Nos vœux au PR…

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… et à la France qui entreprend.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Existe-t-il une façon un tant soit peu plus originale de vous dire à quel point nous nous souhaitons à tous une année 2021 libérée de cet étouffoir de virus mutant ? Même si peu de signes laissent entrevoir une telle « libération » rapide…

Nous avons « le » vaccin (multiple et précipité), certes, mais pas encore la perspective que son effet – une immunité collective – se fasse sentir avant longtemps, surtout dans une France rétive. D’où l’importance de décortiquer l’allocution présidentielle du 31 décembre, une petite demi-heure pendant laquelle Emmanuel Macron s’est donné mission de profiler 2021.

Subjectivement, on a entendu un Président positif, rétabli de son amorce de covid. À bien analyser ses propos, dans leur flou comme leurs affirmations, l’on sent comme un malaise chez ce dirigeant qui pilote à vue comme il le peut, à l’image de ses homologues.

En revanche, les petites phrases de « com » sonnent comme autant d’affirmations de réussite personnelle qui ne convaincront que les médias bien-pensants.

A-t-il assuré, notamment, « les bons choix aux bons moments », ce qu’il affirme avec aplomb dès l’amorce de son propos ? C’est présomptueux. Le coup des masques inutiles aux prémices de la pandémie suffit d’emblée à relativiser cette délivrance d’autosatisfecit. La polémique naissante sur le déploiement du vaccin, efficace ou non, jette un doute sur les « bons choix ». Le refus d’augmenter définitivement les lits d’urgence ajoute à ce doute. Chaque État a bricolé comme il l’a pu sa tactique sanitaire. Qu’à l’hiver la pression de la contamination ne cède pas plus en France qu’ailleurs montre que personne ne détient la stratégie miracle. Après tout, en septembre 2020, dans son dernier classement des pays efficaces contre la pandémie, Deep Knowledge Group (un consortium d’organisations commerciales et à but non lucratif actives sur de nombreux fronts dans le domaine des deeptechs et des technologies de pointe) positionne l’Allemagne, la Nouvelle Zélande et la Corée du Sud aux trois premières places de l’efficacité. « La France arrive très loin derrière. »

Une part de l’allocution présidentielle s’est contentée d’une promesse globale et volontariste à l’endroit de la « culture, du sport, de la restauration, de l’hôtellerie, du tourisme, de l’événementiel et des étudiants » : « Nous serons là », affirme celui qui a bénéficié, comme toute l’Europe, du rachat des dettes souveraines de la Banque centrale européenne et qui annonce « bâtir des réponses » pour « ne pas en faire un fardeau pour les générations futures ». Peut-on exprimer l’idée qu’il est heureux de savoir que les instances de décisions françaises « seront là » ? Peut-on exprimer la remarque qu’au-delà de pareille évidence pour un dirigeant de nation, il nous faudrait désormais entendre de lui une parole plus concrète ? Peut-on douter que le fardeau de la dette échappe par miracle aux « générations futures » ?

Autre prise de distance : Emmanuel Macron a, comme il le lut sur son prompteur, « su convaincre l’Allemagne et l’Europe du plan de relance unique et massif » (750 milliards d’euros) qui va profiter aux États de l’Union. Outre qu’Angela Merkel a bien dû se convaincre toute seule, ce plan de relance « le plus massif » ne profite pas même au représentant de celui qui se serait montré convaincant : l’Italie à elle seule tire beaucoup plus que la France avantage de la relance tarifée européenne.

Quant à la « relance plus forte qu’ailleurs », elle se montre à son tour toute relative et ne s’analyse pas seulement en points de PIB.

Toute cette réfutation du discours présidentiel n’est pas un message de désespoir. Il tend seulement à montrer que l’on attend d’un président de la République qu’il ne nous rappelle pas qu’il est le meilleur, mais qu’il agisse pour le meilleur. La France doit désormais se redresser dans une solidarité planétaire qui sera la bonne réponse face à cette pandémie en quelque sorte restauratrice d’un front commun. En ce sens, Emmanuel Macron a contribué à cette solidarité européenne sans qu’il se croie obligé de sous-entendre qu’il l’a conquise de faute lutte. C’est cette mission que chaque président·e responsable devrait s’assigner, sans velléité de prééminence. Et à cette fin, s’appuyer encore bien plus qu’il ne le montre sur l’énergie par excellence, celle qui entreprend, innove, balaie, reconstruit.

Olivier Magnan

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