La France en danger !

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L’épidémie est un fléau. Mais ce qui se trame sous le chantage américain contre nos fleurons industriels déjà dévastés est bien pire encore. Réveillons-nous !

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Décidément, si la France continue à se « vassaliser » auprès des États-Unis, la nation disparaîtra en dix ans.

J’ai relayé, le 10 février, l’initiative de la sénatrice Nathalie Goulet, bien décidée à dénoncer auprès de l’opinion publique et des sénateurs l’énorme incohérence de confier à l’américain Amazon Web Services la gestion de nos PGE. Car c’est bien le A de GAFAM qui a numérisé sur ses serveurs ces prêts garantis par l’État, lesquels drainent tous les chiffres stratégiques de nos entreprises – et jusqu’aux plus grosses. Nous livrons, impunément, des données confidentielles à de potentiels concurrents américains puisqu’à tout moment les agences de renseignement états-uniennes sont libres d’exiger d’Amazon de leur livrer tous les éléments des PGE français. Et Amazon, par patriotisme et intérêt, se dépêchera d’obéir à l’injonction ! Mais il ne s’agit là que d’une petite circonstance de plus de l’entreprise de démolition qui est en train de ronger notre souveraineté.

Le 9 février, le Mouvement Ethic emmené par la cheffe* d’entreprise Sophie de Menthon a convié à sa webconférence un repris de justice de l’État américain (sic), le Français Frédéric Pierucci. Le « délinquant » a passé deux années à partir de 2014 dans une prison américaine. Chef d’inculpation : corruption. En réalité, l’ancien président monde de la division Chaudière de l’entreprise française Alstom ne fut que l’otage de la toute-puissance de notre amie l’Amérique, celle d’Obama, de Trump et aujourd’hui de Biden***. Sous la pression, et l’État hollandiste et le patron d’Alstom à l’époque, le sulfureux Patrick Kron, cèdent au chantage : 70 % des actifs d’Alstom, dont le savoir-faire nucléaire de l’énergéticien français, sont cédés à General Electric !

Sitôt libéré, parfaitement blanchi, Frédéric Pierucci publie Le piège américain** où il dénonce son arrestation arbitraire et démonte le système parfaitement totalitaire américain par lequel la Justice, l’État et le système industrialo-militaire de notre « ami » d’outre-Atlantique condamnent sans procès les entreprises étrangères à des milliards d’amende qui affaiblissent les cibles, réduites alors à se laisser acheter.

Il ne s’agit ni de thriller ni de scénario de film : la France, presque davantage que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et d’autres nations européennes, se laisse dépecer par l’« ogre » sans vraiment réagir. C’est à peine, rappelle Frédéric Pierucci, si la loi Sapin 2 – relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique – répond aux modèles imparables du Patriot Act et plus récemment du Cloud Act en « récupérant » une petite partie des « amendes » iniques imposées par la première puissance mondiale. Amendes ? Pas même : les entreprises françaises paient pour éteindre l’action judiciaire. Le chantage américain réussit toujours.

Le cas Alstom n’est pas isolé. Total, Sanofi, Alcatel en son temps, des banques françaises, d’autres grands groupes tombent dans « le piège américain », à hauteur de milliards de dollars.

Or, à en croire Frédéric Pierucci qui lui-même se bat en ce moment pour racheter l’activité nucléaire d’un General Electric en difficulté et prêt à la céder, les énarques qui nous gouvernent ne semblent pas prendre la mesure de la « vassalisation » de la France. Un complotiste dirait même qu’ils l’encouragent à force de ne pas répliquer au pirate états-unien. En attendant les lois d’extraterritorialité que préparent la Chine (et la Russie) en réponse à la guerre froide américaine, et qui s’appliqueront tout aussi bien à l’Europe.

Aujourd’hui, un président français doit en finir avec cette mise en coupe réglée. S’il est réélu, Emmanuel Macron y jouera la souveraineté française, pourtant devenue un argument politique majeur de l’après-covid.

Et s’il n’agit pas, élisons Arnaud Montebourg ! À peu près le seul politique à s’être insurgé, à l’époque, contre le scandale Alstom. Et aujourd’hui plus que jamais « engagé » dans l’indépendance du village français.

Mais en l’occurrence, il ne s’agit pas de plaisanter : la France, si elle veut exister, doit cesser de se laisser imposer la loi des puissances. Il y faut des moyens et du courage. Et un certain sens du sacrifice, dans une vision de long terme.

Olivier Magnan

* Cheffe d’entreprise, même si la présidente d’Ethic nous en veut tellement de féminiser la langue française…

** Les démocrates, insiste Frédéric Pierucci, sont en l’occurrence bien plus intrusifs sur le plan de l’hégémonie internationale que les républicains, plutôt décidés à se replier sur les ressources de leur continent.

*** Le piège américain : l’otage de la plus grande entreprise de déstabilisation économique raconte, Paris, JC Lattès, 2019. Il est plus que temps de lire cet incroyable témoignage.

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