Mourir pour Donald Trump

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Biden et Harris semblent redonner à l’Amérique une légitimité perdue. Mais même sans le bouffon milliardaire, ils sont tous deux les visages d’un pays hégémonique et désormais sacrilège de ses propres valeurs.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Ashli Babbitt, une autre femme et deux hommes sont tombés au champ déshonorable d’un président états-unien déshonorant, dans leur pathétique assaut du Capitole, avec une cinquième victime, un policier de l’enceinte. Le « dieu » des assaillant·es tué·es, pendant ce temps, poursuivait son monologue absurde du gagnant éconduit. Il est directement responsable de la mort de ces quatre égaré·es convaincu·es, apparemment, que les États-Unis allaient devenir un continent communiste, au moins. Et du policier sacrifié.

Quand j’éditorialisais sans retenue en traitant Trump d’imbécile ou de sinistre crétin, j’avais reçu le commentaire d’une lectrice, Patricia, qui me reprochait de parler de Trump « sans un effort d’analyse tant soit peu objective ? Les psychopathes ne sont peut-être pas ceux que vous croyez », pensait-elle. Je serais curieux de savoir désormais où elle situe les psychopathes.
Quand Trump méprisait le virus et jetait son masque, il agissait en inconscient incompétent. Rappelons-nous toujours que la covid a tué là-bas à ce jour plus de 365 000 personnes et que 4 000 morts s’ajoutent à ce chiffre toutes les 24 heures. On aligne en Californie des remorques frigorifiques qui servent de morgues.

Quand il se mit à nier sa défaite, fût-elle d’une courte tête, Trump usa de procédés indignes d’une démocratie et sensiblement proches des républiques bananières.

Quand il en appela, carrément, à l’insurrection et à la prise du Capitole, il agit bel et bien en psychopathe. Désormais sanglant.

Il faut s’être rendu aux États-Unis, avoir compris à quel point ce symbole sacré voulu par les « pères » de la nation américaine qu’est le Capitole est intouchable – j’ai failli être appréhendé en 2010 par la police dudit Capitole parce que j’avais sorti un appareil photo dans la file d’attente des visiteurs… –, pour saisir à quel point Trump et ses hordes ont rompu une frontière intangible d’une façon qui laissera des traces.

Quand, au final, le pantin qui désormais admet qu’il quittera la Maison Blanche de façon ordonnée (une fois le saccage des bureaux disparu, sans doute !) condamne sans appel ces manifestant·es prêt·es à faire usage de leurs armes (« Les violences dont nous avons été témoins hier au Capitole étaient effroyables, répréhensibles et contraires aux valeurs américaines », osa-t-il dire), il se comporte en lâche après avoir allumé la mèche. Car c’est à un véritable appel de sa part à « marcher sur le Capitole » qu’avaient réagi ces « républicains » fanatiques, emmenés par un « chamane » illuminé.

Joseph Biden et Kamala Harris qui n’ont rien de socialistes ni de communistes, loin de là, arrivent en terrain miné pour rétablir le « great again » américain, si lui et elle le peuvent. Le dernier tweet de la trumpette hystérique (Twitter a définitivement suspendu son compte) annonçait que le milliardaire incompétent ne se rendrait pas à la cérémonie d’investiture, ultime caprice d’un gros joufflu « fired », honteusement viré par ses propres inconséquences.

Il n’empêche que, alors qu’aucune fraude n’a jamais été commise par les démocrates, ce qui les légitimise pleinement, les nouveaux petits maîtres du monde vont tenter de « refédérer » un continent américain encore coupé en deux. Trump n’a jamais été un bon président. Mais il a été porté au pouvoir par des millions de ces Américain·es qui croient encore que leurs armes personnelles sont légitimes et qu’il·elles incarnent la suprématie humaine par excellence. Le monde vit toujours à l’heure américaine et Biden et Harris veulent mordicus que ce fuseau horaire reste la référence mondiale.

Même si le bouffon repart jouer au golf, nous aurons sur l’échiquier un couple roi-reine plus présentable mais toujours aussi hégémoniste. Et nous savons désormais qu’entre Daesh et ces millions de fanatiques du dollar, du hamburger et du saccage écologique de la planète, la différence n’est plus si grande.

Olivier Magnan

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