EcoRéseau Business n°18

Éloge de la complexité

Le cas de Christophe Rocca-Serra (cf. baromètre de l’innovation), dirigeant de Tallano Technologie, est emblématique de ce qui changera notre société et sauvera la France. Cet entrepreneur issu du monde de la finance a mis au point un aspirateur à poussière fonctionnant à l’aide d’une dynamo, afin de supprimer le problème des particules fines rejetées lors du freinage des automobilistes… Tout simplement ! Les constructeurs automobiles n’avaient jamais résolu le problème parce qu’ils considéraient que ce désagrément était un mal nécessaire. Aujourd’hui tous les secteurs semblent avoir besoin d’entrepreneurs issus de divers horizons, pensant « out of the box », apportant dans leurs besaces des idées neuves pour répondre aux problématiques, trouver de nouveaux leviers et créer de jeunes pousses. Ce sont eux qui sont les mieux placés pour lever les difficultés auxquelles sont confrontées les grandes sociétés, les laboratoires de R&D, ou même l’Etat. Ce sont eux qui inventent de nouveaux usages collaboratifs pour répondre au problème des ressources qui s’épuisent (cf. Frédéric Mazzella, fondateur de Blablacar dans Regard digital), ont l’audace d’ « essaimer » dans des domaines inattendus (cf. le cyclo-plombier en électron libre) ou dans des zones géographiques éloignées (cf. les Français qui osent à l’étranger dans créer aujourd’hui). C’est pourquoi l’initiative individuelle qu’encourage EcoRéseau de ses vœux à longueur de pages est essentielle. D’aucuns craignent la trop grande liberté de ces individualités qui justement ne se posent pas de limites. Ils redoutent ces entrepreneurs qui inventent la maison intelligente en maniant les données personnelles de M. ToutleMonde (cf. la maison connectée dans le décryptage), ces blouses-blanches qui passent de la paillasse aux start-up et accomplissent des miracles en génétique, bio-impression ou data de santé (cf. La santé du futur dans le Grand Angle)… Tout cela sous le prétexte que le domaine auquel ils s’attaquent est sensible et complexe. Les ayatollahs du principe de précaution crient au loup et brocardent instamment les images effrayantes de savants fous triturant les gènes humains de manière insensée, jouant avec le transhumanisme, l’eugénisme, la quête d’immortalité coûte que coûte (cf .prospective) et finalement le feu. Mais ne doit-on pas plutôt engager le débat et poser des limites au lieu d’interdire ? La recherche du risque zéro est devenue une exigence, générant par là-même des résistances au changement et à l’innovation. La complexité fait pourtant partie de la vie. Oui l’éthique en santé est délicate à définir, oui s’interroger sur l’euthanasie revient à réfléchir à notre conception de la vie et de la mort (cf. Hexagone), oui il n’est « pas facile » d’être Président et de mener à bien des réformes… Mais est-ce que cela signifie pour autant que rien ne doit être entrepris, que la politique de l’autruche doit être scrupuleusement appliquée ? Et si nous aiguillions les énergies au lieu de les annihiler ? La prise de risque est la condition de la créativité et du génie sous toutes ses formes. Elle est nécessaire à la science, à l’entreprise qui souhaite survivre et se démarquer, à la société de demain, que nous prévoyons dynamique, maîtrisée, belle, à condition de se plonger dans la complexité. Et vous ?

Jean-Baptiste Leprince
Fondateur & directeur de la publication

Julien Tarby
Rédacteur en chef

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