Pour préparer la sortie de l’orage…

Altares chiffre les défaillances de PME et donne les indicateurs d’anticipation.

L’expert de la donnée d’entreprise Altares collecte, structuration, analyse et facilitation de la prise de décision pour les directions générales et opérationnelles des entreprises – publie chaque trimestre les défaillances d’entreprises en France. Une collecte de données malheureusement nécessaire, surtout en période de crise dont les premiers chiffres de la période covid-19 viennent de tomber, sur fond de « fragilisation inquiétante des PME ». Quels sont les indicateurs clés à surveiller dans les prochaines semaines pour anticiper au mieux les impacts de la crise ?

Thierry Millon, directeur des études Altares : « La crise covid-19 a provoqué un changement de paradigme total pour tous les acteurs économiques. Les règles ont provisoirement changé et la confusion règne, parfois entretenue à coups de slogans cataclysmiques nourris de projections chiffrées parfois discutables. La sortie de l’orage violent qui nous secoue tous doit pourtant se préparer maintenant. Alors tentons d’y voir plus clair, et sans boule de cristal ! »

Une fragilisation inquiétante des PME
Sur les 15 premiers jours d’avril, période qui marque la reprise des audiences dans les tribunaux grâce à la visioconférence, 649 ouvertures de redressements et liquidations judiciaires et 30 procédures de sauvegarde ont été enregistrées en France. À titre de référence, sur la même période d’avril 2019, on en comptait 2 738. La déferlante redoutée n’est donc pas encore là.

La fermeture des tribunaux et les ordonnances prises fin mars pour adapter les droits des entreprises en difficulté expliquent ces chiffres. Thierry Million : « À compter du 24 mars 2020, l’état d’urgence est déclaré pour une durée de deux mois pour faire face à l’épidémie. Depuis, les textes relatifs aux procédures collectives ont été adaptés. L’ordonnance 2020-306 du 25 mars, notamment, permet qu’une entreprise en difficulté puisse reporter sa demande d’ouverture de procédure collective après le 24 juin. »

Les données d’avril font cependant émerger un signal fort sur la fragilisation inquiétante des PME, en particulier celles qui étaient déjà en difficulté avant la crise. Sur la première quinzaine d’avril 2020, plus d’une défaillance sur 10 concerne en effet une PME (12 %), contre un taux de 5 % observé un an plus tôt. Les deux tiers de ces structures se trouvaient en cessation de paiements avant le 12 mars.

Les TPE – qui concentrent en temps normal 90 % des défaillances – restent logiquement les plus nombreuses (88 %), bien que ce taux soit en baisse sensible par rapport aux 95 % mesurés un an plus tôt.

À ce stade, aucun secteur d’activité ne présente de « surmortalité » par rapport à une période « normale ». La construction (22 %) et le commerce (22 %) se partagent près de la moitié des défaillances d’entreprises, devant les services aux entreprises et les cafés-hôtels-restaurants à 14 % chacun et l’industrie 9 %.

Les échéances clés à surveiller pour anticiper sur la suite
Deux échéances clés pourraient directement influer sur le rythme des défaillances. La première est celle du 24 juin, soit un mois après la fin de l’état d’urgence sanitaire. Jusqu’à cette date, la période dite « suspecte » qui permet de remettre en cause tout acte effectué par une entreprise en cessation de paiements, est mise entre parenthèses. Passé cette date, les entreprises en cessation de paiements seront tenues de demander l’ouverture d’une procédure collective.

La seconde échéance est le 24 août. Jusqu’à cette date, soit 3 mois après la fin de l’état d’urgence, l’état de cessation des paiements de l’entreprise est apprécié au regard de sa situation financière constatée au 12 mars 2020 (date retenue comme celle du début de l’état d’urgence sanitaire). Ce qui veut dire que, jusqu’au 24 août, une entreprise pourrait ne pas être considérée en état de cessation de paiements si elle ne l’était pas au 12 mars.

Thierry Millon : « Outre ces dates clés, il sera aussi important de mesurer les effets des plans d’aides et de relances que les pouvoirs publics mais aussi les acteurs du privé ont déjà commencé ou pourraient encore dévoiler dans les prochaines semaines (régions, banques, assureurs…). »

D’où partons-nous ? Le nécessaire repère des données « précrise » au 1er trimestre 2020
Depuis début janvier 2020, 11 500 défaillances d’entreprises ont été enregistrées en France, c’est 6 000 de moins que sur la même période 2019.

Thierry Million : « Le nombre d’ouvertures de procédures collectives était en recul de plus de 21 % en janvier 2020 et 14 % en février. En mars, avant le confinement et la fermeture des tribunaux, le rythme changeait, les défaillances se stabilisaient difficilement (+ 0,2 %). Le premier trimestre 2020 avait donc bien démarré, en dépit des grèves qui avaient pénalisé fortement l’activité francilienne. Les TPE et les PME disposaient d’une trésorerie globalement confortable leur permettant d’être pendant quelques semaines plus résilientes face à cette crise forte et soudaine. »

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