EcoRéseau Business n°46

Mythologie 2.0

Père de l’Histoire, Hérodote, nous enseignait que la discipline scientifique avec un grand « H » prenait vie d’abord en racontant des histoires en minuscules. Dit autrement, il s’agissait de sacrifier partiellement l’objectivité des faits. Et d’en finir avec la froideur du factuel grâce à l’adoption d’un schéma narratif permettant d’enjoliver une histoire. Bienvenue dans le registre de l’émotionnel. Lecteurs avisés, car friands d’EcoRéseau Business, vous seriez tentés de penser toutefois que vous n’avalerez plus jamais de couleuvres. Pourtant en 2017, les héros et les mythes existent toujours. Elon Musk veut coloniser Mars lorsque la Terre sera devenue invivable. Et les chasseurs de dragons perdurent comme l’illustre Emmanuelle Champaud, notre électron libre de cette fin d’année, qui se repait de chimères grâce à sa solution à bas coût d’auto-partage électrique. Pourquoi donc ce besoin généralisé de raconter des histoires ? Peut-être comme Ulysse ne retrouvons-nous pas notre chemin dans l’océan de la Toile. Les entreprises, les politiques et les start-up cultivent alors le besoin d’ancrer des images fortes, d’amarrer durablement les esprits en proie à leur odyssée numérique. Les entreprises n’ont saisi que trop récemment l’impérieuse nécessité de se mettre en scène comme l’explique notre « Rétrospective ». Le « Grand Angle », lui, examine le storytelling qui consacre aujourd’hui de nouveaux héros qu’ils soient politiques, comme le prouve la seconde victoire d’Obama, « seul » capable d’assurer le salut de l’Amérique, ou qu’ils soient économiques. Souvenez-vous du Père Noël de Coca… On raconte donc des histoires pour vendre, mais on raconte aussi des histoires pour se vendre. Le personal branding, décrypté en « Manager autrement », bien exploité, permet de renforcer sa marque employeur et de mettre en valeur les profils atypiques. Aujourd’hui, tout est donc prétexte à devenir une marque. Une manière de nous considérer et de considérer ce qui nous entoure qui pose légitimement la question de l’avenir de notre moi numérique. Prendra-t-il le dessus sur notre identité classique et serons-nous un jour tous notés et conséquemment orientés vers telle carrière ou tel prêt bancaire ? Le branding ne semble avoir aucune limite comme l’illustre la dystopie glaçante dépeinte dans la série Black Mirror. Le droit pourra-t-il un jour rattraper le wagon de l’innovation pour poser certaines limites et éviter le pire ?

A en lire « l’Hexagone », on peut croire à ce miracle car la notion d’écocide est en train de gagner du terrain. Une des dernières innovations juridiques qui reconnaît la nature en tant que personnalité morale. Le droit est donc ce levier qui assied les nouveaux usages comme en témoigne également notre « Haute Résolution » sur les accords d’entreprise qui doivent être pris dans le cadre du télétravail. Dans ce contexte mouvant, l’entrepreneur doit donc forcer son destin tout en optimisant au mieux sa période de time-to-market, comme l’illustre notre « Une » du club entreprendre. Et si le forcer revenait aussi à le mettre en scène et à raconter son histoire, sa genèse, pour créer de l’engouement dès avant le lancement du MVP (Minimum Viable Product) ? Une histoire pour transporter ses premiers investisseurs, une histoire pour faire de ses premiers clients les hérauts de sa nouvelle marque.

Jean-Baptiste Leprince
Fondateur & directeur de la publication

Geoffroy Framery
Journaliste EcoRéseau Business

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