Qu’ont en commun Oprah Winfrey, Joanne K. Rowling ou Steve Jobs ? Outre des fortunes colossales, ces trois personnalités sont très régulièrement érigées en modèle d’entrepreneurs à succès après avoir connu des échecs cuisants. Oprah Winfrey ? Licenciée à l’issue de sa première expérience professionnelle avant de monter l’empire audiovisuel qu’on lui connaît aujourd’hui. Joanne Rowling, elle, a essuyé nombre de refus de maisons d’éditions avant de publier son best-seller Harry Potter. Quant à Steve Jobs, il s’est fait licencier d’Apple (société qu’il avait fondée) avant d’y revenir en force quelques années plus tard. Toutes ces personnalités constituent des exemples récurrents des adeptes du fail fast, théorie américaine qui prône l’échec comme la manière la plus simple de se forger un succès entrepreneurial puissant.

La Banque de France ne « coche » plus les dépôts de bilan

Si l’échec entrepreneurial est une réalité en France, avec 77 % des micro-entreprises et 40 % des entreprises hors régime micro-entrepreneur qui échouent dans les cinq ans, longtemps l’échec fut synonyme de déchéance, incompétence, insuffisance. « Faire faillite pour un entrepreneur français est un handicap difficile à surmonter. La plupart du temps, il sera stigmatisé et aura un mal fou à financer un nouveau projet, écrit en 2016 Charles Pépin dans son ouvrage Les vertus de l’échec (Allary Éditions, 2016). Aux États-Unis, son échec, s’il sait en parler, sera vu comme une expérience, une preuve de maturité, l’assurance qu’il y a au moins un type d’erreur qu’il ne refera pas. »

Une stigmatisation qui s’explique, pour certains, par le système éducatif. « L’échec n’est pas une option à l’école française », explique Annabelle Roberts, entrepreneure, dans sa Théorie de la veste (Flammarion, janvier 2020). Un constat partagé par Alexandre Dana, fondateur de LiveMentor et coach d’entrepreneurs : « Pendant longtemps, ce sont les grandes écoles de commerce qui guidaient la vision du monde de l’entreprise française. Et elles valorisaient très peu la prise de risque et l’entrepreneuriat. »

Mais depuis quelques années, la tendance inverse semble en train de s’installer. L’échec n’a plus mauvaise presse en France. Deux mesures de la Banque de France ont favorisé ce revirement : la suppression des indicateurs 040 et 050, qui fichaient respectivement les entrepreneurs « liquidés judiciaires », une ou deux fois, dans les cinq dernières années. Ne plus être marqué par le « sceau d’infamie » facilite grandement la relance d’un nouveau projet entrepreneurial sans avoir à se justifier auprès des banques.

Autre évolution : la médiatisation de ces échecs entrepreneuriaux. « Avant, quand un entrepreneur échouait, il avait honte, détaille Alexandre Dana. Désormais il n’hésite pas à rendre publiques et à analyser les raisons de cet échec. » C’est le cas de Jean-Christophe Menz. Après neuf ans à la tête de Cook & Go, une entreprise où les clients cuisinent et repartent avec leur plat, le chef d’entreprise est contraint de dénouer son tablier. Une expérience difficile qu’il raconte à travers les réseaux sociaux en pointant du doigt « le manque de trésorerie et de méthode de travail ».

Conjuguer poursuite d’études et start-up

Si, longtemps, le salariat était érigé comme modèle ultime de la réussite, désormais près de 45 % des jeunes de 12 à 25 ans veulent se lancer dans l’entrepreneuriat. Une prise de risque encouragée sur les bancs de l’école avec le dispositif étudiant-entrepreneur lancé en 2014. L’objectif ? Donner un cadre aux étudiants pour conjuguer poursuite d’études et start-up. « L’avantage de ce statut, pouvoir se lancer très tôt dans le monde de l’entreprise », explique Simon Laurent, fondateur de la start-up Havr et lui-même ex-étudiant entrepreneur.
Au total, ce sont plus de 6 000 jeunes qui ont bénéficié de ce statut en France depuis sa création. La majorité a connu un échec. « Mais c’est tout l’intérêt de ce dispositif, pouvoir échouer sans prendre beaucoup de risque. »
Dernier facteur propice au rebond, le parcours même des investisseurs. « Ceux qui investissent aujourd’hui dans les start-up sont des investisseurs de la bulle Internet, analyse Simon Laurent. L’échec, ils l’ont subi de plein fouet et beaucoup sont allés se réfugier aux États-Unis. Alors, ils ont ramené avec eux une manière différente d’investir et une confiance plus grande dans des entrepreneurs qui ont déjà roulé leur bosse et raté des projets. »

Cette culture de l’échec, Annabelle Roberts en a tiré une véritable théorie. Dans La théorie de la veste, elle invite ses lecteurs à provoquer le refus. « Beaucoup de personnes ont peur de se lancer par crainte du rejet, détaille-t-elle. Avec ma méthode, j’invite au contraire tout un chacun à se lancer des défis fous, mais réalisables, et à les tenter. Dans mon cas, cette méthode m’a aidée à lancer mon entreprise. Chaque jour, je me fixais un quota de personnes à démarcher et de “vestes” à prendre. À ma grande surprise, si j’en ai collecté énormément, j’ai aussi réussi à décrocher beaucoup de contrats simplement en osant. » Une recette simple qui fait du rejet une force. De l’échec, une réussite.

Guillaume Ouattara

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