Entreprises françaises aux États-Unis, le bon moment pour se lancer ?

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« Entre Trump et Biden, le changement principal est vraiment celui de la confiance retrouvée »

Le marché américain, perspective alléchante pour les entreprises du monde entier et pour les investisseur·ses français·es. Pour autant, en pleine crise sanitaire et après quatre ans de présidence Trump et de tension des relations commerciales transatlantiques, les craintes et les incertitudes demeurent. Mais les opportunités sont toujours là et des entreprises françaises réussissent leur pari. À condition d’être bien accompagné et conseillé. Yoann Brugière, expert-comptable et cofondateur du cabinet Orbiss, spécialisé dans la croissance des entreprises étrangères aux États-Unis, analyse la conjoncture actuelle et les bouleversements du marché américain.

Yoann Brugière, co-fondateur du cabinet d’expertise comptable Orbiss

Vous avez cofondé Orbiss, quelles sont les activités de votre cabinet ?
Je suis arrivé aux États-Unis en 2012. Après être passé de cabinet en cabinet, je me suis aperçu du manque de qualité et de cohérence de l’expertise et du conseil comptable pour les sociétés étrangères. D’où l’idée du cabinet Orbiss, que j’ai créé avec trois associés. L’objectif est de proposer une alternative d’aide des entreprises étrangères, dont les trois quarts sont françaises, à s’implanter sur le marché américain. Nous les accompagnons et les conseillons en matière de compatibilité et fiscalité tout au long de leur évolution, dès leur implantation. Notre devise est Simply scale up [Mise à l’échelle, en toute simplicité] et notre plus-value est d’automatiser un maximum les tâches simples, grâce à des outils de comptabilité informatiques, pour intervenir au mieux auprès des clients et assurer des suivis quotidiens.

Quelles grandes évolutions avez-vous observées depuis que vous travaillez sur le marché américain ?
Il y a trois observations à faire, une économique, une politique et une opérationnelle. Économique parce qu’on est passé d’une économie de services à une économie numérisée. Et les sociétés françaises en profitent, à travers le développement de la French Tech ou l’accent mis sur la « start-up nation ».
Politique ensuite, notamment par l’aspect migratoire. Pour venir s’implanter ou vivre aux États-Unis, il vous faut des visas, pour vous et vos employé·es. La politique s’est durcie, les durées de visas ont été raccourcies et en cette période covid, certains ont même été suspendus et supprimés.
L’observation opérationnelle concerne la fiscalité. Durant le mandat de Trump, de nouvelles provisions fiscales ont pénalisé les sociétés et les investisseurs non américains. Pour donner un exemple, si une entreprise française envoie un de ses fondateurs développer une filiale américaine, il risque de se retrouver imposé sur des revenus des filiales non américaines, quand bien même il n’en reçoit pas de dividendes. Forcément, de quoi refroidir l’optimisme des entreprises. Il a fallu s’adapter, se restructurer, ce qui passe par un meilleur accompagnement.

Joe Biden désormais élu et investi, à quels changements peut-on s’attendre ?
Entre Trump et Biden, le changement principal est vraiment celui de la confiance retrouvée. Biden se montre favorable aux accords hors États-Unis et vient de revenir dans les accords de Paris sur le climat. Il est plus ouvert, il redonne confiance aux entreprises.
Sous Trump, un visa spécifique, le visa H1B, utilisé par les géants du numérique, Google, Amazon, Facebook…, pour faire venir des salarié·es très qualifié·es a été suspendu. Aujourd’hui, ces géants font pression sur l’administration Biden pour libérer l’usage de ces visas, ce qui profiterait aussi aux entreprises françaises.
De manière générale, même si, forcément, la crise covid n’a pas aidé, il est clair que les sociétés qui avaient mis leur projet américain en suspens se réveillent aujourd’hui. On observe un engouement nouveau depuis novembre 2020.

Quels impacts de la crise sanitaire sur les entreprises françaises observez-vous ?
En l’occurrence, c’est vraiment plus selon les secteur d’activité que l’impact de la crise sanitaire a été plus ou moins important, comme partout. Les entreprises tech, adaptées à un environnement numérisé et au contexte actuel, ont fait partie des grandes gagnantes de la crise. Surtout, quel que soit le secteur, le plus important a été l’adaptation, on a vu des restaurants développer leur offre de commandes en ligne sans forcément passer par une plate-forme comme Uber Eats. Le plus difficile, c’était l’organisation des protocoles sécuritaires et sanitaires dans les entreprises, il n’y a pas eu de discours uniforme aux États-Unis, chacun a dû endosser cette responsabilité.

En dehors de la tech, quel secteur est porteur aujourd’hui ?
Depuis l’élection de Biden, l’économie verte est de retour sur le devant de la scène et les opportunités sont nombreuses. Tout ce qui est énergies renouvelables et commerce durable a le vent dans le dos. Ça se voit dans les premières propositions du gouvernement Biden. Il prévoit déjà beaucoup de provisions et d’avantages fiscaux pour ce domaine d’activité. On a de plus en plus d’entreprises étrangères qui sondent le marché américain pour se positionner sur ce secteur.

En définitive, est-ce le bon moment pour se lancer aux États-Unis aujourd’hui ?
La réponse est oui, pour moi c’est le bon moment, il existe de très belles opportunités qui s’ouvrent. Le marché américain, c’est près de 350 millions de (sur)consommateurs. C’est énorme. Pour les visas, il y a encore quelques restrictions jusqu’au 31 mars, mais c’est le bon moment pour planifier une prochaine implantation. Je dirais même que c’est le meilleur moment depuis que je suis aux États-Unis pour se lancer, en raison de la conjoncture économique et politique.

Propos recueillis par Adam Belghiti Alaoui

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