Petit à petit, le nid d’Arnaud

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Montebourg n’entre pas en lice de façon tonitruante. Il évite même la lice. Il n’a sans doute pas tort.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

L’homme est sympathique. Le personnage est agissant. Il dispose d’une image – le made in France et la marinière. Il est entrepreneur. On sait moins que les trois années d’Arnaud Montebourg dans des ministères aux appellations « hollandiennes » (Redressement productif, puis de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique), jusqu’en 2014, consistèrent souvent à se battre contre la vassalisation à l’Amérique et à d’autres industriels étrangers qui se traduit entre autres dans les fleurons perdus de Florange ou d’Alstom.

On en apprend le détail dans L’engagement (Grasset), l’un de ces livres biographiques que les politiques écrivent – ou font écrire – pour servir image et élections à venir. Que « des amis d’Arnaud » créent dans le même temps un parti éponyme montre bien comment l’élu de Saône-et-Loire bâtit sa candidature pour 2022. Pas à pas, prudemment, sans coup de gueule ni meetings (encore). Il a conscience que rassembler des carnassiers, d’Hidalgo à Jadot (peut-être le seul végétarien de la bande !) en passant par Mélenchon et son ami Borloo, ne sera pas le bon trajet. Mais que les électeur·rices potentiel·les desdit·es candidat·es finissent par estimer qu’il serait le moyen terme, lui, la synthèse des courants face à Emmanuel Macron et… Marine Le Pen, il y pense et n’a peut-être pas tort.

Son récit des trois années passées dans les machines du pouvoir ressemble forcément à ces « biobooks » (à défaut de biopic, mais le film pourrait tenter un scénariste) dans lesquels l’auteur se donne le beau rôle. Le livre d’Arnaud Montebourg n’échappe pas à la règle, mais l’accent de vérité qui en émane et la dent dure de laquelle il broie du Hollande, du Valls, du Macron et quelques ministres justifient que l’on s’y plonge. L’histoire jour après jour de la prise de contrôle d’Alstom par General Electric (au cours de laquelle un cadre dirigeant, Frédéric Pierucci, fut emprisonné par nos « amis » américains, je l’évoque ici) résume toute l’incroyable vente à la découpe des atouts de la France, qui se poursuit.

Arnaud Montebourg lâche sur quelques plateaux nocturnes un programme de refondation de l’État et de la démocratie. L’état des lieux qu’il dresse de sa voix douce accable discrètement mais directement l’ancien ministre de l’Économie devenu président, favorable à l’époque au dépeçage d’Alstom : État de discrédit. Désindustrialisation. Désagriculture. État émietté. État sans vaccin. Europe inefficace.

Dénonciateur : « L’Élysée n’est pas la France ». Prédicateur : « L’élection présidentielle sera à un tour. Macron contre Le Pen. Et c’est Le Pen qui l’emportera. » Rassembleur : « Construire un relèvement du pays avec beaucoup de gens. Vaste programme commun de ceux qui veulent relever le pays. »

Quelque chose résonne dans le discours en apparence (seulement) désespérant du socialiste qui a retenu de Macron la dissolution des partis : il songe à une alliance d’hommes et de femmes de bonne volonté, à une sorte de collège présidentiel où « la politique, comme il l’exprime, c’est l’altérité ». Il veut « écouter l’autre ». Faudra-t-il à ce pays la « punition » d’une présidente « nationaliste » à la Trump pour qu’il en revienne à cet « engagement » ouvert à la Montebourg ? Il reste bien peu de temps au serial entrepreneur (Bleu-Blanc-Ruche, la Compagnie des amandes puis Co2responsables, coach de la réduction de l’empreinte carbone dans l’agriculture) pour imposer un autre scénario. Transition énergétique, réindustrialisation, relocalisations, reconstruction « avec beaucoup de gens ». Éco-Réseau-Business ?

Olivier Magnan

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