Non, Trump n’a pas respecté la démocratie, mais Biden l’a restaurée

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Parce qu’il n’aurait pas mis le feu à la Maison Blanche, le président perdant est réputé par certains commentateurs avoir respecté la « dimension démocratique ». De qui se moque-t-on ? De Biden, assurément, le très patient 46e président. Et de la démocratie tout court. Heureusement, Biden s’est montré, même de façon très religieuse, à la hauteur de son pays en quête de son unité.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

« Nous reviendrons, d’une façon ou d’une autre… » L’envol de Donald Trump de la base d’Andrews du Maryland, hier 20 janvier, se voudrait provisoire. Mais qu’il « revienne » comme candidat dans quatre ans, si tant est que la justice américaine lui en donne l’occasion, ou sous la forme de tribun à la tête d’un média vitupérant, le départ de l’ex-milliardaire plus ou moins acculé à la faillite ressemble quand même à un exil de la honte.

Même s’il a laissé un courrier à Joe Biden, dont on ne connaît pas encore le contenu si on le connaît jamais, le camouflet qu’il a tenté d’adresser à son successeur rompt bien sûr avec toutes les traditions américaines démocratiques, mais plus simplement manque tout bonnement à la moindre des politesses, au moindre respect, au moindre panache, quoi qu’en disent les commentateurs attachés à souligner que « Trump a fait preuve du service minimum ». Réellement, dans le contexte américain des relais d’administrations fédérales, non, Donald Trump a montré qu’il serait à jamais un mauvais perdant, nuisible à son pays.

Il a volé à Joe Biden une cérémonie humaine, quand 200 000 drapeaux remplacent les 2 millions d’Américain·es qui saluaient Barack Obama il y a douze ans. Certes, le coronavirus n’aurait sans doute pas permis qu’une telle foule de démocrates et de sympathisants s’en vînt saluer le 46e président. À tout le moins, ce ne sont pas seulement des morceaux de tissu qui l’auraient accueilli.

Il a laissé à son successeur 400 000 morts et une épidémie encore galopante, beaucoup plus que s’il avait pris à temps des mesures immédiates contre l’épidémie.

Et surtout, son pitoyable discours au pied de l’avion qui va l’emporter vers des vacances de rêve restera un modèle de mépris à l’encontre du tandem Biden-Harris qui l’a bel et bien battu selon un système électoral américain compliqué et suranné, mais qui l’avait avantagé lui-même il y a quatre ans.

S’il n’a pas osé, à quelques mois du vote du Sénat qui pourrait lui valoir l’impeachment a posteriori, renouveler ses accusations de fraude, il a fait pire : il a souhaité de la chance et de la réussite à la nouvelle administration, ce qui revient à nier par avance une réussite due aux succès qu’elle pourrait générer. Pire : il a affirmé que ses successeurs bénéficiaient de « la base » pour cette réussite, en dépit de l’épidémie. Il a prédit à son successeur des « chiffres qui vont chuter », alors qu’il « laisse tout à sa portée ».

Autrement dit, toute la « bienveillance » que certains commentaires ont voulu voir dans les mots réputés « positifs » de Trump fut en réalité une chausse-trape, après l’homélie d’autosatisfaction de l’attaque de son discours. C’est sous sa présidence, a-t-il dit, que les impôts ont tant baissé (« j’espère qu’ils ne vont pas les augmenter… »), que l’emploi a connu des chiffres sans précédent et qu’un « miracle médical » (sous-entendu rendu possible par les milliards octroyés à la recherche vaccinale) a vu le jour, un vaccin (et bientôt trois) « en 9 mois au lieu de 9 ans » (mais dont, apparemment, il n’a pas voulu recevoir l’injection, en laissant à l’ancien vice-président Mike Pence le soin du symbole).

« Ce que nous avons fait est extraordinaire », a conclu le discret et modeste perdant. Si tel avait été le cas, on ne doute pas que l’électorat américain, au-delà de son échec face à la covid, l’eût réélu sans ambiguïté. Voilà quand même un 45e président qui a directement poussé une foule de fanatiques à profaner le Capitole et à transformer la capitale en camp retranché. Et qui part sans prononcer une seule fois le nom de Joe Biden.

S’il faut voir le « respect de la dimension démocratique » (commentaire, entre autres, de BFMTV) dans le constat que Trump quitte la Maison Blanche sans s’y cramponner, alors c’est que la démocratie américaine est tombée, avec Trump, au degré zéro. Il faudra plus que quelques prières et quelques Bibles pour que le très catholique Joe Biden en restaure la plénitude. Il n’empêche que la cérémonie d’investiture au cours de laquelle il a prononcé un sermon, pardon, un discours, a vibré de façon remarquable dans l’air froid du Capitole. Il a promis de « réparer nos alliances », et le mot, presque mythique, a signé une ambition. Place à l’action.

 

Olivier Magnan

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