EELV, un succès prématuré ?

Victorieux des municipales, les écolos rêvent d’Élysée. Pour mieux déchanter ?

Geoffrey Wetzel
journaliste à la rédaction

La fameuse vague verte. Tout le monde s’y attendait, tout le monde a été surpris. Face à un taux d’abstention abyssalement faible, une droite éparpillée façon puzzle ou encore le tampon LREM estampillé effet repoussoir, les écolos sont sortis comme les grands gagnants de ces élections municipales 2020. Avec en besace de nouveaux bastions : Lyon, Lille, Besançon… et la séduction de nouveaux/nouvelles électeur.trices, bien au-delà des bobos gauchos socialos donc. Suffisant pour penser à 2022 ?

Principale faille du triomphe écolo ? Avoir gagné trop tôt. Deux ans avant les élections présidentielles de 2022, baromètre incontestable pour mesurer la force d’un parti politique. En dominant ces municipales, EELV a donné pléthore de cartouches à ses adversaires plus à droite sur l’échiquier : En Marche et Les Républicains en première ligne.

À trop vouloir polariser son identité sur l’écologie, EELV en aurait oublié de prêter attention aux paroles d’Harry Markowitz, père de la théorie de la diversification (1952). Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, aurait scandé ma grand-mère ! Trop convaincus ou trop bornés, les écologistes ont pris un virage diamétralement opposé à la risquophobie macroniste, qui elle, compte bien déjeuner à tous les râteliers.

L’écologie, au-delà d’une conviction sincère et profonde, est devenue l’instrument politique du moment. Emmanuel Macron l’a bien compris en acceptant 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat. Une des trois recalées : la limitation de vitesse à 110 km/h sur l’autoroute. Un thème pas assez consensuel, donc trop dangereux.

La percée verte a aussi donné des idées à la droite, qui a enfin compris qu’en ignorant l’écologie, elle ne pouvait entrevoir de hautes destinées. Pas plus haut que le prix d’un croissant au chocolat. Faut dire que le dernier costume vert enfilé par la droite remonte à Jean-Louis Borloo et son Grenelle de l’environnement, alors qu’il était ministre de l’Écologie (2007-2010) dans le gouvernement Fillon, sous la présidence Sarkozy. Des lustres !

De là, Les Républicains ont déjà démarré leur campagne pour 2022 : « Je crois profondément au développement durable », Jean-François Copé, Maire de Meaux, « on peut être de droite et porter des valeurs écologistes fortes », a fait remarquer Damien Abad, le patron des députés LR. Même son de cloche du côté de Valérie Pécresse : « On peut être écologiste et on peut être de droite. » Inversez les mots, ça marche aussi. Ou encore : « Je souhaite qu’une droite urbaine écologique s’affirme », a révélé Geoffroy Didier, député européen. On y est, l’écologie a changé de camp à la vitesse d’un service signé Novak Djokovic. Sans covid bien sûr.

Une usurpation d’identité qui pourrait coûter cher au mouvement écologiste, qui lui, se montre bien trop peu présent sur le terrain de jeu de ses principaux opposants, à commencer par le régalien. D’ici peu, EELV devra aussi être capable d’afficher une feuille de route qui sort des sentiers battus, sous peine de subir le même revers de médaille qu’a enduré Benoît Hamon en 2017.

Ultime défi pour les Verts : soigner la schizophrénie de beaucoup de nos concitoyen.nes, partagé.es entre le désir d’une « transition énergétique et environnementale accélérée » et le mécontentement d’une inflation « des produits made in France », a soutenu Geoffroy Roux de Bézieux lors d’un déjeuner-débat au Cercle Interallié. Pour EELV, la course contre la montre a débuté. À bicyclette bien entendu.

Geoffrey Wetzel

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