Présenté comme l’ADN de toute création, le concept innovant se pose en critère incontournable. Pourtant les idées les plus simples peuvent se révéler les meilleures. Une fois l’inspiration trouvée tout est affaire de préparation et de conseils pour plonger au cœur de l’aventure entrepreneuriale. Succès pressenti à la clef…

Jackpot en 2017. La France comptabilise 591 000 créations d’entreprises, chiffre le plus élevé depuis 2010. Un record affiché, avec une progression de +7 % sur un an. Autant dire que devenir entrepreneur séduit de plus en plus. Toutes les nouvelles structures ne sont pourtant pas vouées à la même réussite. Et si pour beaucoup le succès commence par une bonne idée, elle ne fait pas tout.

Pour Isabelle Saladin, fondatrice d’I&S Adviser, premier réseau de serial entrepreneurs pour accompagner les start-up et PME françaises, « la bonne idée pouvant aboutir à la création d’entreprise doit résoudre un problème ou répondre à un besoin réel ». L’effet : conduire à l’acte d’achat. Car une société vit d’abord de sa dimension économique. Autant dire que si les excellentes idées sont légion, elles n’ont d’intérêt que si elles apportent une valeur ajoutée. Une notion à laquelle les porteurs de projets restent encore peu sensibilisés. « Avant tout, il convient de se poser une question et une seule : pourquoi ? Pourquoi irais-je acheter ce produit ou ce service ? Celle-ci n’est rien d’autre que la vraie définition du marketing. »

Une bonne idée… mais pas que

Le mot est lâché et, avec lui, une vision plus terre à terre de la création d’entreprise, comme le confirme Benoît Diot, à la tête du cabinet de conseil Comm’ des Entrepreneurs : « L’idée ne fait pas tout. La manière dont on l’exploite compte. » Créer son entreprise implique de s’appuyer sur d’autres éléments tels que ses compétences, ses moyens, son réseau, sa capacité à innover et à se projeter. Sans omettre quelques ingrédients objectivement aléatoires : être au bon endroit, au bon moment, et profiter des opportunités du marché tout comme de l’environnement. Ce en quoi une entreprise fait figure de modèle pour Isabelle Saladin : Le Slip Français. « L’idée n’a rien de nouveau, mais elle répond à des besoins très clairs, qui ont du sens pour les clients : le sens humain, car il s’agit d’une fabrication française, et le besoin économique de création d’emplois dans le pays. » Il n’en fallait pas davantage pour réveiller la fibre citoyenne et patriotique des acheteurs. La bonne idée, synonyme de succès, trouve ici son origine dans l’écho de ses valeurs auprès des Français et non dans l’innovation. Cette recherche de la différenciation est la voie adoptée par les créateurs de Docteur Sneaker. L’entreprise de réparation et de customisation de chaussures a vu le jour à Toulouse, imaginée par David Mensah et Franck-Mickael Ajavon. Le projet s’inscrit dans un contexte précis : des tennis de marque proposés en édition limitée et fédérant de nombreux passionnés. Est venue se greffer, par la suite, une dimension sociétale dont les deux créateurs ont pleinement pris la mesure : « Notre concept est en phase avec l’actualité qui traite depuis des années d’économie participative et de protection de l’environnement. »

Être différent, la clef de la visibilité

Si l’idée est pour le moins originale, leur façon de se lancer dans l’entrepreneuriat a été très méthodique. « Avant la création de la société, nous avons mené plusieurs études de marché pour définir nos cibles et les services qui paraissaient attractifs et pérennes. Nous avons conçu un site Internet et des pages sur les principaux réseaux sociaux. Ce qui nous a permis de récupérer et de traiter les premières commandes. Nous avons également participé à de nombreux salons sur la culture sneakers et réalisé des animations gratuites dans des centres commerciaux. » Pour Benoît Diot, c’est un parcours idéal : « Pour être identifiée, l’idée ne doit pas forcément se contenter d’être bonne. Elle doit être originale et différenciatrice. C’est là-dessus que vont se construire le plan marketing, les messages clés de communication et l’argumentaire de vente. » Cette exploitation de la différence est aussi le fer de lance de la société Patatam. Spécialisée dans le rachat et la vente de vêtements d’occasion pour enfant et pour femme, l’entreprise a bâti sa réputation sur une action : faire tester le service à 400 blogueuses. « Nous avons bénéficié de plusieurs articles positifs. S’en sont suivies des citations dans les médias », explique Marieve Bidart, co-fondatrice de la société. Les réseaux sociaux ont également été mis à contribution. Mais c’est un élément d’apparence anodine qui a amené Patatam à se faire un nom dans ce secteur saturé de la vente : fournir aux vendeurs un kit d’envoi des vêtements, le Patabag. L’ensemble des services a été fignolé pour conférer à l’entreprise une réputation de qualité.

