Pour Macron, la conquête des jeunes s’intensifie…

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Geoffrey Wetzel,
journaliste à la rédaction

Le regard tourné vers 2022, Macron fait les yeux doux à la jeunesse de France.

Un peu plus d’un an avant les élections de 2022. Contrairement à son prédécesseur, notre président actuel se verrait bien refaire un tour de piste. Alors Emmanuel Macron prépare déjà le terrain et tente de renouer le lien avec la jeunesse du pays. Un brin paradoxal pour celui qui a été élu plus jeune président de la Ve République, à même pas 40 ans, bien devant « Giscard » !

Quoi de mieux alors pour le chef de l’État que d’instrumentaliser deux youtubers – McFly et Carlito – très appréciés d’une tranche d’âge bien souvent hostile au cachet « LREM ». Macron adresse alors un défi inattendu aux deux compères : réaliser une vidéo dans laquelle ils rappellent les gestes barrières. Si le clip dépasse les dix millions de vues, rendez-vous à l’Élysée. Entre nous, pour une chaîne qui affiche 6,3 millions d’abonné·es, Macron avait bien l’intention de gagner le défi pour s’offrir un coup de visibilité et réviser son capital sympathie auprès des jeunes. En trois jours, déjà onze millions de vues, sans surprise.

On l’a bien compris, Macron a lancé une partie d’échecs et avance ses pions… Le roi mobilise ses jeunes fous. Après une vidéo tournée pour le média Brut en décembre ou la création d’un compte Tik Tok, l’atout McFly-Carlito concrétise une communication politique en direction de celles et ceux qui ne lui ont pas fait confiance en 2017. Car oui, souvenez-vous à l’issue du premier tour de la présidentielle*, les jeunes ont davantage plébiscité les extrêmes : les 18-24 ans ont voté Le Pen (pour 25,7 %) et Mélenchon (pour 24,6 %). Macron arrivait derrière. Et encore, quand les jeunes se sont déplacés aux urnes, puisque l’abstention – et c’est le cas encore aujourd’hui – reste très marquée au sein de la jeunesse.

Franchement, est-il vraiment utile – après un an à endurer la pandémie – de rappeler les gestes barrières ? Si les jeunes demeurent pointés du doigt pour faire un peu moins attention au respect strict des consignes – et faudrait-il encore le vérifier – ça ne découle pas d’une incompréhension de la façon dont circule le virus, je vous rassure, mais bien d’une incapacité à vivre sans les autres, sans interaction sociale et souvent entre quatre murs qui abritent au mieux 20 m2. Non, ce qui est visé au fond par le Président de la République, c’est l’effet de halo, qui vous pousse à opérer des associations d’idées – tout cela relève de l’inconscient – et à transférer les qualités d’une personne à une autre qui lui est associée. Ces jeunes qui regardent leurs youtubers fétiches, passent un bon moment et se divertissent, associeront « Manu » à un président sans doute pas comme les autres.

D’autant plus indispensable aussi que LREM a froissé – et à de multiples reprises – cette catégorie de la population. La crise covid a rebattu les cartes d’un RSA jeune pour tous·tes les moins de 25 ans mais dont le gouvernement ne veut pas – il préfère d’ailleurs étudier plus en profondeur le « capital jeune » proposé par Stanislas Guerini. Bref, commencer sa vie à crédit. Macron a aussi tergiversé sur le thème des violences policières, sujet qui mobilise beaucoup les jeunes et alterne entre l’admission qu’il existe des « violences policières » et l’insistance sur l’idée que la violence se trouve d’abord « dans la société ». Sans compter les propos de Darmanin : « Quand j’entends le terme violences policières, je m’étouffe », déclarait cet été l’actuel ministre de l’Intérieur. Macron entame donc une opération rachat avant l’échéance présidentielle.

Une façon de communiquer qui pourrait aussi s’avérer fort utile dès lors que les élections approcheront en vue de contourner un obstacle juridique : « Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite », peut-on lire dans l’article L52-1 du code électoral français. On n’est pas encore dans ce laps de temps, mais fort à parier que nos aspirant·es à l’Élysée – et de tous bords politiques – n’hésiteront pas à s’attacher  les services de quelques influenceur·ses qui, à travers des vidéos a priori anodines, prêcheront pour la paroisse de tel ou tel politique.

*Selon une étude Opinionway menée à l’issue du premier tour de la présidentielle 2017

Geoffrey Wetzel

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