Historique partie de campagne élyséenne

« Oui » à 146 propositions engageantes pour la transition énergétique. Le Président Macron a intérêt à tenir ses promesses…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il faisait beau ce jour-là. Une légère brise dans les cheveux d’un président rayonnant. Cent cinquante « citoyen.nes » attentif.ves sur des chaises de jardin. Tout aussi attentif.ves, le Premier ministre rentré du Havre réélu et la secrétaire d’État à la Transition énergétique, la franco-américaine Brune Poirson qui, la veille, avait craqué chez BFM TV face au représentant du Rassemblement national : « J’aurais dû venir avec une paire de couilles et les poser sur la table, comme ça peut-être que j’aurais eu le droit de parler… »

Ambiance.

On aurait dit le premier jour d’après. L’homme du « chemin nouveau », Emmanuel Macron, a validé 146 des 149 propositions de la Convention citoyenne mise en place en octobre 2019, quand il n’était alors question que de faire confiance à la démocratie délibérative pour trouver des solutions à la transition énergétique, l’automne d’avant la crise.

Grande première. Un gouvernement qui ne s’érige pas en décideur tout-puissant des destinées du pays ! Un président qui ne se donne le droit que de récuser trois propositions. Et qui approuve tout le reste, y compris le crime d’écocide (d’ici à ce que l’Union l’approuve…). Et pour faire bonne figure, à une époque où l’on ne compte plus, allez, 15 milliards pour la transition (euh, au vu du programme, vraiment, il faut y croire ?).

Quelle sorte de moment de grâce ou de duperie avons-nous donc vécue ? Pour qui, ces applaudissements que l’on croit spontanés, nés parmi ces Français.es incrédules à l’écoute de celui qui était en train de leur dire : « Vous avez bien travaillé. J’accepte toutes vos propositions, à l’exception des trois jokers que je me suis réservé. »

Décrets, débats parlementaires, référendum (en 2021) : la France a-t-elle hier vécu un moment historique ? Nous le saurons au prochain épisode, quand le Président ira devant ses pairs européens plaider les propositions qu’il estime relever de l’Union. Et quand sa majorité écornée votera les propositions sans les vider de leur substance, comme nos député.es savent si bien le faire…

À quoi s’est refusé Emmanuel Macron ?

Premier joker : ne pas inscrire dans le Préambule de la Constitution (« La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité »), ce qu’il accepte de voir figurer dans l’article premier : « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique. » Au prétexte que la Nature n’est pas supérieure à l’Homme, ce que ne dit pas le texte. On attend les exégèses des spécialistes !

Deuxième joker : pas de limitation généralisée à 110 km/h sur les autoroutes en France. Moment magique : la Convention elle-même applaudit au retoquage de sa propre audace ! Lâche soulagement des 74 % de Français.es arcbouté.es contre une telle mesure et protestations indignées des écologistes fraîchement adoubés aux élections municipales.

Troisième joker : pas de 4 % de taxe sur les dividendes, gage à la droite et au Medef après tant de « oui » substantiels qui vont impacter nombre d’entreprises et de secteurs.

29 juin 2020. L’épidémie cède. Macron agrée un programme qu’aucune nation n’a jamais décrété. La France connaît sa première expérience de démocratie délibérative depuis les cahiers de doléances d’avant la Révolution.

Trop beau pour être vrai ?
Ah, pourquoi tant de doute…

Olivier Magnan

Les intitulés des 149 propositions initiales

  • Institutions
    > Réviser la Constitution
  • Se loger
    > Contraindre les propriétaires et les bailleurs à rénover
    > Limiter la consommation d’énergie
    > Lutter contre l’artificialisation des sols
  • Alimentation
    > Garantir une alimentation durable
    > Pêche durable
    > Une autre politique commerciale
    > Informer les citoyens sur l’alimentation
    > Réglementer les additifs alimentaires
  • Légiférer sur le crime d’écocide
  • Consommer
    > Afficher l’impact carbone
    > Réguler la publicité
    > Limiter le suremballage
    > Éduquer à la consommation responsable
    > Contrôler les politiques environnementales
  • Se déplacer
    > Modifier l’utilisation de la voiture
    > Réduire les transports routiers de marchandises
    > Vers un parc plus propre
    > Mieux organiser les déplacements
    > Limitation des effets néfastes du transport aérien
  • Production et travail
    > Transformer l’outil de production
    > Transformer l’emploi
    > Renforcer les exigences environnementales

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