Quel chemin, M. le Président ?

Ne fallait-il pas définir le redressement avant d’imposer le remaniement ?

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Changer de Premier ministre, pour le Président de la République, était à ses yeux une nécessité urgente. À découvrir l’homme qu’il a choisi, on comprend pourquoi : l’exécutif – Emmanuel Macron lui-même et lui seul – avait besoin d’un… exécuteur. Des hautes comme des basses œuvres. Jean Castex est sûrement la crème des hauts fonctionnaires, dévoué et efficace, mais à l’évidence, il ne surprendra pas par sa capacité à s’écarter d’un iota des intentions du président ou, au moins, à présenter ses propres pistes, à mettre en musique ses idées dont on a vu encore aucune. La lettre de la Constitution établit que « le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Sauf à penser que « le gouvernement » se confond avec le Président, c’est le Premier ministre qui, comme en d’autres démocraties, devrait décider d’une politique. Il n’en est évidemment rien, et depuis de Gaulle lui-même.

La seule idée que le remaniement réputé important des ministres soit déjà bouclé prouve que Jean Castex a entériné des décisions déjà prises, puisqu’il n’aurait jamais eu le temps de mener à lui seul, à partir de sa nomination, ce grand jeu d’entretiens, d’arbitrages et d’équilibres. Mais s’il n’a pas choisi ses ministres, quelle autorité va-t-il, sur eux.elles, exercer, sinon à travers la présidence ? Emmanuel Macron a promis de nous dévoiler « le 14 juillet » son « nouveau chemin ». C’est tardif et symboliquement lourd pour une révolution.

Un seul chef, on y est habitué. Mais alors, ce seul chef doit manifester au moins l’urgence de dessiner « sa » France de demain, ses solutions et ses ambitions. Des millions d’entre nous vont souffrir des trois, quatre ou dix « piteuses » qui s’annoncent, quand les trente glorieuses sont désormais si loin, après que des milliers de gens sont morts d’une épidémie plus ou moins bien gérée, comme les règlements de compte annoncés – à commencer par le coup de gueule des pompiers – vont le montrer.

Recomposer le conseil des ministres n’était pas la priorité : si le pouvoir présidentiel est si sûr de lui, qu’il explique maintenant aux forces vives que sont les entrepreneur.euses, commerçants et monde agricole compris, comment nous relocaliserons effectivement, si nous embaucherons effectivement, si nous entrerons effectivement dans une transition énergétique de croissance, si nous pourrons effectivement créer des entreprises sans entraves, si la France va peser effectivement en Europe et si, effectivement, nous casserons nos rythmes d’un autre âge pour tirer pleinement parti d’un télétravail établi en ce sens. On aurait mieux compris que le scénario précède le cast(ex)ing.

Olivier Magnan

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