N’oublions pas Navalny

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Ne laissons pas les intérêts économiques mettre nos valeurs démocratiques en sourdine. La France, en tout cas, ne l’entend pas ainsi.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il ne faudrait pas, par le silence, la préoccupation sanitaire, oublier le sort d’Alexeï Navalny, à l’évidence traqué par les services secrets russes qui ont tenté de le tuer, aujourd’hui emprisonné pour un motif cynique, une non-présentation à un moment où l’opposant était entre la vie et la mort à cause… de ses accusateurs.

Il est difficile de situer l’opposant selon nos critères. Si le confondateur du mouvement Narod mêle positions réputées de droite (dont son nationalisme anti-émigration) et de gauche, c’est au nom de critères qui semblent échapper à la vieille dichotomie française qui connaît elle aussi ses contradictions.

Mais j’ai trop souvent fustigé ici la catastrophe Trump – ce qu’une certaine lectrice m’a reproché – pour ne pas déplorer la calamité Poutine. Ne nous payons pas de mots. Les deux dirigeants sont néfastes, si le premier a quitté la scène, l’autre l’occupe à l’aide d’une violence qui l’apparente à une dictature. On nuance, certes : « La science politique travaille aujourd’hui beaucoup sur la zone grise entre démocratie et régime autoritaire. La Russie se situe quelque part dans cette zone grise. Un des concepts proposés est celui d’“autoritarisme compétitif”, un régime autoritaire mais qui va introduire un certain degré de pluralisme et de compétition dans son fonctionnement. » Donc acte. Il n’empêche qu’Alexeï Navalny, aujourd’hui, est emprisonné, en danger, et que ses supporters se font arrêter et torturer.

Longtemps, encore sans doute aujourd’hui, les autorités russes étaient persuadées que les décisions de l’Union européenne et des États-Unis privilégieraient l’intérêt économique et oublieraient les principes et valeurs démocratiques. Poutine perçoit l’Occident comme faible, éparpillé. Or les sanctions économiques, durables, sont venues lui porter la contradiction. Les grands espoirs du contrat gazier passé avec la Chine battent aujourd’hui de l’aile. Quant au fameux projet de gazoduc Nord Stream 2 de Gazprom, qui doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, la France a pris à son propos une position claire : en dépit de la part de financement déjà engagée par Engie, le pays est désormais favorable à son abandon si le pouvoir russe devait continuer à réprimer son opposition.

Reste le vaccin Spoutnik V dont l’homologation est demandée en Europe par les autorités russes. Il pourrait effectivement tenter la France comme il fait rêver l’Allemagne. Mais l’on voit mal pourquoi l’achat de quelques millions de doses pourrait faire taire les critiques à l’encontre de l’apparatchik.

Il est plus que jamais urgent pour l’Occident en danger de toujours s’élever contre les dérives autoritaires de grandes puissances hégémoniques et cruelles. Sans oublier que selon The Economist britannique, la France n’a été classée dans les « démocraties à part entière » que… deux fois en dix ans ! Un si fragile concept… (lire le Vite compris ! du 4 février).

Olivier Magnan

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