EcoRéseau Business n°38

« L’art naît de contraintes… » (Michel-Ange)

Mansukhbhai Prajapati était un simple fabricant indien de jarres traditionnelles, jusqu’à ce qu’un tremblement de terre détruise son business. Pour survivre l’artisan potier a eu l’idée de concevoir un réfrigérateur à base d’argile 100% écologique, refroidissant sans électricité les aliments, grâce à un petit réservoir stockant de l’eau fraîche qui s’évapore. Un exemple d’innovation frugale, dans le sens où elle est issue d’une contrainte – celle de la rareté de l’électricité et de l’argent –, et où le produit délivre un résultat efficace sans utiliser de ressources énergétiques. Le « More with less for more » est né en Inde, dans la pure tradition Jugaad – fais avec ce que tu as, réutilise, bricole et n’abandonne jamais – théorisée par Navi Radjou, consultant spécialisé dans la Silicon Valley. Dans le sous-continent, on a très tôt appris à entreprendre en tenant compte d’une myriade de contraintes comme les pénuries d’argent, d’approvisionnements, d’énergie ou de ressources humaines qualifiées. Alors que la fin de l’abondance devient une réalité, l’approche d’innovation frugale constitue un modèle pour nos entreprises, et particulièrement nos start-up promptes à repenser le système. L’Enquête liste les champions de la discipline, qui ne font pas de low cost mais inventent pour faire des économies, sans tergiverser sur le résultat. Pour proposer la voiture à 2000 euros, l’ordinateur à 200 euros ou le smartphone à 20 euros en utilisant moins de ressources, et sans faire du simple bas de gamme, il faut jouer de créativité. Partir des réels besoins et travailler « à reculons », démonter le produit pour aller à l’essentiel, et le remodeler de manière plus frugale et efficace. Une approche peu naturelle pour les Occidentaux, plutôt portés sur l’ajout de nouvelles caractéristiques et technologies inconnues. Les nouveaux concepts ne partent plus seulement des tours de verre de New York, Paris ou Tokyo. Renault ou Vodafone envoient d’ailleurs de hauts cadres se familiariser avec ces modèles dans les pays émergents. L’économie de la connaissance, développée en Grand Angle, constitue une aide constante et précieuse pour les tenants de cette approche, qui peuvent aussi s’inspirer de la nature pour revisiter l’identité des produits et machines sans utiliser de ressources, comme le Prospective le démontre. La démarche est complexe, mais le jeu en vaut la chandelle, avec comme rendu des produits robustes, faciles d’utilisation, pourvus parfois des technologies les plus récentes, et surtout peu ou pas énergivores. La liste des candidats aux Trophées Optimistes qu’EcoRéseau Business remettra le 18 mars au Conseil économique et social lors du Printemps de l’Optimisme – Electrons Libres comme Cultures du Rebond – prouve que nombre d’entrepreneurs évoluent déjà dans l’ère de la rareté et en font une force. Bonne lecture !

Julien Tarby

Jean-Baptiste Leprince

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