La gifle

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On en rira peut-être alors qu’il faudrait conspuer le gifleur. Car il bafoue la France.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

On tue pour rien. Un regard. Un dépit amoureux. On tue des femmes, des gamins, des gamines. On tue des patrons. Des collègues. Des flics. Des papes. Des enseignants. Il n’y a pas si longtemps, on tuait en France des hommes politiques par idéologie. On massacre au nom d’un prophète. Et puis hier, on gifle le Président de la République.

Voilà lurette que la violence sourd dans ce pays, en Europe, dans le monde. On s’insurge contre les propos d’un Mélenchon en faisant semblant de croire qu’il innocente des terroristes, mais l’on ferait bien surtout de se méfier du ton de haine qui s’invite partout et qu’il dénonce, aussi maladroitement. La covid a exacerbé les colères. Colère de ne plus pouvoir travailler, de ne plus pouvoir bouger, de ne plus pouvoir sortir sans masque, colère de ne pouvoir entrer chez un commerçant sans subir des protocoles dont on a oublié la cause.

Alors quand la vie reprend, quand on peut approcher la figure symbolique d’un pays en convalescence, on gifle un Président de la République.

Cette gifle a créé le précédent, celui d’un con qui n’a plus conscience des limites. Peu importe ce qui s’ensuivra. L’homme de 28 ans dont on apprendra plus tard l’identité, le métier, sera condamné. Peut-être les juges en feront-ils un exemple, mais sans doute sera-t-il en secret applaudi par toute une rancœur de gens, même bien pensants, qui sentent l’inadmissible possible et l’impensable réalisable. Car le geste est à l’image de cette vague nauséabonde que ne freinent plus les lois intouchables du vivre ensemble.

Sans doute le Président giflé va-t-il minimiser l’acte. L’Élysée commence à parler de « tentative de gifle » alors que la séquence qui passe en boucle sur les chaînes d’info montre bien que la joue d’Emmanuel n’a pu l’esquiver ! Peut-être ne sera-t-il guère plus véhément que son Premier ministre qui s’est contenté des mots minimalistes : « La démocratie ne peut en aucun cas être la violence, l’agression verbale et encore moins physique… » C’est peu, c’est rien, c’est dérisoire. Presque moins tranchant que la condamnation du geste par une Marine Le Pen ! Ça ne va pas inquiéter les futurs agresseurs. Pourvu que le Président de la République française n’en soit pas réduit à sortir derrière trois rangées de gardes du corps en voiture blindée.

Mais que peut-il faire, dire, pour contribuer à enrayer cette espèce de violence qui pour être symbolique n’en est pas moins terrible ? Rien. Peu de chose. Et c’est là tout le danger de cette gifle inacceptable : il ne pourra qu’en accepter la réalité en montrant toute l’impuissance d’un statut battu en brèche, se replonger à Valence dans la foule sous la surveillance de 6 gorilles. Oui, M. Castex, ce n’est pas de la démocratie. Mais cette démocratie même, pour mériter son nom magnifique, ne peut plus, et heureusement, comme jadis, exécuter les régicides. Honnissons-les.

Opposons-nous aux gestes des crétins. N’acceptons pas, en riant sous cape, cet affront à la France. Et tant que nous aurons des président·es respectables, respectons-les.

2 Commentaires

  1. Le » nom magnifique » de démocratie n’est plus qu’une coquille ou une illusion.
    La fonction présidentielle a été abaissée par F. Hollande et l’actuel président à maintes reprises.
    Vous ne mesurez pas la colère et le désespoir d’une partie des jeunes, étudiants ou salariés, qui vivent chichement , de surcroît dans un environnement d’insécurité.
    Soit on les empêche d’aller en cours, ou de travailler (« métiers non essentiels »), soit ils sont assignés à résidence pour des cours en visio ou du télétravail obligatoire. Etc, etc.
    Un geste fou contre celui qui incarne le pouvoir politique ? C’est plutôt un geste de désespoir qui va impacter son avenir: prison pour l’exemple, psychiatrie, fichage, stigmatisation, instrumentalisation..
    J’entends qu’il fait partie d’un groupuscule d’extrême droite, mais rien n’est moins sûr.
    Cet incident arrive d’ailleurs à point pour monopoliser l’attention, le jour du vote de la loi de bioéthique, et après les révélations des graves mensonges de M. Fauci et Delfraissy … dont bien-sûr les bulletins d’infos des radios et tv n’ont pas parlé.
    Vous avez raison de dire que la crise sanitaire , et son Etat d’urgence ont exacerbé les colères. Subir des contraintes et des privations de libertés sans possibilité de débat, sans autre perspective qu’un vaccin libérateur.
    Cependant cette gifle n’est pas à mettre sur le même plan que les crimes et les agressions violentes qu’on déplore au quotidien sur le territoire.
    L’insulte qui consiste à qualifier de « con » et de « crétin » l’auteur de la gifle est dangereuse à plus d’un titre:
    – Vous considérez de façon arbitraire que c’est la bêtise, le défaut d’intelligence et de discernement qui expliqueraient ce geste. C’est un préjugé.
    – Ce que vous qualifiez d’inadmissible », « impensable », c’est peut-être davantage ce que l’Etat impose à sa population, sacrifiant notamment le présent et l’avenir d’une partie de notre jeunesse. Les consultations liées à la santé mentale ont explosé, les suicides aussi (on en parle trop peu).
    – Vous parlez d’une « vague nauséabonde » qui remettrait en cause « les lois intouchables du vivre ensemble »:
    Vous associez manifestement , sans certitude, cette gifle à des idées inspirées par l’extrême droite. Attention, la frustration (le sentiment d’impuissance , de tout subir en étant muselé) et en même temps le désespoir (ce n’est pas de la rancoeur) sont un cocktail explosif.
    Il n’y a plus de « désir » pour un vivre ensemble imposé qui a montré ses limites: les concepts qui avaient échoué aux Etats-Unis ont été pourtant promus en France et inscrits dans la loi (mixité sociale, discrimination positive, etc).

  2. Chère Madame,
    Je maintiens « con » et « crétin ». Il semblerait que les auteurs du geste se réclameraient d’un mouvement royaliste, alors même que je n’ai rien écrit sur leur appartenance que je ne connais pas. Ils auraient été d’extrême gauche, ils mériteraient les mêmes qualificatifs. Qu’une certaine jeunesse soit désespérée, je vous l’accorde. Je doute qu’on ait affaire à deux hommes désespérés. En l’occurrence, ils ont agi d’une manière imbécile à l’encontre d’un homme qui incarne la France. Qu’on l’apprécie ou pas, il est d’une certaine manière intouchable physiquement, comme tout un chacun·e.

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