Éditorial américainement incertain

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Et le gagnant est…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Le sort des États-Unis (et donc du monde) ne s’est pas joué la nuit dernière, Biden n’est pas « President elect », mais Trump pas encore réélu, cet éditorial n’est décidément pas « à jour ». Les deux candidats sont au coude à coude, les deux se disent optimistes. Nous sommes restés « à l’écoute » dans la nuit pour deviner au mieux si les quatre années catastrophiques de ce président incompétent ne seront pas reconduites. Mais le scénario redouté est plus que jamais possible.

Le système électoral américain, rappelons-le, passe par des « grands électeurs » dans chaque État de l’Union, et ce système parvient à contredire la simple majorité des voix exprimées par l’american citizen. Trump fut élu avec deux millions de voix de moins qu’Hillary Clinton. Ce scrutin indirect laisse la possibilité à ces grands électeurs élus par les citoyens de ne pas voter pour le candidat qu’ils·elles étaient censé·es élire. En cas de majorité parmi les grands électeurs pour tel ou rel candidat, c’est la totalité de ce collège électoral qui est créditée au candidat arrivé en tête (winner takes all). La raison en est historique : au xixe siècle, le président était surtout désigné par les États pour servir d’arbitre. Depuis, le pouvoir dit fédéral s’est outrageusement élargi, y compris en matière de politique extérieure. Le président américain, à l’instar du président français, dispose des coudées franches dès lors que le Sénat lui est acquis. On l’a vu à travers les détricotages systématiques des avancées d’Obama. La mise en scène de la signature « encéphalographique » des pires décisions du seul Trump à la Maison Blanche en est l’image.

Pourtant, l’encéphalogramme dudit président à la coiffure compliquée ne laisse pas augurer d’un QI très élevé.

Tout le monde sait bien que les synthèses produites par son staff dans l’espoir qu’il en tire des décisions éclairées ont du mal à susciter les connexions neuronales voulues chez ce milliardaire arrogant, hélas très proche, cérébralement parlant, de millions d’Américain·es épaissi·es dans leurs certitudes suprémacistes, primaires, grossières, d’un autre âge de pur égoïsme. C’est tout le drame de ce continent de superriches et de superpauvres qui dicte sa loi dollar au reste du monde. « Trump a échoué sur toute la ligne », déplore, dans le JDD, le Français Pascal Lamy, président du Forum de Paris sur la Paix, ex-patron de l’Organisation mondiale du commerce. Il a surtout réussi à enrichir les plus riches, propulsé la Chine, puissante de son autarcie favorisée par les droits sur son acier, son aluminium et ses composants électroniques, il a exacerbé le racisme, méprisé le multilatéralisme, échoué à limiter les ravages de la covid, s’est montré incapable de restreindre l’arsenal militaire du « petit gros », comme il l’a nommé, le dictateur nord-coréen, et j’en passe.

Il n’a pas même réussi en quatre ans à élever sa muraille de Chine entre le Mexique et les États-Unis, ces barreaux de la honte qui plaisent tant, pourtant, à son électorat.

Quelques heures pour savoir si nous aurons encore à subir cet Illuminati des complotistes qui voient en chaque président des États-Unis un membre de la Skull and Bones Society, conjuration sataniste en quête de sang humain pour régénérer la vraie nature de ses membres, des « reptiliens » extraterrestres. Eh oui, telle est l’Amérique, avec Trump pour prophète qui se dépêche de proclamer sa victoire ou… la fraude !

À 8 heures 30, bonnes gens, les dépouillements ne donnent gagnant aucun des deux Américains. Et Trump s’engage dans une contestation anticipée digne d’un dictateur africain !

Olivier Magnan

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