Le futur de la monnaie… l’avenir du monde

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Michel Aglietta et Natacha Valla donnent les clés « à la française » d’une économie monétaire moderne, clé de l’éradication sur le long terme des pandémies créées par l’humain.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Peut-être disposez-vous de plus de temps pour lire de bons ouvrages ? Je m’efforce en tout cas d’en citer d’excellents qui préfigurent un « nouveau monde ».

Le débat monde d’avant/monde d’après est sans ambiguïté. Les modèles de développement, de vie, les mutations économiques avaient commencé avant la pandémie. Le virus et ses variants, comme le dit Bruno Latour, sont des donneurs de leçons, des répétiteurs nés de la nécessité de nous resituer dans la « zone critique » dans laquelle désormais nous vivons, cette biosphère que nous modifions : parce que la transition climatique doit vite retrouver un équilibre avant emballement, tout l’avenir de cette biosphère – donc largement plus que le seul humain pourtant détonateur de cet emballement – dépend du changement. Il passera par des visions claires que sont en train de nous donner les penseurs du futur. Ils disent la même chose : le modèle du développement sans fin est… fini. Mais encore ?

Stephanie Kelton, que j’ai citée ici, nous l’enseigne à travers la Théorie moderne de la monnaie (TMM). Michel Aglietta et Natacha Valla, même s’ils ne s’y réfèrent pas explicitement, s’inscrivent dans la nouvelle pensée économique impulsée par Warren Mosler. Ils en sont en France les continuateurs affirmés*. Michel Aglietta est professeur émérite de sciences économiques à Paris-Nanterre, conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii), service du Premier ministre, lequel se retrouve donc en théorie au premier rang des conseils du professeur.

Sa voix compte. Dans le futur de la monnaie (Odile Jacob, 2021), avec Natacha Valla, doyenne de l’École du management de l’innovation à Sciences Po, familière de la Banque centrale européenne, ils nous donnent sous la forme d’un livre ardu mais précis les clés du futur tout court.

La monnaie, cet « épiphénomène, cette contingence technique », veut que les États qui créent leur propre devise ne puissent faire faillite. Comme l’écrit Kelton de son côté, Aglietta soutient que la seule politique budgétaire possible est celle d’une croissance forte, elle-même productrice de recettes fiscales capables d’abaisser la dette. Mais la croissance, désormais, est appelée à financer la transition écologique, restaurer la biodiversité, « amortisseur de la diffusion d’agents pathogènes ».

Nous l’écrivons ici sans relâche : soigner et vacciner, nécessaire. Supprimer en amont la source des pandémies, prioritaire. Michel Aglietta et sa collègue évoquent la planification, le « cap long », prônent les investissements productifs – isolation des bâtiments, restauration du transport ferroviaire – qui attireront l’épargne privée. En esquissant le Serpent monétaire du futur, nos deux économistes « font » de la théorie monétaire moderne, celle qui « va devoir orienter les économies vers un nouveau type de croissance, combinant la transformation des systèmes productifs vers des économies créatrices, innovantes, digitales, respectant les limites planétaires, étayé par des modes de vie bien plus sobres en prélèvement des ressources naturelles et des territoires reconstituant un environnement dégradé ».

« C’est ce que dit Emmanuel Macron », remarque un confrère face à Michel Aglietta.

– C’est ce qu’il dit et qu’il veut faire. Mais on a vu la manière dont il a édulcoré les propositions de la Convention citoyenne… », réplique le conseiller du Cepii.

Comme si nos dirigeants étaient pour la plupart encore englués dans l’avant. On dirait que ça les gêne de marcher dans la boue.

Olivier Magnan

* Le préfacier de leur ouvrage, Benoît Cœuré, chef du pôle innovation de la Banque des règlements internationaux, le dit plaisamment en filigrane : « Nous sommes en 1992. Un jeune économiste trouve (dans la cave d’une banque centrale ?) les clés d’une machine à explorer le temps… » L’image est astucieuse mais l’allusion transparente : la Théorie monétaire moderne fut initialement décrite en… 1992 par le jeune – alors – économiste Warren Mosler. Entre économistes, on aime les sous-entendus.

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