Se refaire la cerise ?

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Les premiers week-ends d’après confinement avant les vacances libérées rendent un drôle de la : une partie du commerce français semble (mal) parti dans des pratiques de boutiquiers. Mauvais signe à surveiller.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Les Français·es pointent le bout du nez, pourtant toujours sous masque, dans leurs premières sorties, week-ends, premières petites vacances, ci et là dans une France enfin réensoleillée. Ils·elles s’offrent leurs premiers coups de soleil, des colifichets longtemps interdits, des incursions à 6 maximum dans les boutiques à cadeaux, les terrasses des cafés prises d’assaut et celles des restaurants, investies avec bonheur.

J’ai fait partie de ces rescapés du confinement. De ces premiers badauds ébaubis par le retour à la vie d’avant, quand on partait à la mer le temps d’une escapade ou escalader le puy de Sancy sans souci en profitant d’un pont de Noirmoutier ou d’un viaduc de Milhau…

Mais la France que j’ai redécouverte ce week-end m’a inquiété. C’est la France du retour à des tarifs de carburants dignes de la crise pétrolière. Celle des chariots de grandes surfaces aux tickets alourdis de 15 à 20 %. Celle des restaurants et des hôtels aux prestations rabotées et aux additions gonflées. La France des Groseille et des Lequesnoy où les Groseille ravis de leurs économies forcées ne regardent pas tant à la dépense et à la qualité du service, pas davantage que les Lequesnoy qui fréquentent bien sûr des 5 étoiles dont l’éclat n’a pas faibli.

Oui, la France déconfinée s’éveille maussade d’un mauvais sommeil. Dans ce pays qui renaît à la vie d’avant, nos amis les commerçants, ceux qui ont survécu – grâce à une opération de salut national de prêts, de fonds et de chômages partiels à la hauteur de leurs chiffres d’affaires interdits – semblent prêts à contribuer volontiers au retour d’une inflation promise par les économistes : leurs étiquettes valsent, prises d’une danse de Saint-Guy quelque peu hystérique. Des boucles d’oreilles de « cacaille » à 84 euros (donc au prix de l’or) aux chaussures d’un été à 280 euros en passant par la baguette – tradition ! – à 1,30, la disparition des terminaux de paiement par carte bancaire et l’invitation du boutiquier à se rendre au DAB le plus proche pour lui procurer du cash non déclaré, tout se passe comme s’il fallait désormais vider la bourse rebondie des confiné·es.

D’où cette assiette de 3 sardines de conserve (mais chaudes, passées au microonde) servie avec de la grenaille de pomme de terre cuite à l’eau, sans beurre (dans les épinards), à 17 euros. Ou ce service précipité d’un hôtel et restaurant 3 *** dont la carte sert des langoustines unijambistes (sic, il y a fort à parier que la deuxième pince sert au chef à concocter des jus pour soupe de poisson de récupération) avec une mayonnaise insipide tirée d’un pot industriel… L’hôtel, lui, fait porter les commandes dans les chambres par le client lui-même sous le prétexte de protocoles covid aberrants.

Cette tentation de la récupération, par le monde du commerce, par tous les moyens, de marges optimisées à coups de rabotages indécents ne doit pas se généraliser. Puisse cette replongée dans la France profonde ne pas révéler la généralisation de pratiques de cet ordre. Si le monde du commerce, des plus grands aux plus petits, en venait à perdre son âme et son talent dans des grivèleries de cet ordre, c’est la France d’après, celle qui doit se réinventer, qui doit réapprendre à accueillir les touristes, français comme étrangers, qui en subirait les conséquences.

Mais hélas, l’exemple local que j’ai vécu ce week-end pourrait refléter un état d’esprit généralisé que vos réactions et expériences de cet ordre ne manqueront pas de confirmer.
Voilà un cadeau empoisonné de la covid que peu d’économistes, emmenés dans les régions éthérées d’un monde nouveau, auront anticipé.

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