Quitte ou double

Temps de lecture 1’15

Relâcher les contraintes est le nouveau pari d’un président qui surfe sur les frustrations d’un électorat versatile. Emmanuel Lucky Macron mise sur la chance plutôt que la prudence. On ne lui en tiendra rigueur que s’il perd le pari qu’il a jusqu’alors gagné.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

À Paris, ce week-end, et dans la France entière, masques et visages découverts se sont croisés sans état d’âme. Les premiers devaient se dire bien plus malins et les seconds bien plus libres. Les premiers doutent que le nouveau pari macronien de la fin de l’épidémie soit gagné à la rentrée, les seconds trop heureux de respirer librement dans une atmosphère lourde d’orages. Or ce nouveau coup de dé du Président décidera vraisemblablement de son sort en 2022.

À propos de son premier pari, le refus du reconfinement total contre l’avis scientifique, en février, l’écrivain Christian Salomon écrivait dans Slate que « depuis le début de l’épidémie, Emmanuel Macron a slalomé entre le comportement erratique du virus et la volatilité de l’opinion. Jonglant avec les données épidémiologiques, les sondages d’opinion, les places en réanimation, il a pris son risque conformément aux nouvelles lois de la gouvernance, c’est-à-dire en appliquant la logique des marchés financiers à la vie politique. »

Cette politique du pari, rien ne la donne gagnante ni perdante, par définition. Les épidémiologistes dont il a décidé de ne plus tenir compte oscillent entre « rebonds possibles, mais pas 4e vague » et « 4e vague probable ». Pas de quoi donner un cap sûr au leader optimiste, sinon le sentiment qu’il vaut mieux libérer les Français·es fatigué·es par les limitations de leur liberté et de leur souffle au seuil de l’été. Si reprise forte il devait y avoir à l’automne, avec l’arrivée des pluies de critiques et des froidures de l’opinion, il sera temps d’affronter le risque du « quitte ». Après tout, mieux vaut expliquer l’aléa politique devant des gens qui auront eu le sentiment de sortir d’une crise plutôt que face à des électeur·rices frustré·es par un été contraint et désespéré·es par le retour à la case confinement.

Hier dans la rue, les sans masques obligés de le replacer sur leur visage pour entrer dans des magasins toujours aussi rigides dans leurs protocoles au point d’en devenir ridicules croisaient des foules sans masque amassées devant les écrans géants pour voir le match France-Hongrie. Malgré la médiocrité du nul d’une équipe inexistante devant de faibles adversaires, il valait mieux ne pas passer à proximité des postillons lâchés par les éructants devant l’unique but d’égalisation ! Un spectacle emblématique de l’ambivalence du moment : enlever-remettre son masque, affronter les clusters des cafés, au petit bonheur la chance.

Au petit bonheur du Président.

 

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.