Ce livre ne doit pas passer inaperçu !

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Il est petit, discret, assez mal titré, mais c’est un condensé du monde à bâtir d’urgence.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

C’est un petit livre épatant dont le titre, le sous-titre ou la couverture ne « parlent » pas. Si on n’en fait pas un peu l’article (ou l’éditorial), il risque de passer quelque peu inaperçu. Il s’intitule Relions-nous ! et ajoute « La constitution des liens, l’an 1 ». Fichtre, qu’avons-nous là ? Un manuel de spiritualité, une thèse ésotérique, de l’hypnose collective ? Mais non ! Ce « collectif » rassemble rien de moins que les exposés succincts, résumés, de 54 « éminents philosophes, scientifiques, économistes, historiens, anthropologues, médecins, juristes, écrivains… ». « Chacun dans leur domaine, expliquent les éditeurs, éclairent magistralement cette transition à l’œuvre et émettent des propositions pour mieux la conforter ou l’émanciper. »

Et, là, ça devient passionnant. Car ces « liens » sont très précisément ceux que tentent de créer à travers leur maison d’édition les deux fondateurs de l’éditeur Les Liens qui Libèrent, Henri Trubert et Sophie Marinopoulos. On imagine que tous deux ont réuni une telle somme de « liens » pour livrer en quelque sorte la quintessence de leur objectif : « La Constitution des liens, qui en miroir dit combien les liens nous constituent, humains ou non-humains, davantage que l’exercice séculaire du surplomb, a pour ambition de partager ce nouveau paysage, d’en traduire la courbure et les multiples articulations. » On est bien dans un pur rêve d’éditeurs intellos !

Mais ce qui compte, c’est de se plonger dans ces 54 contributions (on imagine le soin et le temps qu’il aura fallu pour les susciter, les rassembler, les unifier). Et là, on savoure.

Car chacun des 54 experts et professionnels livre un message court et concret.
De l’agriculture, Marc Dufumier, agronome et enseignant, dit que l’« on pourra mener la transition agroécologique pour une alimentation saine et une agriculture durable ». Il propose : une taxe sur les engrais azotés de synthèse très coûteux et très émetteurs de gaz à effet de serre. Et une rémunération publique des agriculteurs promus capteurs de carbone !

De la biologie, Gilles Bœuf, professeur, ancien président du muséum national d’Histoire naturelle, dit que si « les gènes sont fixés à la naissance pour tous les individus, ils seront fonctionnels ou pas selon les facteurs extérieurs » et donc « puissent les 15 gènes [de la] covid constituer l’électrochoc collectif salutaire dont nous avons tant besoin ». Il propose de : développer une culture de l’impact, en permanence s’interroger sur les conséquences possibles de ses actes, ne jamais détruire les espaces de nature et interdire toute activité économique consistant à faire un maximum de profit […] basé sur la destruction et la surexploitation de la nature et du vivant (pensez qu’il faille encore le proclamer !).

De la croissance et du bien-être, Éloi Laurent (économiste) et Katherine Trebeck (économiste), disent que « la contestation du PIB comme mesure pertinente du bien-être humain et horizon rationnel des politiques publiques n’a jamais été aussi forte ». Ils proposent : instituer un ministère du Financement de la transition sociale-écologique en lieu et place de l’actuel ministère de l’Économie.

De l’économie, Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française du développement, dit que « les trois composantes majeures de l’analyse économique deviennent : les flux de matière et d’énergie, la monnaie (non neutre) et les institutions. Tout ce qui, justement, échappe à l’analyse traditionnelle ! » Il propose : la réécriture des documents comptables à l’aide desquels sont pilotées nos entreprises de manière à faire apparaître des actifs et des dettes « écologiques » pour que le secteur productif accélère enfin la transition écologique.

Et tutti quanti. Il reste une cinquantaine d’entrées, de la cosmologie à l’économie de la coopération, du monde végétal à la psychanalyse, de la traduction aux utopies. De quoi refaire notre monde à travers 54 paires d’yeux à facettes. Un condensé du nécessaire et de l’urgent, de l’indispensable et du réel.

Une certitude : le XXIe siècle sera « relié », comme ce livre, transitionnel, énergétique, décarboné. Chacun d’entre nous puisera dans le « manifeste » des éditeurs une vision du futur à bâtir, de la plus unipersonnelle des TPE aux plus grands groupes industriels.

Prenez-y une grande inspiration, aux sens cérébral et pulmonaire !

Relions-nous ! La constitution des liens, l’an 1, collectif, LLL

PS : ce livre paraît au moment du Parlement des Liens qui aura lieu à Beaubourg du 4 au 6 juin, initié par Sophie Marinopoulos et Henri Trubert.

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