Rester positif dans une période pourrie

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Les projections de mon confrère d’Usbek et Rica.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

« Peut-on rester positif dans une période pourrie ? » Quand mon confrère Thierry Keller pose la question dans Usbek et Rica, je saute sur son papier. C’est la question que je me pose au terme du nième éditorial critique contre tout : le virus, les mesures incohérentes, les soubresauts d’un Trump pas encore prêt à regagner sa tour et son business.

ÉcoRéseau Business, après tout, se veut optimiste, comme l’a conçu son créateur, Jean-Baptiste Leprince. Mais pas d’un optimisme béat devant toutes les hérésies. Le long papier du journaliste marqué au coin du bon sens a le mérite de ne pas rêver à un monde post-covid vacciné où un peuple discipliné et un exécutif averti corrigeraient les défauts par lesquels la pandémie s’est infiltrée : réserve de masques, surplus de lits de réanimation, davantage de médecins et de personnels soignants au nom de ce calcul simple : le coût de la surabondance sanitaire serait compensé par le barrage efficace contre une nouvelle pandémie (réputée inéluctable).

Keller, qui ne renierait sans doute pas cette anticipation positive, propose une autre vision : « Cette période est propice à redonner ses lettres de noblesse au progrès. » Pas celui, poursuit-il, qui détruit la planète, qui profite au pourcent le plus riche et au « mâle blanc ». Ou qui autorise l’économiste Jean Arthuis à « chiffrer » le coût d’une vie humaine pour la collectivité : 6 millions d’euros ! Thierry Keller et son magazine travaillent désormais avec des entrepreneurs qui œuvrent avec des scientifiques, effet ++ de la pandémie. La numérisation, l’« amazonisation », comme dit mon confrère, les visios orchestrées par Teams, Zoom ou même le pionner Skype constituent bel et bien un progrès « boosté » par le besoin. Que l’avion devienne une option exceptionnelle, que l’on ne travaille plus cinq jours sur sept, que les fashion weeks se fassent plus rares, autant d’inductions positives pour lui qui ne comptabilise pas les chômeurs nés de ces bouleversements, les métiers s’adaptent, les technologies ont besoin de cerveaux et de technicien·nes. J’ajoute : projetons-nous dans des villes très verniennes où des véhicules non polluants collectifs, confortables, accessoirisés à la demande, disponibles à tout moment, sillonneront les villes, guidés de façon infaillible par l’IA urbaine. Les villes vidangées du premier confinement auxquelles succèdent les cités saturées suscitent de telles images… de progrès. De même, sur le plan politique, mon confrère rêve d’un « mélange de décisions venues d’en haut et de responsabilités individuelles », un peu mon propre plaidoyer

Je « rêve » avec lui d’un vote à l’américaine, par correspondance, par vote certifié en ligne, pour atteindre des taux de participation qui refléteraient enfin le vrai élan de tout un peuple. Et je partage son choix nietzschéen du rire, fût-ce au détriment du confinement ou des prophètes. « Le rire fait fuir la peur qui nous étreint », écrit-il.

Suscitons nos propres utopies, réveillées par les confinements et les refus du comme avant. Une façon de « rester positif dans une période pourrie ». Et vous, vos idées ?

Olivier Magnan

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