Du discours ambitieux aux financements publics douteux, contradictions dans la transition (énergétique)

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D’un côté, un discours de l’État toujours plus volontariste et engagé en faveur de la transition énergétique, de l’autre des financements publics de projets d’énergies fossiles et polluantes. Cherchez – et trouvez – l’erreur.

Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

Le serpent qui se mord la queue. La métaphore est toute trouvée pour qualifier un état de fait pour le moins… paradoxal. Ou plutôt révélateur. La transition écologique et énergétique, érigée en enjeu majeur par Emmanuel Macron et son gouvernement, fait face à des freins et à des projets antinomiques toujours aussi nombreux. Et fruits de l’action publique.

La transition écologique comme objectif stratégique, c’est l’un des mots d’ordre du plan de Relance du gouvernement. 30 milliards d’euros sont exclusivement consacrés aux « investissements verts », ceux qui visent à décarboner l’économie (- 40 % d’émissions de carbone d’ici à 2030) et à opérer la transition énergétique, notamment dans le secteur du bâtiment. Jusqu’ici, tout va bien, le discours gouvernemental et le plan de Relance collent avec les impératifs de « relance verte » et les travaux de la Convention citoyenne pour le climat.

La tendance de l’encouragement à la transition fait son trou dans le discours public ces derniers mois. Remplacement progressif du Crédit d’impôt transition énergétique (Cité) par une prime de transition énergétique, nouvelle réglementation pour les logements neufs pour bannir peu à peu l’utilisation du gaz… Les mesures se multiplient. Le gouvernement l’a bien compris, en attestent les dernières élections municipales, les enjeux écologiques, c’est vendeur.

Mais, car il y a un mais, en coulisses, l’action publique est tout autre. La transition énergétique et l’objectif de neutralité carbone c’est bien beau, la cause écologique comme pilier du plan de Relance, c’est bien sympa, mais les affaires restent les affaires. Pendant que nos ministres prônent à tout va que ce gouvernement est celui de la transition écologique, l’État français continue de financer des projets d’énergies fossiles, via des banques publiques.

Il est loin le temps où Emmanuel Macron portait un message ambitieux devant l’ONU : « Les grands pays de ce monde doivent arrêter de financer de nouvelles installations polluantes dans les pays en voie de développement ». C’était en 2019.

Le gaz offshore du Mozambique et le controversé projet Coral South, mené par le groupe parapétrolier franco-américain TechnipFM : dernière folie de l’investissement public. Ce projet bénéficie non seulement d’une garantie à l’export émise par Bpifrance, banque publique de financement des entreprises présidée par la Caisse des dépôts, à hauteur de 450 millions d’euros, mais aussi d’un soutien de la Société de financement local (Sfil), une autre banque publique, à hauteur de 148 millions d’euros.

Coral South est un vaste projet d’extraction de 3,4 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) par an. Il vient s’ajouter à une série de projets lancés au Mozambique, à l’instar de Mozambique LNG (le sigle GNL en anglais), piloté par Total et soutenu par Société Générale et Crédit Agricole.

L’État français, car c’est bien lui dont il s’agit, assure donc une participation de quelque 600 millions d’euros à un projet gazier au large du Mozambique. Une enveloppe qui représente environ un dixième du coût total de Coral South (7,4 milliards). Outre la masse considérable d’émissions de gaz à effet de serre qui sera générée, et donc (mal) digérée par l’environnement, Coral South inquiète également les ONG pour les drames humains qu’il provoquerait. Déplacements de populations et décès d’ouvriers…

Pour autant, Bercy et les banques publiques se défendent. Leur participation n’est pas en contradiction avec le discours officiel, l’objectif de sortir du gaz naturel en 2035 et d’atteindre la neutralité carbone reste inchangé. Faire deux pas en arrière puis un pas en avant, curieuse stratégie… Il y a le discours et il y a les actes. Comme dirait Magritte, « Ceci n’est pas une pipe », mais bien une représentation.

Adam Belghiti Alaoui

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