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Nous sommes en juin 2017. Le nouveau président, Emmanuel Macron, arpente les allées du salon VivaTech de Paris – l’équivalent français du célèbre CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas. L’objectif du nouveau chef de l’État : faire de la France une start-up nation ! Faut dire que les jeunes pousses ont plus d’une corde à leur arc. Comme leur agilité et leur capacité d’innovation, notamment par rapport aux grands groupes, et les avantages que ces start-up procurent à leurs collaborateur·rices… Éloge de ces petites structures qui ne demandent qu’à grandir !

Mais pas si vite… Au fait, c’est quoi une start-up ? Hervé Lebret, co-directeur d’Inria Startup Studio, se réfère à l’entrepreneur américain de la Silicon Valley, Steve Blank. Lequel caractérise une start-up comme « une organisation temporaire à la recherche d’un modèle économique industriable, rentable, permettant une croissance exponentielle, répétable et scalable ». Bref, un mélange de jeunesse et d’ambition. Le statut de start-up n’a rien d’éternel, il s’efface avec le temps. Soit la jeune pousse réussira à trouver un modèle stable, soit elle s’effondrera. La start-up, « une phase comprise entre 5 et 10 ans », précise Hervé Lebret.

Les start-up sont réputées pour leur agilité

Un poids lourd mettra plus de temps à manœuvrer qu’une Smart. C’est là tout l’avantage des start-up par rapport aux grands groupes, déjà bien en place. Les petites structures se paient le luxe d’innover, encore et encore. « Les grands groupes demeurent extraordinaires et très efficaces pour satisfaire leurs clients sur un marché bien précis, ils excellent dans ce que l’on appelle les innovations incrémentales [améliorer les produits, services ou processus déjà existants, ndlr] mais peinent à changer de cap, passer à un modèle nouveau », explique le spécialiste des start-up, Hervé Lebret. Or ce sont bien les start-up qui se distinguent dans le cas d’innovations disruptives.

« Le propre de la rupture, c’est donc qu’elle n’est pas la continuité de l’activité existante, mais une activité différente. Un acteur en place a réussi en mettant en œuvre un modèle d’affaires qui correspond à son activité historique. Ses ressources, ses processus et ses valeurs (priorités) sont définis et optimisés pour servir ce modèle. Comme on ne peut pas être optimisé pour servir deux modèles différents, cette optimisation, qui sert l’acteur en place dans son marché historique, le dessert dans le nouveau marché correspondant à la rupture », écrit pour The Conversation le professeur de stratégie à l’EM Lyon, Philippe Silberzahn, qui reprend le théoricien du management Clayton Christensen. Donc pour les start-up, judicieux de se lancer sur des segments de marché délaissés par les grands groupes, réticents à l’idée de concurrencer voire « cannibaliser » leur propre marché initial… L’agilité, voilà la grande force des jeunes pousses !

Les avantages des petites structures pour les collaborateur·rices

Attention, ne tombons pas dans un romantisme béat à l’égard des start-up : « Plus de 90 % des start-up échoueront, si ce n’est davantage, mais il suffit d’un seul succès pour combler les échecs de 100 voire 1 000 autres jeunes pousses », défend Hervé Lebret. Échouer ? Rien de plus normal, les start-up explorent des domaines incertains, forcément il y a de la casse, mais le jeu en vaut la chandelle. Et quand le projet aboutit, les start-up peuvent accéder au statut de « licorne » – l’expression inventée en 2013 par la spécialiste du capital-risque Aileen Lee pour désigner une start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars. Et la France, qui a pourtant eu du retard à l’allumage, se rattrape en matière de licornes : notre pays en compte 27 ! « On nous disait que c’était impossible. Et qu’au fond, la start-up nation était du vent. Mais collectivement, nous y sommes arrivés et avec trois ans d’avance », lâche Emmanuel Macron, qui visait 25 licornes à horizon 2025.

Si l’on se place de l’autre côté du manche, travailler dans une start-up présente pléthore d’avantages pour les collaborateur·rices. « De mon expérience [via notamment Inria Startup Studio qui favorise l’émergence de start-up deeptech, ndlr], et ce que je constate des start-up les plus connues, les collaborateur·rices mettent en avant leur extrême liberté », pointe Hervé Lebret. Travailler le jour ou la nuit, le dimanche et moins le lundi, ce qui compte avant tout dans les start-up, ce sont les missions et les objectifs ! Et non le présentéisme…

Bien entendu, l’ascension, en termes de responsabilités, est logiquement plus rapide dans une start-up plutôt qu’au sein d’un grand groupe. Intellectuellement, on est aussi plus souvent touche-à-tout lorsque l’on travaille dans une petite structure, « tout dépend de la taille de l’entreprise », nuance Hervé Lebret, alors que dans une grande entreprise, les tâches restent très cloisonnées. « Les collaborateur·rices ont une très grande liberté à dire si tel ou tel produit est bon ou pas », ajoute Hervé Lebret, tous les acteur·rices ont cette légitimité de dire ce qui va et ce qui ne va pas. Alors désormais, nous aussi, changeons de regard et abordons ce qui ne va pas chez les start-up*

1. Ces start-up qui revivifient l’écosystème
2. Ces start-up qui s’affranchissent des lois et des êtres*
3. Mapping de l’innovation : 4 start-up « border line »

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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