EcoRéseau Business n°51

L’Etat dans tous ses états…

Philosophe et magistrat français, Jean Bodin est l’un des premiers théoriciens de l’Etat moderne. Dans les Six Livres de la république (1576), Bodin dégage une conception politique de la souveraineté de l’État, perpétuelle et absolue, indissociable de l’indépendance. Centralisation du pouvoir, exercice des prérogatives régaliennes dont celle de battre monnaie, sécurité aux frontières (très mouvantes)… L’ensemble de ces missions étaient rattachées à l’Etat. Mais de nombreux domaines tels que l’assistance aux pauvres, les soins de santé, l’éducation n’étaient pas l’apanage de l’appareil d’Etat. Ce n’est que bien plus tard que l’Etat s’empare de la protection sociale (cf. Rétropective). Force est de constater que la notion même d’Etat-providence relève de la critique au XVIIIe siècle pour désigner l’empiètement de l’Etat sur de nouvelles missions voire même du mythe réactionnaire aujourd’hui à grands coups de « c’était mieux avant »… De cet effort de délimitation du périmètre d’actions de l’Etat, découlent de nombreuses théories sur l’avenir de ses missions. Verra-t-on un jour l’éducation se libéraliser comme au Royaume-Uni ? Les entreprises prendront-elles le relai de l’Etat comme c’est le cas en Inde où certains conglomérats sont à l’initiative de la création de villes nouvelles où police et distribution énergétique sont gérés comme filiales de ces conglomérats (cf. International). Observera-t-on en France l’abandon de l’Etat sur la question de la gestion des infrastructures de santé… pour confier la patate chaude au milieu associatif comme tel est le cas au Brésil où la gestion des lits d’hôpitaux relève des associations évangéliques ? L’actualité sur notre réseau ferré n’en est-elle pas les prémisses ? La collusion entre entreprises et Etat est aujourd’hui exacerbée. Mais pour quel résultat ? D’autant que nos élites, autrefois enseignants, avocats, journalistes sont aujourd’hui tous sortis d’HEC et de l’ESSEC avant de passer à l’ENA comme le souligne dans ses recherches Pierre Birnbaum, professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cette collusion se traduit aujourd’hui par l’idée que les méthodes du privé vont guérir l’Etat et son administration de ses maux structurels. De la médiocrité de son service public qui continue à creuser les inégalités sociales à l’Education nationale et qui perpétue des apparatchiks de l’administration pour un service inefficace dans la recherche d’emplois… Les critiques vont à vau l’eau.

L’Etat empreinte de nouvelles méthodes de travail du privé et, auréolé de l’esprit start-up, se modernise, mais à quel prix  (cf. Grand Angle) ? à celui de faire de l’usager un client ? Tendance qui se passe aujourd’hui dans les stades de football (cf. Partie Société spécial Mondial de Russie). L’aficionado du ballon rond n’est plus aujourd’hui un supporter venu se divertir. Il est devenu un client qu’il s’agit de fidéliser toute l’année même quand son équipe perd autour de la marque qu’elle incarne… Une vraie question demeure cependant. Peut-on polir les méthodes libérales et les adapter à l’intérêt général ? Le design thinking (cf. Manager autrement) ou le management inclusif (cf. Carrières et talents) sont autant de démarches tout à fait appréciables dans le cadre du service public.

Mais gardons espoir, car de nouveaux hérauts nous le prouvent en faisant de l’entrepreneuriat un engagement pour la chose publique, comme l’illustrent Joséphine Goube, fondatrice de Techfugees (Cf. Electron libre), ou l’association Enactus (cf. Réseaux et influence) qui fédère dans le monde des dizaines de milliers d’entrepreneurs sociaux.

Jean-Baptiste Leprince
Fondateur & directeur de la publication

Geoffroy Framery
Journaliste EcoRéseau Business

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