Un bain d’optimisme au Cercle

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Une journée entière et passionnante d’échanges et de débats orchestrés le 18 mai par le Cercle des économistes présidé par Jean-Hervé Lorenzi. D’où il ressort que si le virus confirme son retrait – fût-il provisoire –, la finance mobilisée aura, cette fois, préparé à une reprise spectaculaire sans grands dommages…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Eh bien la France reste optimiste. Chute régulière des contaminations quand les infectiologues patenté·es affirmaient sur les plateaux des médias que les mesures de réouvertures du gouvernement allaient inexorablement conduire à une remontée vertigineuse de la course endémique, et sérénité relative pour la reprise économique du pays si l’épisode de la crise sanitaire confirme sa rémission.

À l’écoute des acteurs, experts, économistes, réunis hier en conférences vidéo par le Cercle des économistes, la finance va « contribuer à la sortie de crise ».

C’est l’avis de Philippe Martin, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE) et membre du Cercle des économistes, pour lequel les quelque 36 % de baisses de faillites au cœur de crise ne signifient pas nécessairement que les dépôts de bilan vont exploser une fois les aides gouvernementales levées. Certes, les entreprises dites zombies de 2020 sous perfusion vont finir par disparaître. Mais si le « débranchement » des aides que l’État planifie sur trois mois voulait bien se montrer moins rapide, nombre d’entreprises viables simplement trop endettées aujourd’hui passeraient le cap du « choc clinique ». Moyennant un traitement au cas par cas devant des tribunaux de commerce qui auraient retrouvé leur étiage d’affaires d’avant, il doit être possible, opine l’économiste, de déterminer la viabilité de chacun.

C’est aussi l’optimisme qui prévaut de la part des autres intervenants invités du Cercle, celui de Mirela Agache Durand, directrice générale de Groupama Asset Management, pour laquelle les investisseurs dont son groupe fait partie ne risquent pas de se détourner d’un pays certes légèrement surendetté (116 à 120 % du PIB), mais dont les critères de soutenabilité – rigueur budgétaire, service de la dette contrôlé et stabilité politique – augurent d’« un nouvel équilibre pour un chemin de croissance future », dans une eurozone à peu près synchrone.

Malgré ces 20 points de PIB, les sociétés de notation qui ont fait si peur en d’autres temps aux États endettés ne sont à leur tour pas sévères dans une crise qu’elles rappellent non financière, comme en 2009. La finance, cette fois-ci, n’est pas la cause, mais le remède. Et pour une France toujours cotée Aa2 chez Moody’s, la managing director du coteur, Marie Diron, ne se montre pas inquiète : les « souverains », comme elle désigne les États, « gardent des marges de manœuvre »… même si cet endettement supporté par la Banque de France réduit celles de la présidence française quelle qu’elle soit au-delà de 2022 en vue de la « prochaine crise » (en moyenne une tous les dix ans, et sans doute plus rapidement).

Cette finance qui « fait partie de la solution » donne à Agnès Bénassy-Quéré, cheffe économiste du Trésor, donc visage de cette France endettée, des raisons de croire que si l’État conserve son rôle de régulateur, ce sont surtout des banques prêteuses qui auront à faire face à des « prêts non performants » (traduire « non remboursés »), mais la réassurance de l’État d’une part et la confortable recapitalisation des banques ne risquent en aucun cas de mettre les prêteurs en difficulté, quand bien même 5 % des TPE/PME (le pourcentage prévu) ne rembourseront sans doute pas leur emprunt.

Même le professeur du MIT et membre du Cercle des économistes, David Thesmar, considère que le seul risque palpable d’une remontée de l’inflation – estimée possible à 4 ou 6 % aux États-Unis par la gaffe de la ministre des Finances américaine – pendant un à six mois ne serait pas catastrophique.

En laissant s’accomplir le jeu naturel des entreprises forcément détruites aussitôt relayées par d’autres, plus productives (le facteur essentiel de croissance), par le constat des ajustements permanents des quelque 2 millions d’emplois détruits et créés, l’endettement momentané du pays et le gel une petite année des processus de sélection des marchés auront « un effet infinitésimal », sourit le professeur. Relayé en ce sens aussitôt par la cheffe du Trésor qui ne confond pas insolvabilité et faillite : les prévisions de créations d’entreprises par l’Insee sont très bonnes, « y compris pour des entreprises classiques » (et non pas seulement un déferlement de microentrepreneurs).

Si la France maintient, comme c’est le cas aujourd’hui, un remboursement de dette à 3 % de ses revenus, comme tout bon ménage emprunteur y est astreint, les milliards des plans de relance ne pèseront pas face à un taux de croissance reparti à la hausse.

Ce fut vraiment un festival d’optimiste que cette session du Cercle des économistes ! Si le virus confirme sa pause estivale (car ni les médecins, ni les politiques, ni les vaccins ne sont décideurs devant lui !), tout semble sous contrôle en France dans le monde de la finance. Une chance pour le président du « quoi qu’il en coûte » (peu), abolisseur de la droite et de la gauche, à défaut de leurs extrêmes respectifs.

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