4 start-up « border line »

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Pour certain·s startupeur·ses, l’argent n’aurait pas plus d’odeur que d’éthique. Pour d’autres, il devrait être aussi chic qu’il est responsable. Cette frontière entre entreprise vertueuse, positive, et le côté sombre de la force n’a rien de tangible. De la plus utopiste à la plus démago, petit tour des start-up qui ne laissent pas indifférent de par le monde.

 

La plus utopiste

ARGENTINE

Un revenu universel décentralisé

Santiago Siri est connu pour avoir mené des projets ambitieux pour améliorer la démocratie dans son pays, en mêlant politique et technologie (El partido de la red, Democracy Earth). Désormais reconverti dans la crypto et le modèle décentralisé qu’elles offrent, il a depuis peu une nouvelle utopie à présenter. Son projet Proof of Humanity. Il propose de fournir une identité numérique à tout·e citoyen·ne du monde qui le désire. Un passeport Internet universel, en somme, lié à un wallet crypto. On s’identifie en tant qu’« humain·e certifié·e » sur la Toile. Grâce à l’émission de tokens (jetons) dédiés et d’une foule de mécaniques toutes plus cryptiques les unes que les autres, l’un des premiers axes du projet sera de proposer un revenu universel de base aux personnes enregistrées – qui ont donc investi dans le projet. Siri semble être très en avance sur son temps. Le bonhomme est résolument décidé à imaginer un nouveau monde plus juste grâce aux nouvelles technologies.

Intérêt : projet ovni entre la start-up, le parti politique et la convention citoyenne. Le modèle de Proof of Humanity laisse entrevoir l’étendue des possibilités qu’offrent les cryptos dans le champ de l’organisation politique et démocratique.

 

La plus dérangeante

CORÉE DU SUD

Influenceur canin pour l’éternité ?

Chez Sooam Biotech, une start-up créée en 2006 par le scientifique (très) controversé Hwang Woo-suk, on propose le service idéal pour remonter le moral de votre grand-mère qui a perdu son petit toutou : le clonage d’animaux de compagnie. Pas vraiment une idée nouvelle. Mais si ce business était anecdotique il y a encore quelques années, de nombreuses start-up copient aujourd’hui le modèle de Woo-suk et proposent ce service d’un nouveau genre, apparemment très apprécié par les Américain·es. L’une des raisons de ce succès ? L’essor des animaux influenceurs… Grâce aux placements de produits et autres valorisations de la célébrité online, certains des influenceurs canins les plus bankable rapportent gros à leur propriétaire. Il serait donc « bête » de se priver d’une version clonée de Médor pour des histoires d’éthique. Non ?

Intérêt : si malheureusement les chiens ne vivent pas plus d’une dizaine d’années, le clonage leur offre de devenir influenceurs pour l’éternité. Une certaine vision de l’enfer.

 

La plus injuste

ÉTATS-UNIS

Gamification de la justice

C’est bien connu, les Américain·es osent tout pourvu qu’ils gagnent des dollars ! L’une de leur dernière – et brillante – idée nous vient cette-fois de la start-up Ryval. L’entreprise propose aux citoyen·nes de miser de l’argent en cryptomonnaie sur des procès judiciaires en cours ! Rien que ça. L’idée est simple, on parie sur une affaire, et on engrange ensuite de l’argent en fonction de l’issue du procès. Au pays des GAFAM, la gamification ne semble donc plus connaître aucune limite, surtout pas morale. L’idée sous-jacente est toutefois que Ryval pourrait donner le moyen à tout un chacun de financer ses dépenses judiciaires grâce à l’émission de jetons qui prendraient de la valeur en fonction de l’avancée de sa propre affaire. Au-delà de cet aspect potentiellement plaisant pour les bourses réduites qui ont des affaires avec la justice, on imagine déjà l’engouement et la spéculation que pourrait susciter un NFT lié au procès Weinstein, pour les plus militant·es, ou au procès de Mick Jagger pour possession de drogue, pour les plus rock n’ roll… À quand un NFT Balkany ?

Intérêt : jusqu’où iront la gamification et la mécanique du pari qui lui est associée ? Verrons-nous bientôt une start-up « War-bet », grâce à laquelle vous miserez sur l’issue de la guerre en Ukraine ? Dix euros gagnés par civil·e tué·e dans le conflit ?

 

La plus démago

GRANDE-BRETAGNE

Cours du soir pour politiques

La start-up londonienne Apolitical est l’une des dernières nées du secteur de la GovTech – les techs qui touchent à la politique. Avec leur application intuitive, l’idée est d’aider les politiques en place à prendre de bonnes décisions grâce à des programmes de formation ou des cours thématisés. L’application a décidé de s’intéresser particulièrement aux questions écologiques. En plus des cours, les utilisateur·rices sont invité·es à écrire des articles, les partager avec d’autres politiques, etc. Robyn Scott, la cofondatrice de ce nouveau réseau social, que l’on pourrait qualifier de P2P (Politics 2 Politics), expliquait récemment à nos confrères de Sifted : « Sur leurs smartphones, les fonctionnaires vont trouver le meilleur restaurant à l’autre bout du monde ou apprendre facilement à coder avec un cours en ligne, mais ils ne pouvaient pas trouver la meilleure approche pour une nouvelle politique qui pourrait coûter des millions de dollars ou avoir un impact sur la vie de millions de personnes. » Vu comme ça… Apolitical vient de lever 5 millions de livres sterling et revendique aujourd’hui 150 000 fonctionnaires utilisateur·rices dans 160 pays.

Intérêt : aucun secteur ne semble aujourd’hui échapper à l’externalisation, pas même la politique. Chez McKinsey, fournisseur non-officiel de la politique française, on appréciera sûrement l’initiative d’Apolitical. Espérons que la start-up londonienne le soit, apolitique.

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