On l’oublierait presque mais demain, c’est jour d’élections

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Entre la droitisation alarmante de la plus haute juridiction américaine et l’imprévisibilité de Trump, l’issue du scrutin du 3 novembre fait plus d’un doute.

Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

À droite, à droite toute, à droite religieuse même. La Cour suprême des États-Unis prend un virage dangereux, à quelques jours de l’élection. Depuis le décès de la juge – progressiste –, Ruth Bader Ginsburg en septembre, les enjeux politiques autour de sa succession s’amoncellent. Donald Trump n’allait pas manquer cette occasion de politiser à sa faveur la plus haute juridiction américaine.

Le 26 octobre, la juge Amy Coney Barrett a eu le « job ». Avec le soutien de la droite religieuse et conservatrice bien entendue, et celui d’un Trump qui a bien calculé son coup en refusant d’attendre le résultat des élections pour procéder à la nomination. Comme il l’a fait durant tout son mandat, qui l’aura vu nommer pas moins d’un tiers des neuf juges de la juridiction. Pour résumer, deux juges ont été nommés par Bush fils, un par Bush père et trois par Trump. Ajoutons qu’ils·elles sont nommé·es à vie. Au secours.

Cette dernière nomination pose un amer constat : la majorité conservatrice à la Cour suprême est passée à six juges contre trois. Certes, la majorité progressiste n’a plus été vue depuis plus de 50 ans, mais jamais les conservateurs n’avaient eu autant d’emprise. Plus qu’alarmant à quelques jours de la fin du premier et, je l’espère, seul mandat de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale.

Signe de l’extrême polarisation politique et sociétale du pays, une fuite en avant signée Trump administration, le Sénat, qui confirme les candidatures à la Cour suprême, a validé la candidate d’un rien. Tous·tes les démocrates (48) ont voté contre, tous les républicain·es (52) ont voté pour. La tradition conservatrice du Sénat aura eu gain de cause. Pour le coup, et sans surprises, Trump ne s’est pas embarrassé avec les manières, la politisation de la nomination de la juge Barrett est assumée. Et exploitée. La juge est venue saluer les caméras et autres badauds au balcon de la Maison Blanche aux côtés de son cher président, juste après sa prestation de serment. Un geste fort en symbole et en conséquences, en pleine campagne électorale.

Si tout ce bazar fait tant jaser, c’est parce que la Cour suprême possède un pouvoir central et décisif dans la vie politique et judiciaire américaine. Une inhérence au caractère fédéral du pays, qui confère de fait au pouvoir judiciaire un pouvoir considérable. L’institution telle qu’elle se dessine aujourd’hui est en profond décalage avec la majorité de l’opinion, qui, je l’espère encore une fois, mettra un terme à l’embarrassante et dangereuse présidence Trump.

Pour cela, il faudra que Joe Biden obtienne les voix d’au moins 270 grand·es électeur·rices, sur 538. Oui, le Parti républicain n’a pas obtenu les faveurs du vote populaire depuis 2004, mais entre-temps il a pondu deux présidents. Et pas les plus fins qui soient (George W. Bush et Donald Trump). Sacré système électoral américain… Ces nouvelles élections américaines, à n’en pas douter, verront également leur lot de controverses quant à la légitimité des résultats. En cas de victoire démocrate et de retournement du Sénat vers une nouvelle majorité, difficile d’anticiper avec certitude le comportement et les discours des 9 juges « suprêmes ». On pourrait se rassurer en espérant que la conscience juridique et morale de ces superjuges l’emportera sur les pressions politiques. Mais ce serait donner aux institutions américaines plus de crédit qu’elles ne le méritent.

Une chose est sûre, malgré la mauvaise dynamique de Trump dans les sondages, il n’est pas possible d’affirmer la victoire de Biden. Une fois encore, le monde entier retiendra son souffle, avant de découvrir qui dirigera la première puissance économique, militaire, culturelle, politique et schizophrénique mondiale. Demain, c’est jour d’élections. Et pas des moindres.

Adam Belghiti Alaoui

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