EcoRéseau Business n°19

Les barbares et les cailloux

Quel est le point commun entre le dirigeant de BlaBlaCar Frédéric Mazzella, le fondateur de la start-up PhageX qui imagine les antibiotiques du futur Xavier Duportet, le cofondateur de la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank Vincent Ricordeau, l’administrateur général des données publiques de la France Henri Verdier ? Tous sont membres du fameux collectif des « Barbares ». Ils ont entre 30 et 45 ans et bousculent le système… Créateurs de start-up, artistes, chercheurs, innovateurs, développeurs informatiques, généticiens, profils atypiques… ils aspirent à bousculer les conservatismes et à inventer les solutions qui remettront le pays en marche. Selon eux, la révolution numérique a débuté il y a plus de 25 ans mais les Etats, les grandes entreprises et les autres institutions ne s’y sont toujours pas adaptés. Des esprits libres, des innovateurs qui s’emparent des nouvelles possibilités scientifiques et techniques pour en faire quelque chose d’inédit, parce qu’ils viennent de l’extérieur, parce qu’ils ne se soucient pas des conventions habituelles. Public hétérogène certes, mais partageant une même volonté de décloisonnement. Ils ont leurs troupes comme ces champions du crowdfunding (cf. A la Une) qui ont pris les nouveaux chemins de traverse du financement, ou ces auto-entrepreneurs devenus chefs d’entreprise (cf. Créer aujourd’hui) ; ils ont leurs lieux symboliques, comme La Paillasse (cf. En immersion), ce fablab où les biologistes, mathématiciens, généticiens et entrepreneurs se côtoient. Ils ont leurs gourous, comme cet entrepreneur milliardaire un peu dingue qu’est Elon Musk (cf. Electron libre). Un collectif, une armée, une religion ? Un peu de tout ça, face à des adversaires, sans surprise, assez nombreux. Ceux qui s’accrochent comme des moules sur leur rocher au paradigme ancien – celui de la société de production centralisée et des corporatismes en tous genres – n’ont pas dit leur dernier mot. En témoigne encore la récente déclaration de Nicolas Sarkozy – pour de basses raisons électorales – à propos du « caillou dans sa chaussure », ce statut d’auto-entrepreneur qui constituerait une injustice face à celui d’artisan soumis à plus de contraintes – alors précisément que tout a été mis en place durant son quinquennat, quand tout le monde avait déjà négocié autour d’une table… La ligne de front se dessine partout entre les partisans de l’immobilisme, et ceux qui ont en commun de vouloir créer un électrochoc collectif en prenant individuellement leur destin en main. Peut-être constituent-ils une future force politique ? Il importe en tout cas de choisir son camp dès aujourd’hui, y compris lorsqu’on est un media. Un autre point commun à tous ceux qui ont été cités ? Avoir été interrogés dans les colonnes d’EcoRéseau depuis deux ans….

Jean-Baptiste Leprince
Fondateur & directeur de la publication

Julien Tarby
Rédacteur en chef

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