L’histoire de mon “imbécile”

Temps de lecture constaté 2’30

L’incident de la désignation de l’ancien international Webo par sa couleur mérite une bonne leçon, celle que j’ai vécue.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Propos racistes ?

Le 4e arbitre de la rencontre PSG-Basaksehir est accusé, conspué, vilipendé et sans doute sanctionné à terme si l’enquête détermine qu’il est l’émetteur desdits propos (ce qui n’est pas encore certain, selon Le Figaro). La raison : il aurait désigné à l’arbitre principal l’attitude « véhémente » sur un point d’arbitrage de l’entraîneur-adjoint du club stambouliote, l’ancien international camerounais, Pierre Achille Webo, qui laissait parler, exagérément, sa fougue partisane. Le drame serait que faute, peut-être, de connaître son nom ou de s’en rappeler, ledit arbitre ou un adjoint l’aurait désigné par la couleur de sa peau : Negru, le Noir, en roumain. Comme le confirme la ministre des Sports française d’origine roumaine, Roxana Maracineanu, le vocable, malgré son assonance, ne porte pas la charge 100 % raciste de « nègre ». Il désigne une personne dont la peau est noire.

Si le propos est raciste, en soi, et si Webo a raison de rappeler que l’on ne désigne que rarement un individu caucasien sous l’intitulé de sa couleur de peau, le Blanc, la Blanche, il n’était sans doute pas volontairement rabaissant de la part de l’auteur du mot qui ne cherchait qu’à désigner le coupable, à ses yeux, d’un comportement déplacé en touche. Du moins pas consciemment raciste. Il n’empêche qu’il est haïssable de désigner quelqu’un par sa couleur et que ce « réflexe » venu de la nuit des temps doit être banni.

Je l’ai appris à mes dépens. À 18 ans. Alors que je racontais lors d’un déjeuner d’ami·es que je venais d’essuyer les menaces physiques d’un automobiliste agacé, j’ai dit quelque chose comme « Le type, un Maghrébin, a fait le geste de me frapper… » L’un des jeunes gens autour de la table me dit : « Ce n’était pas un Maghrébin ». Un peu surpris, je lui réponds que je ne connaissais pas véritablement la nationalité du rouspéteur, Algérien, Marocain, Tunisien ? Et cette personne, je m’en souviendrai à vie, me dit : « C’était un imbécile. »

Silence. Prise de conscience. Je n’ai plus jamais désigné un inconnu par sa couleur ou sa nationalité a priori. À telle enseigne que des années plus tard, alors qu’un voleur à la tire venait de m’arracher mon portable, je n’ai pas voulu décrire cet agresseur par sa couleur et mon dépôt de plainte n’a pas abouti faute de l’avoir désigné comme « noir ». Il aurait pu appartenir à quelque ethnie que ce soit, c’était un agresseur, un voleur, point.

Il aurait fallu que l’auteur de la désignation de Webo par l’épithète de couleur ait vécu la même prise de conscience. Ce ne fut pas le cas. Si racisme il y a de sa part, il fut de nature infuse, induit par des siècles de ce racisme à fleur de peau que l’on n’a pas encore réussi à éradiquer.

Un vœu : que chaque professeur des écoles raconte à sa classe mon anecdote de l’« imbécile ». Que chaque parent ait à l’endroit de ses enfants la même attitude que celle de l’ami salvateur qui m’a mis au pied de cette sorte de xénophobie réflexe qui m’habitait à 18 ans.

Car Webo, que l’arbitrage roumain ne pouvait désigner par sa couleur, méritait sans doute quand même son carton rouge.

Quoique… Ai-je le droit de qualifier de rouge un pauvre malheureux carton ?

Olivier Magnan

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.