Journée internationale des droits de la femme : une absurdité indispensable

Temps de lecture 2’50

Comment est-il possible que nous devions rappeler chaque année que la femme et l’homme sont les deux genres strictement égaux de l’espèce humaine ? En ce sens, l’écriture inclusive n’est qu’un signal faible d’une anomalie si forte.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Journée internationale des femmes (appellation de l’ONU), journée internationale des droits de la femme (en France), le 8 mars reste une anomalie. Comment se fait-il qu’il faille se souvenir que les femmes existent et qu’elles ont des droits, sinon à cause de cette hégémonie masculine absurde, universelle, anormale qui aboutit à devoir se souvenir que femmes et hommes sont strictement à égalité sur tous les plans (l’argument de la « force » physique est un constat physiologique, pas une justification) ?

Or ce sont les inégalités qui prévalent dans le monde, inégalités de salaire, droit à l’avortement libre, majorité juridique complète, droit de divorcer. Que l’on ne claironne pas en France qu’au moins, hors le salaire, ces égalités sont respectées : il a fallu inventer le mot féminicide pour distinguer la part des assassinats de femme par leur conjoint, sans cesse en augmentation en France (21 % entre 2018 et 2019, 152 cas). Dispute (43 %), séparation (34 %), jalousie (27 %), maladie ! (10 %), quarté des causes en France. Les violences, elles, sont innombrables. On imagine à quel point des États pourtant florissants sont arriérés au point de traiter les femmes en esclaves.

Pour lutter contre cette tare absolue du genre masculin, même les signaux faibles comptent. En 2019, toutes nos publications ont opté pour l’écriture dite inclusive qui consiste à marquer que les mots, les adjectifs, les noms de métier, jusqu’alors toujours grammaticalement et syntaxiquement au masculin, possèdent leur forme féminine et qu’il n’existe aucune raison rationnelle pour masculiniser l’expression quand l’un et l’autre genre sont pris en compte. Notre pays est peuplé de Français·es, par exemple, de Français et de Françaises. Ils·elles sont au moins égaux·les dans l’écriture, alors qu’au XVIIe siècle il a suffi d’un seul grammairien machiste (« au nom de la supériorité de l’homme sur la femme », sic) pour tout masculiniser.

Même un président de la République prend soin de s’adresser au peuple en marquant les deux genres : Françaises, Français. Il devrait ajouter en mode écrit, mes cher·es compatriotes.

Ce choix nous fut âprement reproché : encore aujourd’hui, nous recevons des messages parfois « incisifs » qui nous menacent de « désabonnement » si nous continuons à « compliquer l’écriture » de ces ajouts de « e » et de « ière », des avis tant masculins que féminins ! Outre que j’aie démontré que le cerveau, plastique, ne se préoccupe nullement de ces prétendues complications le lecture (nous lisons de façon globale et non par épellation), je pense sincèrement que le léger effort (surtout supporté par la rédaction !) n’est pas seulement une « mode », encore moins une manifestation de l’ordre d’un engagement politique quelconque. Il s’agit d’un « signal faible » qui, comme son nom l’indique, est précurseur d’un phénomène de fond : l’homme et la femme sont les deux genres d’un même être, l’espèce humaine, et le choix délibéré d’une prédominance orthographique en faveur du masculin (et non du « neutre » comme on veut nous le faire croire) n’a tout simplement pas lieu d’être.

En ce 8 mars « absurde », je voudrais que, pour une fois, les lecteurs·rices qui ne s’expriment jamais positivement en faveur de ce choix éditorial le fassent. Que femmes et hommes qui lisent cet éditorial, en accord avec cette si modeste intention, nous le disent simplement via le canal de réponse à nos « papiers ». Ce serait pour nous un « signal fort » que cette modeste contribution à l’égalité en actes n’est pas vain.

Olivier Magnan

2 Commentaires

  1. Bonjour, j’ai 58 ans. En 1962, lorsque je suis née, je n’avais alors pas le droit de travailler en tant que femme, pas plus que ma mère ! 58 ans plus tard, malgré une loi de 1975 qui vote l’égalité des salaires hommes-femmes, il est désespérant de rappeler que l’inégalité persiste dans une journée de la femme. Une journée « absurde » ! Merci pour vos actions.

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.