tout au long du projet, de son élaboration jusqu’aux premières années d’activité de l’entreprise. « Pour emporter notre soutien, l’entrepreneur doit présenter un projet crédible. Nous analysons la viabilité du projet mais également la capacité du chef d’entreprise à le mener à bien. Nous n’abandonnons personne. Si le projet n’est pas assez mûr, nous recommandons au créateur d’entreprise de le peaufiner avec d’autres organisations spécialisées », confirme la directrice générale d’Initiative France. Le système fonctionne. « Initiative France a soutenu 17 325 entreprises en 2018, soit une hausse de 6 % par rapport à 2017, pour un montant total de 197 millions d’euros de prêts d’honneur engagés. Ce soutien a permis de créer 31 000 nouveaux emplois (+ 8 %) et d’en maintenir 14 700 (+ 3 %), soit un total de 45 000 », dixit Bernadette Sozet. Surtout, plus de 90 % des entreprises soutenues dans ce cadre passent le cap des trois ans d’activité. Il existe bien sûr d’autres accompagnateurs de cette eau.

Motivé…

Enfin, dernière condition (ou première) à la réussite, certes a priori acquise, mais qu’il est bon de rappeler : un chef d’entreprise est animé d’un esprit volontaire et d’un dynamisme à toute épreuve. Le monde des affaires est dur. Il faut savoir éviter les écueils, surmonter les difficultés et bien souvent jouer des coudes. Une bonne dose d’optimisme ne messied pas pour réussir. « Même s’il ne s’agit pas d’être béat et s’il faut rester parfaitement raisonnable. Il faudra aussi souvent faire preuve d’innovation, ne pas craindre de sortir des sentiers battus, oser prendre des risques et faire preuve de courage. De plus, le créateur doit posséder les qualités nécessaires pour travailler en équipe : savoir s’entourer, faire confiance et déléguer sont les maîtres mots », la conclusion de Thomas Seivy, jeune PDG de l’enseigne de joaillerie parisienne Marthan Laurand.

Pierre-Jean Lepagnot

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