Reprise, oui, à condition de ne pas oublier la cause du black-out

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La courbe des contaminations chute, en dépit des clusters, des terrasses ouvertes, des spectacles accessibles et, peu à peu, du déconfinement ultime. C’est chouette, même si l’on ne comprend pas tout à ce départ en vacances du virus avant même que l’immunité vaccinale n’agisse. Le réflexe du retour à l’avant semble à l’ordre du jour. Dommage ? Dangereux ? Ou bien prometteur et rassurant ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

La crise sanitaire est-elle finie, en France ? Si l’on n’en est pas certain, tout se passe pourtant comme si l’on en avait décrété la fin. Comme l’on dit, « contre avis médical » ! Les infectiologues et autres épidémiologistes ont beau nous promettre des lendemains qui déchantent, le virus prend ses congés d’été en nous faisant un spike­-pointe d’honneur. Message : je vous laisse tranquilles cet été, peut-être à la revoyure !

Au fond, nous n’aurons jamais rien compris à ce Sars-CoV-2 qui se replie avant même tout effet d’immunité vaccinale. Il nous a fait pourtant gamberger : si notre modèle économique en est la cause, comment allons-nous le réformer ? Les livres des économistes et des sociologues qui se projettent en 2050 commencent à pleuvoir. Tous nous parlent de ruptures, de révolution ou d’une économie de transition à venir. En attendant, les entreprises semblent plutôt se réorganiser « comme avant », les pêcheurs de Noirmoutier ou du Crotoy poursuivent leurs guéguerres contre les éoliennes et les commerçants se dépêchent de vendre tout ce qu’ils peuvent, quitte à participer activement à l’inflation des prix qui s’annonce.

Dans le numéro d’ÉcoRéseau Business (n° 80) que nous « bouclons » aujourd’hui (dans quelques jours en kiosque et chez nos abonné·es), nous analysons l’état des lieux des filières les plus touchées, restauration, discothèques, événementiel, spectacle vivant, qui « relèvent la tête », chacune à sa façon. D’autres secteurs ont muté durablement : les organisateurs de salon ne sont plus sûrs de vouloir recréer leurs grands-messes coûteuses et les rois de l’événementiel ont appris à animer des constructions d’équipes à distance. Ces professions sont plus complètes qui ont appris que les services en ligne n’ont pas vocation à rester gratuits.

Quant au « grand changement » de l’après-crise, il apparaît bien en filigrane, pas en réveil ni en prise de conscience. Contrairement aux rêves utopistes de lendemains qui chantent et qui sentent bon la chlorophylle, la transition énergétique restera contrainte par la loi (notamment européenne), et non par une quelconque prise de conscience de l’urgence écologique, sinon à bas bruit et dans le moyen terme.

Heureusement que notre sociologue, Jean Viard, au travers d’une grande interview, nous parle d’un monde où « la révolution que l’on attendait est arrivée » (le titre de son livre, aux éditions de l’Aube). Il y voit le point d’émergence de « 10 Glorieuses », car « une société, c’est un immense monde de négociations ».

Il faut simplement que les chef.fes d’entreprise aient envie, et pas seulement contraint·es par des lois européennes encore timides, de changer de modèle. Pour l’heure, ils et elles, à la tête d’un tissu de TPE et PME qui contribuent à 44 % à la valeur ajoutée du tissu productif français, ont surtout envie de remettre leur business sur des rails pérennes. N’est-ce pas aux locomotives, des ETI aux grands comptes, de se bâtir des modèles de transition pour que l’immense armée de leurs sous-traitants se conforme à leurs cahiers des charges ? Il ne suffira pas à Total de se renommer TotalÉnergies pour s’ancrer dans le monde défossilisé du renouvelable. Le virus, lui, s’insinue dans notre lenteur à changer ou notre peur à le faire.

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