Choisir son camp face à la Transition

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Entre la grande Détérioration et la grande Restauration définies par l’astrophysicien Hubert Reeves, chacun de nous doit choisir. Le Décryptage du quinquennat Macron par l’Institut Montaigne pourrait nous y aider.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Nous sommes – toute l’humanité – engagés dans une course contre la montre pour tenter de limiter des phénomènes climatiques déjà à l’œuvre, mais justement, nous ne le sommes pas vraiment, engagés. Pas assez… Transports, énergie, rejets industriels – effet de serre –, déchets, pollutions, biodiversité, autant de phénomènes massiques à échelle de planète dont il faudrait enrayer immédiatement les monstrueux débords, ce qui se révèle impossible. Des pôles à l’équateur, aucune population n’échappera à ce remake du Déluge étalé sur dix, vingt ou cinquante ans (mais sans doute les dix petites prochaines années suffiront-elles pour multiplier les catastrophes).

Rester optimistes ? C’est toute la question que pose l’astrophysicien Hubert Reeves quand il campe les deux grandes forces en jeu : la grande Détérioration contre la grande Restauration. Les deux courants sont à l’œuvre – des multinationales défrichent la forêt amazonienne mais l’agriculture renonce peu à peu à l’intensif, par exemple. Le Canadien barbu qui roule les r use d’une litote pour ne pas trancher : « C’est un conflit à l’issue incertaine. » Dans le camp des lanceurs d’alerte, le philosophe Frédéric Lenoir craint « le risque de basculement brutal de l’écosystème ». Dans ce scénario, ce ne sont pas quelques incendies ou inondations de plus qui nous guettent, mais l’anéantissement brutal des limites de survie sur terre par effet de seuil qui balaierait la plupart des espèces vivantes, façon dinos il y a 65 millions d’années… Dans le camp des positifs, se range le socio-philosophe Edgar Morin pour qui « les changements de voies passent par les “déviants”, des mouvements qui deviennent des forces formidables », grâce auxquels « le monde va changer sous l’effet des convergences ». L’effet évoqué par Lenoir, mais inversé, en quelque sorte.

Une certitude : il faut que les humains « s’y mettent ».
Pour l’heure, entre incendies et inondations, les habitants des zones non touchées regardent consternés leurs écrans et plaignent leurs concitoyens, comme ils déplorent le sort des esquimaux Inuits réchauffés, tout en jetant dans une poubelle si possible de recyclage l’emballage plastique de leur eskimo glacé. Ils et elles, nous tous et toutes, nous devrons accepter les mesures que ne prennent qu’à moitié les gouvernements les plus engagés dans le processus : subir la taxe carbone repoussée par les gilets jaunes à condition d’en répartir la charge, arrêter de s’opposer à l’implantation des éoliennes, autrement moins dangereuses qu’une centrale nucléaire en fin de vie même si elles se font plus visibles, renoncer à la voiture thermique, manger moins de viande et de poisson, défendre la cause animale, rejeter les emballages de plastique…

Mais ce sont les entreprises, toutes, de la PME industrielle au grand groupe multinational, qui seront les moteurs du ralentissement de « la grande Détérioration ».

Parmi les démocraties à l’œuvre, la France n’est pas la moins active. Depuis le choc de la Convention citoyenne pour le climat qui a clos l’épisode gilets jaunes pour imaginer 146 mesures retenues, 75 sont mises en œuvre et 71 autres sont sur le point de l’être. Les excellents travaux de l’Institut Montaigne qui vient de publier son Décryptage du quinquennat Macron consacrent un chapitre de leurs analyses à L’environnement, synthèse assurée par Benjamin Frémaux, Senior Fellow Energie & Climat au sein de l’Institut et CEO d’Idex, ETI leader dans le domaine des énergies renouvelables. Sa conclusion, nuancée, met pourtant en avant la certitude qu’il « faut aller beaucoup plus loin et plus vite ». Et pour cause : la taxe carbone tuée dans l’œuf a obligé le président droite-gauche-vert à contourner l’élan initial « climatique » de la première année de son mandat. Quant aux lobbys de toute nature, ils ont veillé à ce que bon nombre des échéances initialement fixées à 2025 soient repoussées à 2030 (réduction de 40 % de la consommation d’énergies fossiles par rapport à 2012, corollaire d’une forte hausse de la production d’énergies renouvelables) ou 2050 (neutralité carbone de tout le territoire).

Le fléau covid joue son rôle d’avertisseur mondial. Il est probable que la pandémie restera en toile de fond comme le rappel permanent des menaces qui planent sur l’humanité. Mais sans prise de conscience des populations et des entreprises, le président, même réélu en 2022, ou l’un·e quelconque de ses challengers, resterait l’otage des forces de la « grande Détérioration ». La grande Restauration, elle, regorge d’idées qui concilient confort, progrès et climat.
Alors, quel camp choisissez-vous ?

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