Le cabinet Roland Berger profile le « new normal ».

Le cabinet de conseil de direction générale Roland Berger conseille les grandes entreprises internationales et les institutions publiques. Sous l’intitulé anglais de « new normal », normalité revue et corrigée, il tente de tracer les scénarios de l’avenir à court, moyen et long terme. Son rapport sur les impacts macroéconomiques en France par secteur vient de paraître.

Les grandes tendances transversales
• Consolidation et simplification des paysages sectoriels : polarisation entre acteurs efficients et inefficients et sélection des plus performants pour créer des leaders solides par secteurs.
• Numérisation : accélération de la numérisation dans tous les secteurs pour faire face aux pertes de capacité de vente et répondre aux nouveaux comportements d’achats des consommateurs.
• Prévention et résilience : approche prudentielle appliquée à tous les secteurs, qui se fonde sur le modèle de l’assurance et de la banque, postcrise de 2008 (stress test IT, trésorerie, chaînes d’approvisionnement).
• Relocalisation des productions (ou d’une partie des productions) dans les secteurs critiques pour assurer un approvisionnement sécurisé des produits essentiels lors des prochaines crises.
• Revalorisation des métiers critiques dans les secteurs de la santé (médecins et infirmières), de l’agriculture ou de la logistique.
• Flexibilité́ : adaptation des modes de travail (télétravail), de consommation (e-commerce) et de déplacement (non-mobilité, réévaluation de la nécessité des déplacements).

Les secteurs les plus touchés

  • Distribution alimentaire
    Les consommateurs favorisent l’utilisation du numérique (+161 % de trafic) en utilisant les drives ou la livraison pour ne pas avoir à se rendre en magasin. Lesquels subissent un choc d’approvisionnement pour les produits d’importation et se rabattent sur des approvisionnements locaux. L’incertitude pousse les consommateurs à se réfugier vers des prix attractifs proposés par les discounters.
    > Scénario « new normal » : il favorisera le drive, la livraison à domicile, la consommation locale et les discounters. Les grandes enseignes qui pourront assurer l’approvisionnement pendant le confinement sortiront gagnantes de la crise grâce à un regain de confiance de la part des consommateurs. L’alimentaire en ligne qui représente aujourd’hui 3 % de l’ensemble des achats alimentaires pourrait atteindre 6 % de cet ensemble. Enfin, les discounters Aldi et Lidl pourraient voir leurs parts de marché s’accroître à long terme pour passer de 8 % à 10-12 %.
  • Distribution non alimentaire
    Faute d’accès par la clientèle, elle est fortement impacté par la crise. Le report des achats vers des canaux numériques s’est fait de manière très hétérogène selon les segments. L’enjeu à moyen terme pour les acteurs du secteur est donc de trouver une solution pour résoudre les effondrements de trésorerie imminents et répondre à un enjeu d’image, nécessaire pour maintenir la relation avec les clients.
    > Scénario « new normal » : il reste incertain. La déconsommation choisie, déjà amorcée ces dernières années, pourrait s’accentuer : le retour à des niveaux de consommation comparables au contexte pré-crise pourrait prendre jusqu’à un an. Le patriotisme dans les achats pourrait aussi se renforcer. Enfin, la culture de service devrait s’accentuer pour s’aligner avec les nouvelles attentes des consommateurs : proximité, livraison, ultrapersonnalisation de l’expérience client…
  • Tourisme
    Le secteur, qui représente 7 à 8 % du PIB français, est mis à l’arrêt. Un immobilisme total pendant 2 ou 3 mois représenterait entre 30 et 40 milliards d’euros de pertes et pourrait entraîner une baisse de 40 % du chiffre d’affaires 2020. La reprise sera fortement conditionnée à la confiance des ménages. Pour cet été, il est probable que l’incertitude actuelle les mène à allouer un budget plus faible que d’habitude à leurs vacances et que les séjours soient plus courts et plus locaux.
    > Scénario « new normal » : il ne verra le jour qu’en 2021 ou 2022 et fera place à un secteur structurellement différent. Une consolidation des acteurs du secteur devrait maintenir les équilibres financiers. Les professionnels devront adapter leurs pratiques pour prendre en compte les considérations sanitaires et environnementales.
  • Transport aérien
    Le secteur complètement à l’arrêt représente 5 % du PIB français. Les besoins de financement sont tels que l’intervention de l’État est nécessaire à très court terme. À moyen terme, il est fort probable qu’une vague de consolidations déferle sur les acteurs de l’industrie en Europe, voire de nationalisations pour sauver les fleurons nationaux.
    > Scénario « new normal » : changement des comportements sur les segments « tourisme » et « affaires ». Le premier mettra du temps à se remettre en route (perte de pouvoir d’achat et de confiance des voyageurs). Celui des affaires sera impacté par la remise en question de certains déplacements par les entreprises, qui auront expérimenté le télétravail et la vidéoconférence lors du confinement. Ces nouvelles politiques de « non-mobilité » pourraient, sur le long terme, impacter de manière significative les recettes du secteur.
  • Automobile et mobilité
    À court et moyen terme, le secteur (5 % du PIB français) est largement touché par la crise. La chute des ventes sur les véhicules neufs devrait se poursuivre après la levée du confinement car les consommateurs repoussent généralement ce type d’achat en période d’incertitude. Les recettes liées à la maintenance des véhicules seront également impactées, puisque le confinement provoque un arrêt quasi total de la circulation.
    > Scénario « new normal » : à plus long terme, il dépendra des décisions prises sur les quotas d’émissions de CO2 sur le plan européen lors des prochaines semaines. S’ils sont maintenus, un besoin fort de développement de voitures électriques sera requis pour les constructeurs et les fonds ne sont plus disponibles. S’ils sont rehaussés,
    les constructeurs garderont la possibilité de se concentrer sur le développement et la vente de véhicules thermiques, moins coûteux, ce qui permettrait de relancer le secteur.
    Les constructeurs devraient également s’orienter vers des modèles de leasing pour répondre aux difficultés de financement des particuliers, mais aussi pour exploiter la durée de vie du véhicule jusqu’au bout. Un nouveau mix sera également probable sur les routes françaises avec l’arrivée des véhicules chinois.
  • Banque et assurance
    À court terme, les enjeux des banques et assurances sont principalement organisationnels, essentiels pour assurer la continuité des activités : le cœur de métier reste relativement peu impacté. Les acteurs du secteur sont confrontés, en interne, à la mise en place du télétravail pour un grand nombre d’employés et, en externe, à l’accélération de la numérisation de certains process. À moyen terme, ils devront anticiper les conséquences de la crise sur leurs clients, notamment en matière de crédit.
    > Scénario « new normal » : les banques et assurances seront amenées à repenser la nature même de leur métier et de leur rôle dans la société. Au-delà du développement de produits dédiés aux catastrophes sanitaires, elles devront se réorienter vers des métiers de prévention et de pédagogie pour aider leurs clients à mieux anticiper et faire face à des nouveaux types de risques comme le terrorisme sanitaire ou les cyberattaques.

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