(Trop) grandes surfaces : pas plus d’un hectare

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Une enseigne d’hypermarché à 10 000 m2 équivaut à la place de Trafalgar Square à Londres. L’abus des dévoreurs de prairies connaît sa première limite.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Quel émoi chez les géants des grandes surfaces interdites d’implantation au-delà de 10 000 m2 (un hectare) ! Le 15 avril, l’Assemblée nationale a acté cette disposition de la loi Climat en lecture. Un modeste coup d’arrêt (20 % des projets d’implantations concernés), mais qui suscite déjà la protestation des mégaenseignes pour lesquelles le salut tient aux maximètres carrés.

Il s’agit pourtant d’un premier ancrage raisonnable dans la réalité de cette prise en compte du respect des terres vivantes, de la biodiversité, de l’écologie en général dont on n’a fait que parler, pratiquement, jusqu’à présent. Or il faut désormais passer aux actes pour des effets significatifs, sans plus donner priorité aux effets d’échelle, aux chiffres d’affaires maximalisés, à la course en tête.

Que les partisans du business as usual se rassurent, les député·es n’ont pas fait œuvre révolutionnaire. En fixant l’interdiction à 10 000 m2, ils·elles préservent 80 % des « grandes » surfaces existantes. En introduisant un amendement de dérogations, ils·elles donnent toute latitude aux bouffeurs de terrains de continuer à bétonner et bitumer « par dérogation » au-delà de 3 000 m2. Et aux astucieux promoteurs de dessiner des plans de 9 900 m2 ou deux grandes surfaces de 5 000 m2 !

Mais instituer une première limite, c’est entrer enfin dans les contraintes d’une réalité galopante de transition qu’il sera de plus en plus vital d’adapter si l’on veut que les ressources terrestres alimentent le modèle entrepreneurial. Le profit, les marges, le développement, l’emploi se conçoivent et se préservent sans gigantisme à la clé. Les commerces d’un centre-ville en savent quelque chose, eux qui ont toujours subi l’attraction gravitationnelle des grandes surfaces à la périphérie des villes. Il y a de la place en ville pour les galeries commerciales privées de leurs Carrefour Auchan, Leclerc…

La démocratie représentative qui vote les lois doit savoir résister à la plaie des lobbys toujours prêts à annihiler les modestes avancées en faveur de la limitation du trop.

Il arrivera un temps où les goinfreries dévastatrices devront cesser, quand on aura établi le mode de développement lucratif qui préserve les ressources. C’est possible. C’est indispensable. Et les attitudes responsables, par leurs choix et leur bulletin de vote, de ceux et celles qui ne seront plus seulement des consommateur·rices en sont la clé.

Olivier Magnan

PS : la Commission européenne a voté dans la nuit l’objectif d’une réduction d’émissions carbone de 55 % d’ici à 2030. Pour que ce chiffre ne soit pas totalement, définitivement irréaliste, il faudrait en France prendre quelques mesures plus concrètes que limiter des grandes surfaces à 10 000 mètres carrés.

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