Le déconfinement a commencé. Mais la covid-19 et ses lourdes conséquences sanitaires et économiques sont encore bien là. Après plusieurs mois de pandémie et près de deux mois de confinement, l’impact sur les activités économiques de nos régions est considérable. Un bilan de la France immobile.

La région capitale en première ligne

Avec ses 8 départements et ses 12,2 millions d’habitants (18 % de la population française), la région de la capitale a subi de plein fouet le raz-de-marée covid-19. Elle est l’une des quatre régions « rouges » de métropole. À elle seule, l’Île-de-France comptait le 10 mai plus de 9 500 hospitalisations d’individus contaminés, plus de 6 300 décès et 1 200 malades actuellement en réanimation ou en soins intensifs. Un triste bilan, de loin le plus élevé du pays. Sans surprise, le ralentissement de l’activité et les pertes économiques, corollaires de la crise sanitaire, sont considérables. Une enquête de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) francilienne révèle que 81 % des entreprises locales subissent une baisse de chiffre d’affaires, pendant que 35 % d’entre elles font état de difficultés de trésorerie quand 24 % ont enregistré des baisses d’effectifs (pour cause de garde d’enfants ou de personnes fragiles, de maladie et de droit de retrait). Parmi les secteurs les plus meurtris, le tourisme francilien est, lui, à l’arrêt. L’Île-de-France, première destination mondiale en 2019 (50 millions de visiteurs, 21,7 milliards d’euros de recettes), voit son secteur touristique subir un milliard d’euros de pertes par mois.

Chute économique

Seconde région la plus peuplée, l’ARA n’est pas un territoire « rouge ». Mais son bilan humain n’en est pas moins proche, voire plus lourd que les régions rougies. La région lyonnaise rassemble, avec le Grand Est, l’Île-de-France et les Hauts-de-France, 72 % des cas hospitalisés. Avec encore 2 128 hospitalisations dues au virus dont 262 en réanimation, elle n’est devancée que par l’Île-de-France et le Grand Est. Le nombre de décès des suites d’une contamination s’élève aujourd’hui à plus de 1 450 en ARA. Pour la seconde région française en termes d’activité économique, l’impact de la crise sanitaire est brutal. Elle est, derrière la Corse (35 % de chute), la région la plus touchée avec une baisse de 34 % de son activité économique. Et la Savoie (73) est même le département français où la baisse est la plus forte (38 %). En cause : la fermeture des stations de ski et une baisse de 40 % de la population avec le départ des touristes et des saisonniers. Parmi les secteurs au ralenti, l’hôtellerie-restauration est quasiment à l’arrêt (chute de 90 % d’activité). À l’opposé, le secteur agricole et celui de l’industrie agroalimentaire subissent une baisse bien plus modérée (13 et 5 %).

Région sous tension

Malgré des signes encourageants, la région lilloise reste l’un des quatre territoires « rouges » de la crise sanitaire, et présente le troisième bilan le plus important en termes de décès. À ce jour, 1 511 victimes du virus sont mortes dans les hôpitaux des Hauts-de-France, tandis que 1 983 sont encore hospitalisées, dont 223 encore en réanimation ou en soins intensifs.
Reste que, selon les dernières estimations de l’Insee, les Hauts-de-France sont l’une des régions qui subit le moins l’impact économique de la crise sanitaire, avec une perte d’activité de 30,9 % (contre 32 % au national). Mais son économie est loin d’être épargnée. En se basant sur sa seconde étude d’impact sur l’économie, la CCI des Hauts-de-France avance que 99 % des entreprises de la région subissent un impact sur leur activité, pour une baisse moyenne du chiffre d’affaires de 44 %. De plus, 69 % des établissements de la région ont fermé (25 % par choix interne et 44 % sous la contrainte du confinement) et 60 % ont totalement arrêté leur activité. Sans surprise, le recours au chômage partiel a explosé : 91 % des dirigeants interrogés ont fait une demande de financement.

Le second foyer

Dans la première région frontalière française (800 km de frontières avec l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse), le virus s’est répandu comme une traînée de poudre. Le Grand Est, sixième population régionale de France, est la seconde région en termes de contaminations. Elle compte aujourd’hui 3 330 hospitalisations d’individus atteints par la covid-19 et cumule plus de 3 100 décès à l’hôpital. Soit plus de deux fois plus qu’en Auvergne-Rhône-Alpes, seconde région française la plus peuplée.
La Banque de France estime à 33 % sa perte d’activité économique sur une semaine type de confinement, en comparaison avec une période d’activité « normale » (contre 32 % à l’échelle nationale). Les demandes d’activité partielle atteignent, elles, des sommets. Selon les données de la Direccte Grand Est, au 16 avril 46,3 % des employeurs avaient déposé une demande pour 35 % des effectifs salariés de la région. Le secteur industriel, poids lourd régional (un quart des emplois du privé), est particulièrement à la peine et rassemble 24 % des salariés placés en activité partielle. Le taux d’utilisation des capacités de production a chuté de 74 à 46 % (contre une baisse de 78 à 56 % sur le plan national. Côté « bonnes » nouvelles, le pic de la pandémie a été atteint dans la région mi-avril.

Du rouge au vert

Quatrième et dernière région classée « rouge », la Bourgogne Franche-Comté compte à ce jour 914 décès des suites de la covid-19 et 1 011 personnes encore hospitalisées, dont 115 en réanimation. À la suite des retours à domicile successifs des dernières semaines, le taux d’occupation des lits de réanimation régionaux atteint aujourd’hui 53 %. Un taux désormais inférieur au seuil critique des 60 % de la capacité initiale avant la crise décidée par le gouvernement et qui permet à la Bourgogne Franche-Comté d’être, pour le coup, en zone verte côté capacités de réanimation. Si la région est l’une des plus touchées par la crise sanitaire, sa baisse d’activité économique est, elle, comparable à la moyenne nationale (32 %). Les services marchands perdent 36 % de leur activité et représentent la moitié de la baisse de l’activité totale dans la région (16 points sur 32 contre 20 à l’échelle nationale). L’industrie, l’une des locomotives de l’économie de Bourgogne Franche-Comté, perd 38 % d’activité, au-delà de la moyenne française. L’Insee évalue à plus de 290 000 le nombre d’employé/es (salarié/es, non-salarié/es et intérimaires) dans les secteurs « très fortement impactés ».

Adam Belghiti Alaoui

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