Sois rebelle et ne te tais pas

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Un mouvement profond se dessine qui, un jour, «transformera radicalement le travail», sous-titre d’un livre-appel à se rebeller.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Hier soir, pour rédiger cet éditorial, minute éphémère d’un sentiment, d’une idée, d’une révolte par les mots, je n’ai pas eu envie de parler (dans l’ordre) de la covid, de Trump et de sa dernière trahison démocratique, encore moins du minus habens qui voulait mettre le feu à ce qu’il croyait Charlie Hebdo, sans que le ministre de l’Intérieur ne songe une seule seconde que les terroristes aiment bêtement les anniversaires…

Il n’y a peut-être que dans les films et les thrillers qu’un enquêteur perspicace a envie d’un pied de nez à sa routine qui va le jeter sur la bonne piste du bonheur ou d’un voleur. Un rebelle. Alors le livre qui me fait de l’œil sur sa pile des ouvrages qui m’attendent, et dont un masque cache le titre, soudain m’enhardit à parler de rébellion… Son titre, Corporate Rebels, avec, comme il se doit, le « e » de Rebels retourné par provocation typographique…

Il existe de par notre monde d’entreprises lissées, hiérarchisées, processisées, convenues, allergiques à la surprise, tout un foisonnement de boîtes pas comme ça. Des boîtes ouvertes, brutes de fonderie, des boîtes sans murs, sans plan préconçu, parfois sans patron. Et ce livre signé par deux Hollandais volants aux noms si poétiquement néerlandais, Joost Minnaar et Pim de Morree, les décrit, ces non-boîtes, au nom du mouvement qu’ils ont impulsé, Corporate Rebels, « mouvement mondial pour transformer l’entreprise et le travail ». À l’heure où un virus aveugle s’ingénie à nous le transformer, notre travail salarié hérité de méthodes du xixe siècle au moins, cette lecture de « pratiques pionnières des 4 coins du monde » me réconcilie avec la pensée de rupture. C’est tellement bon.

Nos rebelles ont tellement sillonné le monde pour voir s’il existait plus rebelles qu’eux qu’ils s’offrent le culot de nous donner des conseils, rebelles bien sûr. Des exemples pour patrons pas cons :

  • Expérimenter sans peur : just do it ! « Pour lutter contre la paralysie analytique qui sévit dans le monde de l’entreprise, rien de tel qu’agir. » Une idée ? Lancez-vous, qu’ils écrivent. Chez Nearsoft devenu Encora, une « boîte » qui booste les entreprises, on essaie sans arrêt. Et ça finit par marcher.
  • Rompre le cycle budgétaire. Ils préconisent d’en finir avec des objectifs fixes. Même une banque, Handelsbanken, avec ses milliers d’employé·es, s’en tient désormais à des planifications et des prévisions minimales. Et ça fonctionne plutôt bien.
  • Créez, écrivent-ils, un environnement propice aux échecs. « Échouez avec brio. » Ils disent : « Ça ne vous viendrait pas à l’idée de réprimander un enfant qui tombe alors qu’il apprend à marcher… » (voire, il doit exister des crétins qui le font !). Les rebelles organisent des « réunions de fiascos » où l’on apprend, paraît-il, beaucoup, et je suis sûr que c’est vrai.
  • L’expérimentation participative en est la conséquence : des entreprises, comme Haier, conglomérat chinois, dont le siège se situe à Qingdao, en Chine, dont les deux spécialités sont l’électroménager et les téléviseurs, a ouvert une plate-forme où les employé·es essaient sans cesse « quelque chose de nouveau ».
  • C’est enfin l’heure des rebelles, écrivent Minnaar et Morree : Spotify a recruté des « rebelles à plein temps, une équipe dont le seul but est d’expérimenter de nouvelles solutions ». Il paraît même qu’en Belgique, une antenne régionale du gouvernement pousse ses employé·es à consacrer 15 % de leur temps à travailler sur ce qu’ils veulent.

Votre premier geste rebelle pourrait consister à vous procurer ce livre. Ou le voler, parce que la propriété, c’est le vol, mais le geste n’est guère créatif, la rébellion n’est pas marxiste. Reste à imaginer à quoi pourrait ressembler un gouvernement qui pousserait ses ministres à expérimenter sans peur et traiter le Sars-CoV-2 comme il se doit, un ovni, objet viral non identifié qui se passerait des comités scientifiques et des tests incohérents.

Oh mince, les rebelles me ramènent à la covid. Raoult le rebelle, au secours !

Olivier Magnan

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