Temps de lecture constaté 2’30

Geoffrey Wetzel,
journaliste à la rédaction

La joueuse japonaise Naomi Osaka quitte le tournoi après avoir décidé de bouder la presse.

Une petite révolution dans le monde du tennis. Alors que la 120e édition de Roland-Garros a débuté, l’extra-sportif triomphe déjà sur le spectacle des courts. Lundi 31 mai, Naomi Osaka, numéro deux mondiale, a déclaré forfait pour la suite du tournoi de Paris. Après son refus de vouloir participer aux traditionnelles conférences de presse. Face au système sportivo-médiatique, la joueuse japonaise ne l’emportera pas.

Les organisateur·rices de Roland-Garros n’ont pas tardé à répondre au revers d’Osaka. Laquelle a osé s’élever contre le rituel d’après-match : les conférences de presse ! Or personne – ni même une star du tennis féminin – ne peut s’octroyer le droit de franchir les limites du terrain. Sanctionnée d’une amende de 15 000 dollars (12 300 euros). Puis menacée d’exclusion, Naomi Osaka anticipe et jette sa raquette.

Un contrat reste un contrat. Et hélas, il se fiche que vous alliez mal. « J’ai souvent ressenti que les gens n’ont pas de considération pour la santé mentale des athlètes, ce qui se confirme quand je vois une conférence ou lorsque j’y participe […] C’est comme frapper quelqu’un à terre et je ne comprends pas le raisonnement derrière », s’est confiée la sportive âgée de 23 ans. À cette anxiété maladive que lui procure une prise de parole publique – et de portée mondiale – les directeur·rices des tournois du Grand Chelem rappellent les fondamentaux, d’abord « honorer ses obligations contractuelles envers les médias ». Sur la forme, Osaka est revenue sur ses propos et s’est excusée auprès des journalistes qu’elle aurait pu offenser. Sur le fond, la tenniswoman ne supporte pas ce grand oral d’après match. Un droit inaudible sur terre battue.

Doit-on obliger les sportif·ives à se présenter devant la presse pour répondre aux questions des journalistes ? Ou même pour tout autre événement ? Par bon sens, on ne le devrait pas. Problème, leur présence dépasse leur « simple » personne et leur comportement n’engage pas qu’eux et elles. Pour Osaka par exemple, près de 25 marques lui ont été à un moment donné associées. Le magazine Forbes estimait qu’entre juin 2019 et mai 2020, Osaka avait touché 37,4 millions de dollars. Or un « produit » cohabite mal avec la survenue de passions individuelles.

Plus qu’un épiphénomène, la bombe lâchée par Osaka interroge la pertinence et l’utilité des conférences de presse dans le sport. Ces moments où les journalistes posent souvent les mêmes questions, et les sportif·ives donnent les mêmes réponses. C’est le sentiment en tout cas de Naomi Osaka. Un poil vrai sur le côté très mécanique…

La faute  à une société où l’on doit toujours avoir un avis sur tout. Tout le temps. Et les sportif·ives n’y échappent pas. Coaché·es aussi sur leur communication pour savoir quoi (et comment) dire. Verba volant, scripta manent, a-t-on coutume de dire. Aujourd’hui, même les paroles restent. D’où l’extrême prudence des interrogé·es – quitte à ce que le propos tourne à la langue de bois.

Ainsi, ne faudrait-il pas revoir la procédure ? Franchement, systématiser les conférences de presse en niant l’intérêt véritable d’un événement pose vraiment question. Il est sans doute vrai qu’infliger à Nadal ou Federer une série de questions téléphonées à la suite d’une victoire, elle aussi prévisible, contre un adversaire hors du top 100 laisse perplexe sur l’utilité d’un rendez-vous presse. À l’inverse, ces échanges constituent des moments clés pour accéder aux propos de grand·es athlètes, parfois peu accessibles.

Bref, Osaka promet de revenir sur les courts. Le tournoi féminin de Roland-Garros, lui, orphelin de la numéro deux mondiale, a quand même pris une vraie claque sportive.

Geoffrey Wetzel

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.