Réparer et dépasser les « fractures »

Temps de lecture 3’50

À 7 mois de la remise en jeu de son gouvernement, la France se mesure via un sondage majeur qui livre depuis 13 ans l’état d’esprit de nos concitoyens. La réponse cette année : le « salut » passe par la transition climatique. Une « sécurité » réclamée cette fois bien avant la délinquance ou l’immigration.

Des instituts de droite (Montaigne), de gauche (Jean-Jaurès) et Le Monde commanditent ensemble le sondage clé administré par Ipsos et Sopra Steria depuis 2013, le bien nommé Fractures françaises. Il est important de s’y plonger : les Français·es cassé·es par deux ans de pandémie encore active demandent à la présidence qu’ils·elles vont élire de les sortir enfin de leurs « plâtres ». Ou plutôt de juguler la cause active des fractures inévitables : le bouleversement climatique. Enfin.

Au lieu de paraphraser l’excellente synthèse de Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation, je la cite telle qu’elle a été publiée par Le Monde et d’autres médias.

« L’environnement s’installe comme un enjeu majeur, tel est, en cette précampagne présidentielle, l’un des enseignements principaux de la neuvième vague des Fractures françaises. Interrogés à choisir, parmi neuf propositions différentes, l’enjeu qui les préoccupent le plus à titre personnel, les Français placent l’environnement dans le tiercé de tête (41 %), 1 point seulement derrière la délinquance, 5 points derrière l’avenir du système social mais 7 points devant l’immigration. Plus encore, lorsque cette même question est posée en ajoutant dans la liste des propositions l’épidémie de covid-19, on mesure l’intensité de la préoccupation environnementale : elle n’est en effet quasiment pas affectée par ce réagencement des priorités et devient alors le deuxième enjeu, juste devant la covid-19, alors que, pour ne prendre qu’un seul exemple, la délinquance perd 9 points.

Cette situation nouvelle, si on la compare à celle qui prévalait à la même période en 2016, s’explique par la conjonction de deux éléments.

  • Le premier est la conscience de la réalité de la situation. Dans un pays où la science est objet de controverse, le changement climatique est objet de consensus. Après le dernier rapport du Giec et un été marqué par des événements extrêmes dans le sud de l’Europe comme aux États-Unis, ce consensus est massif sur l’existence du changement climatique (88 %) mais il est aussi notable sur ses causes : 68 % des Français estiment qu’il est « principalement dû à l’activité humaine » contre 18 % « principalement dû à un phénomène naturel ».
  • Le second élément est le sentiment d’urgence : les Français sont disponibles pour une action en profondeur, notamment sur leur mode de vie. Ils sont 55 % à considérer que telle est la voie pour lutter contre le changement climatique contre 21 % qui privilégient le progrès technique et les innovations scientifiques. Ils sont même 8 2 % – 5 points de plus qu’en 2020 – à approuver l’idée qu’il faut “que le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques”, quitte à “modifier en profondeur leur mode de vie”. En bref, les Français ne veulent pas renvoyer l’action à des découvertes incertaines ou à des lendemains indéfinis. [c’est nous qui soulignons].

Et pourtant, rien n’est acquis
Rien n’est acquis en premier lieu pour la campagne elle-même car nul ne peut dire quelle place réelle l’environnement occupera : il s’agit en effet d’une priorité concurrencée. Si l’on regarde la moyenne des Français, aucune priorité n’écrase les autres. Mais, si l’on regarde les priorités par électorat, on voit que l’environnement occupe la première ou la deuxième place chez les sympathisants EELV, LFI, PS et LREM mais la sixième place seulement chez les sympathisants LR (31 points derrière la délinquance) et RN (47 points derrière l’immigration). Autrement dit, la bataille pour imposer un enjeu à l’agenda politique et médiatique est plus que jamais ouverte.

Rien n’est acquis en deuxième lieu après l’élection car, pour passer du discours à la pratique, il faudra aller plus loin et comprendre sur quoi les Français sont réellement prêts à modifier leur mode de vie et il faudra également penser l’accompagnement social : si le changement devait signifier « des sacrifices financiers pour les entreprises et les Français », on voit que 45 % des retraités et 43 % des catégories moyennes et modestes s’y opposeraient – ce n’est pas rien.

  • Rien n’est acquis en troisième lieu car, au-delà des clivages traditionnels sur cette question – une moindre sensibilité relative de la droite et de l’extrême-droite –, on voit que l’identification à l’écologie reste faible. Interrogés sur le qualificatif qui les qualifient le mieux, les Français ne sont que 7 % à répondre « écologiste », loin derrière « un homme ou une femme du peuple » (28 %), « de droite » (19 %), « de gauche » (14 %) ou « centriste » (10 %). Pour être plus précis, l’écologie reste aujourd’hui une identification de complément : les Français sont en quelque sorte des écologistes « en second lieu ». [c’est nous qui soulignons]. Lorsqu’ils se définissent non plus avec un mais avec plusieurs adjectifs, 22 % des Français se disent alors « écologistes » – 27 % se disant « de droite » et 21 % « de gauche ».

Dans ce moment politique marqué par une préoccupation environnementale intense mais concurrencée et par une identification à l’écologique de complément, tout va dépendre en définitive de la capacité des acteurs à installer la question climatique au cœur de la campagne en proposant une vision de la société ou des mesures concrètes qui suscitent des débats. Jamais en tout cas la possibilité de faire de l’environnement l’un des déterminants du vote n’aura été aussi forte. »

C’est le message urgent, permanent, qu’ÉcoRéseau Business va répéter souvent tout au long de ces sept mois qui vont précéder la reconduction ou le remerciement d’Emmanuel Macron par des Français·es qui veulent que « le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques ». En amont de ces mesures, c’est le moteur – industrie, énergies, services – du pays, autrement dit ses entrepreneur·es qui doit, faisons image, passer du « thermique fossile » à la « pile à combustible ». Le mouvement engagé doit désormais s’accélérer. OM

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.