Adieu les coronacons

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Le film d’Albert Dupontel, que déteste la critique, est bien une œuvre covidienne.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Allez voir Adieu les cons d’Albert Dupontel. Allez-y tôt pour éviter 135 euros d’amende après 21 heures, mais dans le monde si intelligent que campe notre cinéaste dépressif le plus drôle du moment, les salles de cinéma reprogramment leurs séances pour nous couvrir du couvre-feu. Affaire de programmation informatique. Un métier que connaît drôlement bien Jean-Baptiste Cuchas (qu’incarne à merveille Dupontel lui-même), cet expert de la sécurité pianoteur, capable de tout contrôler, ascenseurs d’immeubles comme extincteurs automatiques à eau, mais pas sa propre carrière. Quand il est viré par un vieux con au profit de plus jeunes, il tente de se suicider connement en se ratant complètement. À vous de rire et de pleurer aux détours des soubresauts irréels de ce conte dédié à Terry Jones, le Dupontel anglais des Monty Python, qui vient, lui, de réussir à mourir.

De rire et de pleurer car l’on rit des cons et de soi-même et l’on pleure sur l’amour et la mort comme dans tout bon film des heures difficiles. Dupontel pastiche les films d’action américains où un geek sur son écran est capable de pénétrer toutes les bases de données en « quatre clics », mais il pastiche avant tout notre vie d’humains en société tout court, suspendue aux souffrances que la morale, les lois, les polices de toutes sortes, les agences étatiques, les pollueurs, les terroristes, les grandes firmes et… les épidémies infligent à tout un chacun.

On s’étonne presque, masqués que nous sommes dans le noir, de voir ces personnages évoluer sans masque chirurgical tellement l’on n’imagine plus nos vies quotidiennes à visage nu. Mais c’est parce qu’ils sont justement masqués de l’intérieur, incapables de s’affranchir des règles qui les pilotent sans cesse et les tuent, que ces petites gens du quotidien nous apparaissent si familiers. Et pourtant, chacun va transcender sa vie de con. Suze (Virginie Effira), qui a respiré dans son salon de coiffure les particules polluantes que nous prodigue la chimie libératrice. Serge Blin, l’archiviste aveugle (Nicolas Marié), victime d’une bavure policière. Cuchas, le quinqua suicidaire, qui ne cesse de s’excuser d’avoir été pris pour un con. Je ne vous divulgâche pas la fin, trop authentiquement d’actualité pour ne pas nous persuader que Dupontel a fait œuvre de cinéaste très engagé en pleine actualité. Il nous rappelle que ce que nous vivons est la conséquence de nos « coronies » humaines. Une forme de suicide collectif. Au final très réussie.

Olivier Magnan

1 COMMENTAIRE

  1. Merci cher Olivier Magnan pour votre analyse sensible et intelligente (je crois que je vous ai déjà écrit des choses semblables…) du film Adieu les cons d’Albert Dupontel. La vie, la mort, l’amour, la folie, l’humour, on y est. Virginie Efira est belle et bouleversante Albert Dupontel est désespéré et amoureux. Eux c’est nous.
    Merci aux artistes qui nous aident à vivre.

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