Garder les pieds sur terre

Ainsi présentées, ces bonnes idées ont tout de la recette miracle. Pourtant, à la question de savoir si ça aurait été suffisant pour connaître le succès, l’équipe de Docteur Sneaker est plus mitigée : « Se faire une place sur le marché du sneaker est une démarche qui demande beaucoup de patience, de communication et surtout d’innovation, choses que nous ne soupçonnions pas forcément au début. » Même constat chez Patatam. La principale difficulté reste de faire adhérer les Français à la seconde main. Représentant une excellente opportunité de développement, cette démarche implique d’abord de balayer les a priori. Mais ces obstacles n’entament en rien la volonté de réussir. « Dès le départ, nous avons envisagé de pouvoir vivre de Patatam, explique Marieve Bidart. Il ne faut pas se mentir, c’est le souhait de tout entrepreneur. » De là à voir dans toute bonne idée les prémices d’une success-story digne de Bill Gates ou de Steve Jobs, il n’y a qu’un pas. Le rêve paraît pour beaucoup réalisable, renforcé par les réussites de jeunes pousses rachetées à prix d’or. Une douce chimère pour Isabelle Saladin. « Il ne doit y avoir que trois ou quatre belles histoires comme ça. Or, nous sommes plus de 66 millions d’habitants… » De quoi garder les pieds sur terre, même si une possible revente fait partie des événements envisageables pour un chef d’entreprise.

Être accompagné : un atout encore tabou

L’idée ne se suffit donc pas à elle-même, et n’assure pas la pérennité de la nouvelle entité. Pour Benoît Diot, quelle que soit l’entreprise, il reste difficile d’envisager de se lancer seul. « Personne n’a la science infuse. Chacun a besoin d’être accompagné et coaché […] On ne naît pas entrepreneur, on le devient au gré de ses rencontres et de sa maturité. Par conséquent, pour bien démarrer, chacun doit pouvoir demander très simplement son chemin à des experts. » Isabelle Saladin abonde dans le même sens, avec une nuance : « En France, le conseil véhicule encore une image négative. Si l’on est accompagné, c’est que l’on n’est pas bon. Nous sommes très loin de ce qu’il faudrait faire. L’accompagnement doit aussi être lié à un objectif précis pour être efficace. » Alors, la bonne idée est-elle nécessairement source de succès ? Pour l’équipe de Patatam, il faut d’abord croire en son projet, mais pas seulement. « Il faut savoir se remettre en question et bien s’entourer pour réussir une entreprise », résume Marieve Bidart. Cette phase ne représente qu’une étape, comme le rappellent les fondateurs de Docteur Sneaker : « Dans une société en constante mutation, il est essentiel d’investir en recherche et développement. De quoi améliorer les services et les procédés pour mieux les adapter au changement. » En résumé, si un concept novateur peut aboutir à la création d’entreprise, sa continuité tient dans sa capacité à se régénérer. Autant dire que rien n’est jamais gagné.

Protéger son idée pour être le premier à l’exploiter

Si une invention peut faire l’objet d’un dépôt de brevet, il n’en est rien pour une idée de produit ou d’entreprise. Sa protection nécessite de prouver que vous en êtes bien à l’origine. La première solution est l’emploi de l’enveloppe Soleau. Disponible auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle (INPI), elle se présente sous un format papier à renvoyer à l’organisme, ou par voie dématérialisée. Elle est conservée cinq ans, servant de preuve devant les tribunaux.

Une autre solution consiste à faire établir un constat d’huissier ou un acte notarié. Le coût est variable suivant le prestataire. Le document rédigé est d’une durée illimitée. Si vous souhaitez seulement dater votre idée, vous pouvez déposer ses caractéristiques sur un site spécialisé. Plus simple et tout aussi efficace, envoyez-vous une lettre recommandée avec accusé de réception qui détaille votre projet. Le cachet de la Poste servira de preuve, à condition de ne pas ouvrir l’enveloppe.

L’incubateur, une structure incontournable dans le secteur de la création d’entreprise

En quelques années, ces petites structures se sont imposées parmi les acteurs de l’accompagnement d’entreprises. Elles apparaissent désormais comme incontournables aux porteurs de projets. Il en existe de différentes natures, publiques, privées, rattachées aux grandes écoles ou aux grandes entreprises. Leur intérêt fait l’unanimité, apportant une expérience unique et des moyens difficilement mobilisables autrement pour bon nombre de futurs chefs d’entreprise. Implantés sur tout le territoire, ces incubateurs se spécialisent de plus en plus.

Ces accélérateurs sont aussi l’occasion pour les jeunes entrepreneurs de tester leurs idées, de bénéficier d’une aide à la rédaction du business plan et à la création de leur structure. Une façon de crédibiliser le projet et de débuter dans les meilleures conditions, tout en disposant de conseils et d’un espace de travail adapté.

Tessa Talon

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