Autorisation du glyphosate : le grand couac

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En 2017, l’herbicide controversé était à nouveau autorisé en Europe. Sur la base de 53 études réglementaires confidentielles de génotoxicité du glyphosate. Aujourd’hui, une première évaluation indépendante de ces études remet en cause leurs conclusions et leur qualité. 

Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

Les controverses sur la dangerosité du glyphosate repartent de plus belle. À raison. Si l’Europe a fait une sacrée fleur à Monsanto en réautorisant l’utilisation de l’herbicide qui a fait sa fortune, le doute subsiste. Pire, la véracité et le bienfondé des études ayant justifié la réautorisation du glyphosate sont sérieusement remis en question par des toxicologues indépendants.

Malgré l’important enjeu de santé publique, jamais des scientifiques indépendant·es n’avaient pu consulter le détail des 53 études et les commenter publiquement, sans encourir de poursuites. Habile, certes, mais surtout affreusement suspect. Quatre ans après l’autorisation du glyphosate jusqu’en 2022, l’ONG SumOfUs a commandé une analyse à deux scientifiques autrichiens : Siegfried Knasmueller et Armen Nersesyan, spécialistes reconnus de toxicologie génétique. Lesquels ont enfin eu accès aux tests jusque-là confidentiels. L’analyse a été publiée ce vendredi 2 juillet.

Conclusion sans appel : la grande majorité des 53 études réglementaires qui ont fondé l’opinion sanitaire européenne sur la dangerosité supposée du glyphosate ne satisfont par les critères de qualités attendus. Surréaliste. « La majorité sont un désastre (…) je me demande comment elles ont un pu être considérées comme acceptables par les autorités sanitaires », dixit Siegfried Knasmueller.

Dès 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qualifie le glyphosate de « cancérogène probable ». C’est là que commence véritablement la polémique glyphosate.  Les agences de réglementation européennes et états-uniennes n’en feront rien. Le lobbyisme de Monsanto, racheté depuis par l’allemand Bayer, aura sans doute eu raison du bon sens sanitaires.

Pour l’UE, les preuves de la génotoxicité du glyphosate n’existent pas. Une dizaine d’agences sanitaires, dont l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), estiment que l’herbicide ne présente aucun risque pour les consommateur·rices ni pour les agriculteur·rices. D’un côté les avis favorables au glyphosate retenus par les autorités pour autoriser l’herbicide, de l’autre des avis contraires affirmant sa toxicité, se pose la question de la nature des travaux considérés de part et d’autre.

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), tente d’éclaircir le débat avec une méthodologie simple : rechercher les effets chroniques du glyphosate et donc éliminer les études qui utilisaient de très fortes doses, regarder si les auteurs des études déclarent des conflits d’intérêts, analyser l’influence des grands groupes de l’agrochimie dans les études.

Après trois ans de travail et l’analyse de 5300 études scientifiques, l’Inserm a rendu son rapport ce 30 juin. Là encore, sa conclusion va à l’encontre de ce qui a été retenu par les autorités sanitaires européennes : il existe un lien fort entre exposition professionnelle aux pesticides et la survenue de trois cancers (lymphome non hodgkinien, myélome multiple et cancer de la prostate), la maladie de Parkinson, des troubles cognitifs et des maladies respiratoires.

En France, les substances ou produits soupçonnés de « liens forts » avec des pathologies sont quasi systématiquement interdites. Le glyphosate lui, se dirige vers une probable réautorisation au-delà de 2022. A la mi-juin, quatre Etats européens rapporteurs chargé de la réévaluation de l’herbicide ont en effet rendu un rapport d’expertise favorable. Basé encore une fois sur l’analyse du dossier réglementaire fourni par les industriels…

Il serait temps d’écarter définitivement les groupes agrochimiques et industriels de toute procédure d’évaluation sanitaire ou d’ordre de santé publique. Et d’écouter le quasi-consensus scientifique qui montre, analyse après analyse, toute la dangerosité du glyphosate.

Adam Belghiti Alaoui

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